CHAPITRE II
<( (|ii()i VOUS ;i-l-()u airrlr? — l^ai'ce (jik* je pense comme u M. Vi^iierle. (le (jii'a (li( raceusaleiir j)ul)lie esl (aux. (( .Nous avons nos hras pour li'a\ ailler el ne voulons de la (( pi'Oj)iiélé (le persoime. » Se lonrnanl alors veisM. Vi- «>nerle : « Ksl-ee vous, lui dil le i)rési(lenl, ({ni avez pro- « none('' e(*s paroles : Vous en a\<'z menti ! — J'ai dil : (( Tu (Ml as m(Mili. niisera!)l(* ! — Qu"ave/-vous à ivpondre (c pour \olre juslilicalion? — Je ne me iuslilie i)as. )) i.a (.OUI' d(''!il)(M'e,eU i\\nTS quek|ues minutes, séance tenante, condamne ViiJ^nerte à trois ans de prison. D('*fendus avec beaucoupd'eloipience v{ d"(MHM<;ie parMM. Dupont, l^louliiî, Piîiard et Micliel (de Bourges), les accusés furent déclarés non cou{)ables par le jury. Mais la Cour, dont cette décision enchaînait la sévérité à l'égard des prévenus, la Cour, sui" les réquisitoires de M. Delapalme, frappa les avocats comme ayant outragé le ministère public; et MM. Dupont, Pinard, Michel (de Bourges) furent suspendus de l'exercice de leur profession : le premier pour une année, les deux au 1res pour six mois.
Le même jour, MM. Yoyer-d'Argenson et Charles Teste étaient acquittés. On les avait traînés devant les tribunaux pour avoir publié une l)rochure qui respirait l'amour du peuple et le sentiment de la charité évangélique.
Voilà dans quel déplorable état de trouble vivait la société. Heureuse encore si elle n'avait pas été condamnée à un plus sombre destin! Car à tant de convulsions, (pii. du moins, annonçaient la vie, devaient succ('Hler un abattement honteux et un lourd sommeil semblable à la mort.
fJIAPITRfi m,
Poliliqiio extérieure. — Question d'Orient. — Progrès aUirnianls de la Russie. — Situation de reni|)ire ottoman sous Mahnioml. — Situation de l'Egypte sous Méliéniet-Ali. — Impossibilité de mainlenir, soit par le Sultan, soit par le Pacha, l'intégrité de l'empire ottoman. — Système qu'il aurait fallu suivre après 1830. — Fautes du gouvernement français. — La Syrie conquise par Ibrahim. — EfTorts cie M. de Varennes pour écarter la Russie de Constantinople. — Arrivée à Constnntinople de l'amiral Roussin;sa politique. — L'ambassadeur français à Constantinople protège Mahmoud; le consul français à Alexandrie favorise Wéhémet-Ali. — Une escadre russe entre dans le Bosphore. — Sommation hautaine adressée à Méhémet-Ali par l'amiral Roussin. — Refus de Méhémet-Ali. — Noie diplomatique. — Affaire de Smyrne. — Arrangement de Kutaya. — Ibrahim évacue l'Asie' Mineure.— Départ des Russes. — Traité d'Unkiar-Shelessi; Son véritable caractère. — Le droit de visite. — La politi(jue française à l'égard du Portugal. — Lutte de don Miguel et de don Pedro. — Mort du roi d'Espagne. — Le gouvernement français reconnaît la reine d'Espagne; pourquoi. — Discussion dans le Consed : le maréchal Soult et le roi. — Effet produit en Espagne par la nouvelle des dispositions du Cabinet des Tuileries. — Coup-d'œil général sur la politique extérieure du gouvernement français en 1833.
La France, en 1833, a été appelée par les événements sur divers points de la scène du monde : en Orient, en Portugal, en Espagne.
Pour donner une idée plus nette de sa politique extérieure, sous le règne de Louis-Philippe I", peut-être est-il bon d'en séparer le moins possible les épisodes : c'est ce que nous avons fait. La même pensée ayant présidé à tous les actes de la France, soit à Lisbonne et à Madrid, soit à
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•Constantinople, nous avons cru ({uil convenait de les rapprocher pour qu'on en pût mieux saisir renchaînement, le véritable caractère et Tensemble.
