‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 68 sur 201 · CHAPITRE m. 1G · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. 1G

tage pour in{li(iuer combien était impérieuse, à cette époque, Tinfluence de l'Angleterre aux Tuileries?

l/altitude des ministres français vis-à-vis du Portugal ne révélait pas moins clairement le fond de leur politicpie, toute de condescendance et de peur. Depuis long-temps le Portugal était troublé par la lutte de deux frères, don Pedro et don Miguel -, et Tun et l'autre, avec un acharnement implacable, ils poursuivaient la victoire : une couronne en était le prix. Après de nombreuses vicissitudes, le père de dona Maria s'était rendu maître de Porto, et don Miguel Ty assiégeait. Porto n'était qu'un point bien petit sur la carte, et cependant l'Europe entière avait Toeil fixé sur ce point, d'où pouvaient jaillir les premières étincelles d'un embrasement général. Contempteur déclaré des chartes modernes, et franchement despote, don Miguel avait les sympathies des Puissances ultra-monarchiques du Continent, il en recevait des encouragements, des secours 5 et il s'appuyait, en outre, sur le peuple, dont l'ignorance fait si aisément pacte avec le despotisme, dans tout pays où la superstition a passé. Don Pedro apportait au Portugal une Charte à la façon des Anglais ^ il invoquait, par conséquent, à l'appui des droits de dona Maria sa fille, la Grande-Bretagne et la France.

Le gouvernement français fit des vœux pour don Pedro, et n'osa faire davantage. Appelé à Porto pour y soutenir de ses talents militaires et de sa vieille expérience la cause constitutionnelle , le général Solignac n'avait trouvé dans le Cabinet des Tuileries que réserve et froideur. Aucune somme d'argent ne fut mise, même en secret, à sa disposition • on voulut bien couvrir d'une tolérance timide les démarches auxquelles il se livrait pour rassembler au-

tour de lui des compagnons de guerre, mais on eut soin de se ménager le moyen de désavouer toute participation officielle au mouvement. La duchesse de Bragance, qui était alors à Paris, et qui eût volontiers mis ses diamants en gage pour obtenir des secours efficaces, dut se résigner à cette situation d'esprit où Fespérance tient moins de plaoe que l'inquiétude ^ enfln, le général Solignac n'eut à jeter dans la balance que le poids de son nom et de son épée.

11 faut le dire, la conduite du Cabinet de Saint- James fut ici plus pusillanime encore et plus incertaine que celle du Cabinet des Tuileries. Dirigée en 1833 par le comte Grey et les wighs, que le triomphe de la réforme avait portés aux affaires, la politique anglaise semblait avoir perdu sa clairvoyance et sa vigueur ordinaires. Les wighs ne pouvaient ignorer de quelle haine don Miguel était animé contre eux -, ils s'exposaient donc, en ne prêtant point à don Pedro un appui décisif, au danger de voir un prince ennemi s'installer définitivement sur le trône de Portugal, royaume qu'ils regardaient, depuis le traité de Méthuen , comme une colonie anglaise. Au reste, lord Wellington et lord Aberdeen , prédécesseurs du comte Grey et de lord Palmerston, n'avaient pas eu, à l'égard du Portugal, une politique moins inconsistante. Car ils avaient nétri et soutenu don Miguel tour à tour. Tantôt c'était lord Aberdeen faisant tomber, du haut de la tribune anglaise, sur la cruauté et la lâcheté de don Miguel , un retentissant anathème -, tantôt, c'était lord Wellington ordonnant aux croisières anglaises de foudroyer le navire monté par le général Saîdanha et quelques autres partisans de don Pedro. Ordre barbare qui a fait dire que l'An-

Page 1