‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 57 sur 201 · CHAPITRE Ml. i;î · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml. i;î

nos inlért>ts aux vôtres, après avoir cherché le lien qui les unit. Vous penchez vers TAsie, cela est évident ^ vous voulez cette moitié de Tempire du monde : quel est Tennemi qui vous la dispute? L'Angleterre. 11 vous faut la Mer- Noire tout entière et Constantinople : quelles sont les Puissances qui, de ce côté, gênent votre marche et enchahieid votre ambition ? L'Angleterre et l'Autriche. Contre elles, nous vous offrons notre appui, mais aux conditions suivantes : à vous Constantinople et ses dépendances ; à nous l'Egypte, qui attend des maîtres, et la Syrie, où notre domination a été préparée par un protectorat religieux de trois siècles. Mais, dans un tel partage du monde, la Pologne appartient à l'Occident, qu'elle couvre. Nous stipulons pour elle • et songez qu'il y règne un esprit d'indépendance que vous n'y étoufferez que par l'extermination des habitants ^ songez que vous avez là, non pas un royaume à exploiter, mais un foyer de haine et de révolte à surveiller sans cesse ^ songez enfin que, dans une guerre générale, la Pologne soulevée deviendrait le plus grand de vos périls, le plus insurmontable de vos embarras, et qu'il vous faudrait des flots de sang pour conserver une conquête qui importe peu, après tout, à votre domination asiatique. » Une alliance franco-russe basée sur des données semblables eût-elle paru acceptable à la Russie ? Cela n'est pas douteux. Il suffit de jeter les yeux sur la carte pour comprendre ce que serait Constantinople aux mains de la Russie. Pour Constantinople, Alexandre laissait l'Europe à Napoléon ; et Napoléon ferma l'oreille à d'aussi brillantes avances, jugeant d'un prix inestimable la possession du Bosphore ^ î

' Mais n'y auiait-il pas eu là pour l'ensemble des intérêts européens

D'un autre côté, ralliance franco-russe appelait Taccession de la Prusse -, et en abandonnant à la Prusse une part des dépouilles de TAutriche, nous étions autorisés à revendiquer la ligne du Rhin, en même temps que nous secondions le mouvement qui pousse l'Allemagne vers Funité et tend à lui donner Berlin pour capitale.

Ainsi donc, et pour nous résumer : En présence de Tempire ottoman condamné à une mort inévitable, la politique de la France révolutionnaire, faisant suite à celle de Henri JV, de Richelieu et de Napoléon, consistait à contracter avec la Russie et la Prusse, contre l'Angleterre et l'Autriche, une alliance d'intérêts ayant pour résultats voulus et prévus : l'établissement définitif des Russes à Constantinople et la consécration de leur prépondérance

représentés par la France un danger immense? Oui, si nous n'avions pas eu soin de stipuler pour nous des compensations propres à garantir à jamais notre indépendance. Et voilà pourquoi ce n'eût pas été trop de l'Egypte, de la Syrie et de la ligne du Rhin, en échange de Constantinople.

Ces conditions admises, le danger disparaissait. D'autant que la pente de la Russie est vers l'Asie, suivant l'expression de M. de Lamartine.

M. de Lamartine est de tous nos hommes d'État celui qui a vu le plus clair dans la question d'Orient. Il ne pouvait échapper à cette haute et noble intelligence que la chute de l'empire ottoman était le signal de la régénération du monde oriental par le monde occidental. Seulement, et sur ce point nous ne pouvons être d'accord avec lui, il aurait voulu le protectorat de la Russie à Constantinople, celui de la France en Syrie, et celui de l'Angleterre en Egypte. Ce serait donner la Méditerranée aux Anglais et leur laisser les Indes. Nous maintiendrons-nous en Syrie, resserrés entre les Russes et les Anglais? Et combien petite serait la compensation que nous réserverait un système qui livrerait aux premiers Constantinople et aux seconds Alexandrie ! Car ce que M. de Lamartine appelle un protectorat se changerait bien vite en souveraineté. La France réduite au protectorat orageux de la Syrie ? Mais pour Constantinople abandonnée aux Russes, Napoléon trouvait que l'Egypte elle-même, devenue française, n'eût pas été un dédommagement snflisant!

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