‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 51 sur 201 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Après 1S;î(). rdal social clanl ce (lu'oii lavait lail en 1789, le problème restait évidemment tel (jue rauteur de la définilioii précédente l'avait posé : la grande question étail toujours de rendre les prolétaiies libres de fait, ce (pii revenait à leur donner des moyens de développement, des instruments de travail. Or, qui leur doimerait tout cela sinon un ^gouvernement démocratique assez tort pour faire prévaloir l'association sur la concurrence, et la commandite du crédit de l'État sur celle du crédit individuel?

C'était donc à la réhabilitation du principe d'autorité que les démocrates devaient s'employer de préférence, ou. si Ton veut, ils devaient se préoccuper beaucoup moins de chercher des garanties aux libertés existantes que d'at)peler le peuple à en faire usage.

Ces doctrines étaient celles de la Société des Droits de VHomme; c'étaient les bonnes, et elles survécurent dans le parti aux attaques dirigées contre elles par des hommes droits et sincères, mais qu aveuglaient les traditions de cette école libérale qui avait fait du mot droit une déception sans exemple, et du mot liberté la plus lâche tyrannie qui fût jamais.

Quoi qu'il en soit, l'émotion produite par le manifeste se révéla non-seulement par une polémique ardente, mais par des scènes d'un caractère étrange. Le gouvernement aurait voulu faire exclure de la Chambre comme indignes. deux députés, signataires du manifeste : MM. Yoyerd'Argenson et Audry de Puyraveau. Ils furent, en etfet.

aîné (consultation contre les Jésuites) : « La liberté est le droit défaire « tout ce que la loi ne défend pas. » Et si la loi défendait tout !

dénoncés du haut de la tribune. Mais, par l'énergie de leur langage, par la fermeté de leur attitude, ils continrent les haines soulevées contre eux^ et le parti auquel ils appartenaient fut si peu intimidé par ce déchaînement des passions ennemies, qu'un autre député, M. de Ludre, se hâta de faire connaître, par la voie des Journaux, Tadhésioii qu'il avait donnée au manifeste.

Le procès intenté quelque temps après à vingt-sept membres de la Société des Droits de l'Homme montra mieux encore combien la lutte était implacable, combien les cœurs étaient ulcérés. Les vingt-sept comparaissaient devant la cour dassises sous la prévention' d'avoir formé, lors du dernier anniversaire des trois journées, un complot contre la sûreté de TÉtat. Les témoins entendus, M. Delapalme commence son réquisitoire. Il discute les faits généraux de Faccusation, et, bientôt, examinant les doctrines des prévenus, il leur reproche d'avoir demandé la loi agraire. L'injustice de cette accusation était flagrante, et. après les débats qui duraient depuis si long-temps, rien ne pouvait servir d'excuse à une pareille calomnie. Un frémissement d'indignation parcourt le banc des prévenus, et, se levant tout-à-coup, un témoin s'écrie d'une voix forte • (( Tu en as menti, misérable! » A ces mots, une confusion inexprimable règne dans l'assemblée. On demande le coupable. « C'est moi. dit M. Yignerte. )> Et les accusés de s'écrier : « C'est bien, Vignerte! il a raison, (( nous p(;nsons comme lui. Accusez-nous, frappez-nous, <( mais ne nous calomniez pas. » M. Vignerte est conduit au pied de la Cour ainsi qu'un autre membre de son parti, M. l^etit-Jean. Le président à celui-ci : u Est-ce vous qui <( avez interrompu M. l'avocat général? — Non. — Pour-

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