‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 96 sur 201 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mortelle de rinoonnu, Iraversèrenl lenlemeiU la ville, ijiie leur deuil épouvanta.

Dès ce moment, la menace brille dans tous les rejiards. le mot combat est dans toutes les boucbes. Hxaltès par les résultats de la journée du 5 et par le déploiement de leur force dans celle du G. les ouvriers se croient déjà maîtres de la ville, la cause des muluellistes a été renvoyée au mercredi. 9 avril : cesl le 9 ijuc la bataille s'engagera : et. dans Lyon, personne nen doute. Le comité d'ensemble s'est réuni, pendant la nuit, pour agiter la question fatale, et l'on y a conclu à la résistance : on n'attaquera pas. mais on se tiendra prêt à repousser l'attaque. Les sections seront en permanence. On adopte pour mot d'ordre : Association, résistance et courage. M. Lagrange, qui a jugé la lutte intempestive, est appelé cependant à la diriger au besoin, et on lui donne, ainsi qu'à M. Baune et à quelques autres, le commandement d'une insurrection moins préparée que prévue. Aussi, nul plan bien arrêté, nul ordre de bataille. Sur la manière dont le cboc sera soutenu, sur l'occupation des joints militaires, sur le-> communications entre les divers postes, sur la partie stratégique de l'insurrection enlin . si provoquée elle éclate, incertitude complète. Dans un moment aussi critique, il était permis aux membres du comité de faire l'essai de leur influence : ils en appellent à une élection nouvelle, et, réélus à l'unanimité, ils se trouvent définitivement cbargésde la responsabilité capitale d'un complot, i.e fut alors que M. Martin rédigea une proclamation qui devait être lue le lendemain. Elle respirait la colère, et pourtant ce n'était pas un appel aux armes. Malbeureusement. 1 effervescence des esprits croissait d'beure en heure

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Hélas î à rentrée de cette route environnée de ténèbres et dans laquelle on va se heurter peut-être à tant de cadavres, combien voudraient s'arrêter ! Combien se sentent troublés, troublés jusqu'au fond du cœur ! Mais règle-t-on les tempêtes, quand elles vous portent dans leurs flancs?

Seul, le Pouvoir aurait étoufTé ou du moins éloigné la crise, s'il l'avait voulu : tout concourt à prouver qu'il ne le voulut pas ! En vain le président du tribunal, M. Pic. demande-t-iique l'affaire des mutuellistes soit transférée à un autre tribunal, droit que la loi a mis en réserve pour certaines circonstances graves; la demande de M. Pic est repoussée. Pour frapper un grand coup à Lyon, pour y terrasser la république, l'occasion n'avait jamais été plus favorable, et Ton s'était mis en état d'en profiter. Quinze bataillons, quatre compagnies, sept escadrons, dix batteries d'artillerie, deux compagnies du génie, c'est-à-dire près de dix mille hommes, voilà sur quelles forces le Pouvoir était appuyé, sans compter les secours que devaient envoyer, durant le combat, les garnisons les plus voisines. Dans la journée du 8 avril, le rédacteur en chef du Précurseur^ M. Pététin, était allé trouver le préfet pour apprendre ce qu'annonçait de sinistre des préparatifs dont toute son âme était émue. M. Pététin avait constamment repoussé l'idée d'une insurrection, même éloignée : on y touchait, et son anxiété était immense. M. Gasparin le reçut avec politesse, et ne se cacha nullement à lui des ressources militaires sur lesquelles reposait la confiance (lu pouvoir.

A quelques heures de là, dans la soirée, MM. Gasparin. Duplan. Ghégaïay, le lieutenant-général Aymar et quelques olïiciers de létat-major se réunirent Le général

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V\mar était (lavis qu'on fil ()ccuj)er la place Saint-Jean par les troupes, de manière à interdire à la loule les approches du tribunal. VA que de sang épargné, peut-être, si cette sage opinion eut prévalu! Mais M. (^lïégaïay s'empressa de la combattre et remporta. Or, il est à remarquer (pie, dans le cours des événements, l'autorité militaire se montra constamment portée aux mesures les moins violentes, et constamment dominée par l'autorité civile, dont MM. Gasparin et Chégaray personnifiaient l'implacable vouloir.

Quoi qu'il en soit, dans la nuit du 8 au 9, les derniers ordres furent portés aux différents corps ré[)andus dans la ville, et le jour se leva sur une cité devenue un camp.

Les troupes ont été disposées de manière à couper la révolte dès le commencement de l'action, et, pour que tout déserteur puisse être fusillé sur place on leur a fait prendre leurs drapeaux. Le lieutenant-général est sur la place de Bellecour, le général Fleury à la Croix-Rousse, le général Buchet à l'archevêché, le colonel Dietmann à l'hôtel-de-ville. Chaque soldat a reçu trois paquets decartouches, et les armes sont chargées. Le 7'' léger (c'est une compagnie de ce régiment qui a figuré dans les fraternelles scènes du 5 avril), le z*" léger est en grande tenue et stationne du côté de la place Saint-Jean. La cathédrale, qui confine à cette place, regorge de troupes, et des baïonnettes brillent entre les gothiques moulures de l'édifice sacré. Ainsi gardée, la ville présente une horrible physionomie. L'agitation y règne, mais une agitation muette, indéfinissable. Dans le même lieu se succèdent, d'un moment à l'autre, d'étranges mouvements de foule et la solitude.