Mais, de toutes les questions de politique exlérieure posées en 1833 devant lEurope, aucune ne Ta émue plus profondément, aucmie n'était de nature à exercer sui" la destinée des divers États une influence plus décisive que la question orientale. C'est donc par celle-là que nous commencerons, en laprenant à son origine et en lui consacrant tous les développements que réclame son importance.
Dans le premier chapitre du second volume de cette histoire, nous avons dit (pielles avaient été, depuis un demi-siècle, les étapes de la marche des Russes vers Constantinople, marche inévitable et fatale, dont Pierre-le- Grand avait conçu la pensée, et Catherine donné le signal. Nous avons dit que, conduits sur les bords de la Mer-Noire, en 1774^ parla paix de Kaidnardji, puis dans le Kouban et la Crimée par le traité de Constantinople, puis sur les rives de Pruth et en Bessarabie par la paix signée à Buckarest, en 1812, enfin, dans le Delta formé par les embouchures du Danube et sur un littoral de deux cents lieues par le fameux traité dWndrinople, les Russes, en 1830, fra}>paient aux portes du sérail. Pour se les faire ouvrir, pour dominer définitivement la Mer-Noiie du haut du Bosphore, et surveiller la Méditerranée du haut des Dardanelles, ils n'avaient presque qu'à le vouloir; et une seule considération les pouvait arrêter : la crainte de voir se dresseï' contre eux toute FEurope occidentale, saisie avec raison de colère et d'épouvante.
Car, pour ce qui est de remj)ire ottoman, il ne hii lestait plus qu'un souffle de vie. Le sultan Mahmoud, par des
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réformes accomplies avec plus d'audace (juc d iiilelligence, avait lari, saus les lenouvelei-, (ou les les vieilles soui'ces ({{» la puissance ollomaiie; il avail abaissé la domiualion, si loMj^-lemps véiiéiée, des ulémas, saus rem|)lacer |)ar le dogme de la liberté humaine, celui du laLalisme, qu'il semblait renier; il avail exterminé Taristocratie militaire du janissarial, [)our recruter ensuite une armée dans je ne sais quelle cohue de soldats de hasard, parodistes étomiés et pesants des manœuvres européennes; à ces pachas considérables et permanents, léodalité assise qui Taisait quelquefois trembler le sultan, mais qui était une grande force quand elle irélait pas un obstacle, il avail substitué une foule de tyrans de passage, féodalité ambulante (pi'il prenait pour limité, et ({ui nétait, à vrai dire, que le despotisme du maître multiplié })ar le nombre de ses agents. Religion, armée, administration, tout était cbangé, rien n'était créé^ Mahmoud n'avait réussi qu'à faire le vide autour de lui, et sa toute-puissance n'était plus que dans l'impuissance irrémédiable de son peuple. D'ailleurs, pour garder la Turquie, les Turcs manciuaient. Sur une population de près de 1 7 millions d'habitants, on aurait à peine compté 7 millions de Turcs, le reste se comi)osant de Grecs, d'Arméniens, d'Arabes, de Juifs, etc., races que n'unissaient ni le lien des traditions historiques, ni celui de la religion, ni celui d'une langue commune ; races qui ne se touchaient que par la ser^ itude • races conquises, opprimées, acquises d'avance à la révolte, portant dans leur sein la guerre civile, et éparses sur une étendue de terrain de 86 mille lieues carrées. Un tel empire était évidemment à conquérir ou à partager. De quoi se composait-il, en effet? de la Moldavie et de la Valachie.^ mais
déjà le protectorat russe les couvrait ; de la Bulgarie? mais elle n'attendait plus quune occasion pour se soulever ; de la Servie ? mais entièrement chrétienne et fière d'une insurrection victorieuse, elle voulait vivre sous la domination d'un prince particulier; de lîle de Chypre? mais elle ne contenait (|u'une centaine de Turcs, perdus dans une population de 30,000 Grecs cypriotes; de la Syrie? mais elle se partageait entre des populations essentiellement diverses : ici, dans les villes du littoral, des chrétiens ; là, dans la partie méridionale confinant au désert, des Arabes; dans les montagnes, desDruses, peuple idolâtre; sur le Liban, les Maronites, peuple catholique... Restait donc Constantinople, mise d'avance à la merci de toute flotte russe partie de Sébastopol. Ajoutez à cela que, pour lendre plus courte encore l'agonie de cet empire si peu compact, un homme s'élevait en Egypte, qu\ nourrissait l'impatient désir de le démembrer; homme à la fois prudent et hardi, magnanime et rusé; soldat parvenu dont les veines étaient remplies de ce sang qui donne la soif des conquêtes, novateur en despotisme , apprenti-missionnaire de la civilisation en Orient, trop artilicieux pour nier son maître, mais trop orgueilleux, trop grand et trop fort pour le subir. Une révolte de Méhémet-Ali contre la Porte, en fallait-il davantage pour jeter aux pieds des Russes la Turquie épuisée et mourante?
