‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 54 sur 201 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nique industriel, Tunique coinrnerçanlde TÉf^ypte, monopole f;iganlesque qui avait lait du gouvernement un chaos, de l'administration un pillage organisé, et de chaque cultivateur égyptien une maclîine soullrante surveillée i)ar un soldat. La splendeur dontMéhémet-Ali se montrait entouré ne cachait donc que misère et ruines. A force de pressurer, d'exténuer la population, il en avait extrait de quoi jeter un vif éclat ^ mais il se trouvait avoir escompté, au profit de quelques années, les ressources de plusieurs générations successives. Toute la vitalité d'une race s'était épuisée à faire paraître grande la vie d'un seul homme. Méhémet-Ali n'était beaucoi p en Egypte que parce qu'il y était tout. Derrière lui, par conséquent, que pouvait-il y avoir ? Rien.

A supposer que la civilisation telle que Méhémet-Ali Tavait entendue et pratiquée, méritât les encouragements de la France, comment Tempire ottoman aurait-il pu revivre par l'intervention d'un pareil homme? Se révolter contre le sultan, envahir la Syrie par Ibrahim, la soumettre, courir sur Constantinople l'épée à la main, il le pouvait assurément, et la suite le prouva. Mais, arrivé au seuil du sérail, aurait-il osé le franchir pour aller s'asseoir sur le trône de son maître abattu? Il lui eût été impossible d'en concevoir la pensée. L'eût-il osé, son entreprise serait-elle restée impunie? Un soldat macédonien aurait-il pu ceindre le sabre d'Osman, dans un pays où le respect du sang d'Osman est la religion même ? S'il se fût présenté comme le vengeur des vrais croyants, comme le préservateur armé de la religion musulmane, outragée par les réformes de Mahmoud, détrôner le sultan eût été permis peut-être à son audace ; mais le remplacer ? Ceux qui

connaissaient l'Orient ont toujours jugé cette hypothèse inadmissible. Et, même en Tadmettant, qu'aurait donc apporté à l'empire ottoman l'usurpation de Méhémet-Ali ? Turc jusqu'au fond de Tàme, il savait mieux que personne combien peu valait ce prétendu élément arabe, dont on a tant parlé depuis. Cette race arabe, qu'il méprisait, qu'il avait trouvée abrutie par la mollesse et la misère, qu'il avait abrutie encore davantage par l'excès du travail 5 cette race arabe, qu'il ne triturait depuis si long-temps que comme la matière inerte de sa gloire, et qui n'avait jamais fourni un colonel à ses armées , croit-on qu'il en eût fait, au détriment des Turcs, la race dominante, et qu'il eût tenté par elle de régénérer l'empire IMl y a folie à l'imaginer. Et puis, de quelle manière cette régénération se serait-elle accomplie ? Est-ce que, sous Méhémet-Ali comme sous Mahmoud, il n'y aurait pas eu en Turquie une masse confuse de populations diverses, ennemies, tendant, par un effort continuel, à se disjoindre et à s'affranchir.^ Méhémet-Ali aurait-il empêché les Maronites du Liban d'être catholiques et les Druses d'être idolâtres? Aurait-il enlevé aux Grecs, aux Juifs, aux Arméniens, leur caractère de Grecs, de Juifs, d'Arméniens.^ Par quel excès de tyrannie, par quel procédé d'administration en serait-il venu à substituer l'unité à cette diversité fatale que les populations avaient sucée avec le lait et qui coulait dans leur sang ? Le peuple conquérant, le peuple turc, n'ayant cessé de s'appauvrir et de se démoraliser pendant que les différents peuples conquis croissaient en importance et en richesse, le seul moyen d'unité qui eût existé en Turquie, la violence combinée avec la force, avait évidemment péri, et il avait péri pour Méhémet-Ali aussi bien

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