‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 7 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

accabler le parti légilimisle. Et il fallait que la Cour fut bien fortement tentée parTappat de ce honteux bénéfice^ car, plutôt que d'y renoncer, elle affronta les suites d'un accident qui, commenté par les haines de parti, éternellement injustes, pouvait devenir contre elle le texte des plus effroyables imputations. Mais ces sortes de foUe sont communes à tous les pouvoirs impatients du succès. Le gouvernement n'était plus qu'un joueur désespéré : il jouait contre la chance de profiter d'un scandale, celle de rester écrasé sous le poids d'une calomnie.

Aussi vivait-il dans un état continuel d'inquiétude, interrogeant d'un œil avide chaque bulletin venu de Blaye, attentif à écarter de la prisonnière toute contrariété inutile, soigneux enfin d'une santé que l'égoïsme de sa politique lui faisait paraître doublement précieuse. Mais plus sa sollicitude était active, plus les légitimistes redoublaient contre lui de violence, affirmant que la citadelle de Blaye avait été donnée à la mère de Henri V pour prison et tout à la fois pour tombeau. Il fallait répondre à ces accusations sans cesse renouvelées 5 le ministère obtint de MM. Orfila et Auvity un nouveau rapport qui, bien différent du premier, tendait à prouver la salubrité de la forteresse de Blaye ^ . Le premier rapport avait été signé par MM. Orfila, Auvity, Gintrac, Barthez 5 le second ne portait que les signatures de MM. Orfila et Auvity. Le premier avait été tenu dans l'ombre ^ le second fut publié avec beaucoup d'empressement et d'éclat î

Mais le succès ne couronna point ces tristes supercheries d'un pouvoir qui, attaqué sans bonne foi, se défendait sans loyauté. Fier de la puissance que leur avaient

' Voir aux documents historiques, n*' 2.

supposée, dans la séance aux aveux ^ les déclarations insensées de MM. de Broglie et Thiers, les royalistes marchaient le front haut, plus menaçants dans leur attitude, plus arrogants par leur langage que lorsque la duchesse de Berri conduisait au combat les bandes soulevées de rOuest. Le Corsaire, feuille satirique appartenant à l'opinion républicaine, ayant fait un jour allusion aux doutes que caressait la malignité publique, le rédacteur, M. Eugène Briffault, fut appelé en duel par un royaliste et blessé. Une nouvelle attaque fut suivie, de la part des rédacteurs du Revenant^ d'une nouvelle provocation à laquelle le Corsaire répondit, cette fois, par une énergique invocation au respect dû à la liberté d'écrire. Mais recourir contre le parti républicain à des voies d'intimidation, c'était montrer qu'on le connaissait bien peu. Composé d'hommes pleins de bravoure, de fougue et d'audace , la force de ce parti était précisément dans son ardeur à braver la mort. Il ne se vit pas plutôt menacé qu'il éclata d'une manière terrible. Le Nalional ci la Tribune^ qui n'avaient jusqu'alors parlé de la duchesse de Berri, malheureuse et captive, qu'avec une générosité chevaleresque, le National et Ir. Tribune adressèrent aux légitimistes un défi solennel et hautain. Avec cette supériorité de dédain qui le caractérisait, Armand Carrel écrivit : a II paraît que voilà le mo- « ment venu de prouver la fameuse alliance carlo-républiu caine. Qu'à cela ne tienne : que Messieurs les cavaliers (( servants disent combien ils sont, qu'on se voie une fois, (( et qu'il n'en soit plus question : nous n'irons pas cher- (( cher les geris du juste-milieu pour nous aider. » Une déclaration du même genre parut dans la Tribune. Aussitôt les sociétés populaires, les écoles, tout s'ébranle. Les

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