Voilà sous quel aspect l'Orient se présentait, quand la révolution de juillet vint tout-à-coup remettre en question le partage insolent qu'avaient fait de l'Europe les traités de 1815.
Pour bien faire comprendre jusqu'à quel point fut inepte et insensée la politique du gouvernement français à l'é-
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^Mrd (le rOiMCMil, il esl alisolimuMil nécessaire de l)ien poser la (|iies(i()n el (rexaminer, avant d'eiilrer dans le réeil de ce (jni a été l'ail, ce ([ue la Fi'ance amail \)[\ laiie.
(( Maintien de 1 inlégiilé de l'empire ottoman )) étaient des mots en usage depuis long-tem|)s dans la j^n'ammaire des chancelleries de rKurope.
Toutes les Puissances, en elï'et. el nolamment la Fi'ance, rAnj;!eteiTe et rAulriche, avaient intérêt à protéger rinviolal)ilité de (lonslanlinople, à lui conserver, vis-à-vis des Russes, sou surnom de Stamboul la bien gardée.
]a\ possession du détroit des Dardanelles ])ar la Russie, à moins de compensations énormes stipulées en notre fa- Acur, eut à jamais mis obstacle aux vues de la France sur la Méditerranée, champ de bataille où doit tôt ou tard se vider la grande (juerelle de notre suprématie intellectuelle et morale.
La position géographique de TAutriche lui commandait de ne point se laisser trop complètement envelopper par la Russie. C'était déjà un grave danger pour le Cabinet autrichien que rétablissement russe fondé aux embouchures du Danube en vertu du traité d'AndrinopIe, puisque cet établissement compromettait, et la navigation intérieure de rAutriche, et ses communications avec la Mer- Noire. Les Russes une fois eu possession des principautés situées au sud du territoire autrichien, combien n'eût pas été dangereux pour la Cour de Vienne leur contact avec les colons militaires de Tlllyrie, gardiens de la frontière hongroise ^ Les Russes une fois en possession deConstantinople et des Dardanelles, combien le voisinage de leurs vaisseaux n'eût-il pas été embarrassant pour la marine marchande de l'Autriche, qui exploite le commerce de l'Adriatique?
Quant à TAii^leterre. nous lavons dit au commencement du second volume, elle eût perdu, à l'occupation de Constantinople par les Russes, une partie de son influence dans la Méditerranée, ses moyens de communication avec rinde par la Turquie, une partie de Timportance de ses possessions du Levant, et un débouché ouvert à l'exportation ammelle de trente millions de produits anglais. D'où ces paroles de lord (Jiatam, déjà citées par nous : (( xVvec un homme qui ne voit pas les intérêts de TAngleu terre dans la conservation de l'empiie ottoman, je n'ai «( pas à discuter. )>
L'Europe occidentale avait donc poiu' mot d'ordre, en 1830, le « maintien de l'intégrité de l'empire ottoman. » Mais cette intégrité pouvait-elle être maintenue? Et, s'il était bon qu'elle le fût, pourquoi la Erance et l'Angleterre avaient-elles si long-temps souffert l'ambition militante de la Russie? Pourquoi avaient-elles poussé l'aveuglement jusqu'à la favoriser!^ Pourcjuoi les avait-on vues se réunir à la Russie pour anéantir, dans le guet-apens de Navarin, la marine turque, et accélérer par l'émancipation de la Grèce le démembrement définitif de l'empire ottoman? Pounpioi enfin avaient-elles si vivement applaudi aux victoires qui avaient poussé les Moscovites au pied des Ralkans et dicté ce traité d'Andrinople, testament imposé à la race turque? CAiose étrange ! c'était apiès avoir toléré, secondé la marche triomphante des Russes vers Constantinople, que l'Europe occidentale s'apercevait de la nécessité de conserver entrt» les mains du sultan la double clef de la Méditei'ranéi* et de la Mer-Noire! Ceux-là mêmes qui avaient appuyé l'épée russe sur le fianc de la Turquie demandaient à la Tui(juie de vivre, pour que l'équilibre