‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 55 sur 201 · CHAPITRE III. t'ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. t'ii

<[Ucpour Mahmoud. Méliémet-Ali, àConstanliiiople. n'eût donc été, quoi qu'on en ait pu dire, (piun liomrne plein <lc vie à la tète d'un empire mort.

L'empire ottoman ne pouvant subsister , venait la question du partage. Mais ce partage aurait-il pu se l'aire sans injustice? Oui. Car, où les Turcs avaient-ils puisé leurs droits de souveraineté sur les provinces occupées par eux? Dans la conquête. Or, la concpiète ne se légitime (ju'en effaçant ses violences par ses bienfaits. Lorsque le peuple conquérant n'a pas su s'assimiler les races conquises en leur faisant aimer sa civilisation ou en acceptant la leur, sa domination reste à l'état de tyrannie : forte, qu'on la subisse, ce sera bien 5 faible, qu'on la renverse, ce sera mieux. Les Turcs avaient-ils cherché à effacer entre eux et les populations subjuguées la ligne de démarcation tracée par la \ictoire ? Loin de là : ils n'avaient songé qu'à rendre permanente la brutalité originaire de leur conquête, refusant aux peuples qu'ils avaient soumis l'égalité des droits civils et politiques, les traitant d'infidèles, les foulant aux pieds comme des vaincus. C'en était assez pour justifier l'intervention de l'Europe occidentale, d'autant que l'Europe était chrétienne, et qu'en dépossédant les sectateurs de Mahomet, elle affranchissait en Orient les adorateurs du Christ .

La dépossession des Turcs était en outre réclamée par le plus profond et le plus sacré des intérêts de la civilisation. En effet, 17 millions d'hommes épars sur 86 mille lieues carrées, voilà ce qu'était la Turquie d'Europe et d'Asie, 97 millions d'hommes resserrés dans un espace de moins de 86 mille lieues carrées, voilà ce qu'étaient la France, l'Angleterre, l'Espagne, la Belgique et la Sui^e

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réunies. De sorte que, sous Tintluence du fatalisme, des mœurs auxquelles il s'associe et des vices qu'il couve, de magnifiques contrées étaient devenues presque désertes, tandis que, grâce à l'influence d'un régime de liberté tro[> absolu, l'Européen était venue à plier sous le poids d'une population exubérante. L'indication était suffisamment claire, et présentait tous les caractères d'un fait providentiel : nul doute que le vide fait en Orient ne demandât à être comblé par le trop-plein des populations occidentales ^ .

Dans cette situation, la France aurait eu devant elle une voie toute tracée, si sa politique n'avait pas été embarrassée et rapetissée par les préoccupations égoïstes d'un intérêt dynastique. Avec Taide de la Russie, et au moyen de l'Orient partagé, nous pouvions anéantir à jamais les traités de 1815 et refaire la carte géographique de l'Europe.

Mais aux dépens de quelles nations? La réponse était fournie par notre histoire.

La vieille politique de la France, on le sait, a toujours eu pour but l'abaissement de la maison d'Autriche. Henri IV tomba sous le poignard de Ravaillac au moment môme où il allait se mettre, contre TAutriche, à la tète de toute l'Allemagne protestante. La guerre de trente ans, soutenue contre Ferdinand II par l'héroïque Gustave-

' C'est ce qu'a fort bien vu M. le docteur Barrachin, qui a vécu en Orient, qui connaît la Turquie, et qui a émis sur la question des idées saines. Malheureusement, M. Darrachin a cru devoir conclure, non pas à une fusion de l'Orient avec l'Occident, mais à une division nouvelle de la Turquie, division purement géographique, qu'il a voulu fonder sur les intérêts combinés de toutes les Puissances, mais qui, selon nous, n'aboutirait qu'à faire prévaloir en Orient l'intérêt exclusif de la Russie.

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