Dès la pointe du jour, trois hommes s'étaient rencontrés

sur le quai Saint-Anloine. C'étaient MM. Bauiie, Albert et Limage. Le premier, quoique malade, allait visiter les quartiers du centre. Le second se rendait au lieu où le comité avait coutume de tenir ses séances. Le troisième se préparait à obéir. Ils n'avaient eu qu'à regarder autour d'eux pour comprendre que le sort en était jeté. Ils se séparèrent en se serrant la main avec une émotion convulsive. (( Nous ne nous reverrons sans doute plus , di- « rent-ils. » Avant la fin de la journée, l'un deux, M. Limage, était mort.

Il est dix heures et demie environ. Un moment couverte de monde, la place Sain-Jean est subitement devenue déserte. Le peuple reflue dans les rues circonvoisines, et quelques enfants s'y essaient à former des barricades, sous l'œil de la foule, qui les regarde en silence. Dans l'intérieur du tribunal, en face des mutuellistes arrêtés, les juges sont sur leurs sièges, s'efforçant de composer leur attitude, luttant contre leur préotcupation, et ne prêtant qu'une oreille distraite à la plaidoirie de M. Jules Favre. Tout-à-coup, une détonation retentit. M. Jules Favre s'arrête. Avocats, juges, accusés, assistants, tous ont pâli, tous sont debout. Bientôt, dans la cour du tribunal on apporte un homme couvert de sang. « C'est, disent ceux « qui l'accompagnent, c'est un insurgé qu'un gendarme (( vient de tuer faisant une barricade. » Et ils s'empressent autour du blessé. Mais quelle est leur surprise, lorsque, sous ses vêtements entr'ouverts, ils aperçoivent la ceinture de l'agent de police ! Ce malheureux se nommait Faivre, il ne tarda pas à rendre l'àme. Ainsi, c'était du sein des troupes qu'était parti le premier coup de feu, et c'était la police qui fournissait la première victime !

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Le signal venait délie donné. Les soldats du 7^ s'élancent sur la place, lleloulés dans les rues adjacentes, les ouvriers s'y entassent en fuyant ; ceu\-ci cherchent à regagner leurs quartiers; ceux-là s'arrOtent au détour des rues pour les fermer par des barricades ; d'autres, dans rindécision de leur colère, courent çà et là, éperdus et muets. Dans la maison où se sont réunis MiM. Martin, Albert, llugon et Sylvaincourt , un chef de section est accouru, disant : « Nous ne pouvons plus retenir nos hommes : ils s'agitent furieux, ils veulent combattre. » Une voix s'écrie alors : « Eh bien, qu'ils descendent sur <( la place publique. )> Au point où en étaient les choses, rimportance d'un pareil ordre était nulle. Loin d'avoir donné le signal du mouvement, le comité s'était vu emporté par lui. Mais enfin, si le Pouvoir eût voulu et cru prévenir l'insurrection par l'arrestation des membres du comité, rien ne lui eût été plus facile que de les faire arrêter. Car il avait été prévenu, dès le matin de leur réunion, il en connaissait le centre, et le chemin était libre jusqu'à eux. Quels motifs mystérieux portèrent M. Gasparin à s'abstenir ? Faut-il croire qu'il fut retenu par la crainte de commettre un acte arbitraire, alors qu'il s'agissait d'une guerre civile à conjurer dans une ville qu'on inondait de soldats ?

Une consigne, d'ailleurs, avait été donnée qui n'indiquait pas de grands scrupules de légalité : « Feu sur u quiconque paraîtra dans les rues, « avait-on dit aux soldats. Consigne terrible, qui ne fut pas générale, il est vrai, qui n'exista que pour certains quartiers, mais qui là où elle fut observée, produisit d'inconcevables scènes d'épouvante et d'horreur! Qui le croirait.'^ Pour que des

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juges et des avocats pussent sortir, même en robes, du tribunal où les avait appelés l'affaire des mutuellistes. et cela sans s'exposer à devenir victimes de lalfreuse consigne, il fallut qu'un otïicier supérieur vînt les avertir, et qu'un ordre tout spécial protégeât leur retraite I

Déjà, en effet, Lyon était en pleine guerre civile. Stationnées sur les principaux quais, sur les principales places, et comme animées par un courant électrique, les troupes faisaient feu de toutes parts. Le canon grondait sur la place Louis-le-Grand. La mitraillade avait commencé, renversant sur le pavé hommes, femmes, enfants.

Comment résister à une attaque aussi brusque, aussi violente? Car les communications ont été coupées par les soldats, et le plus grand nombre des sectionnaires. des ouvriers, se trouvent isolés, parqués dans leurs quartiers respectifs, sans pouvoir ni se concerter ni se réunir. Quant à ceux des insurgés auxquels est parvenu Tordre du combat et qui sont descendus sur la place publique, ils sont sans armes pour la plupart. Ils ont compté sur des dépôts de fusils : pure illusion ! Ils ont espéré que l'insurrection entraînerait Tarmée : et toutes les mesures ont été prises pour que le soldat échappe au contact du citoyen : et c'est de loin, c'est à coups de canon que la révolte est combattue. Ils ont cru à une organisation, et ils n'aperçoivent autour d'eux qu'un effroyable désordre. Ils cherchent des yeux les chefs, et beaucoup de chefs sont absents. Alors presque tous se retirent découragés et la malédiction sur les lèvres : les plus désespérés se décident à rester à leur poste pour y mourir . la défaite ayant précédé le combat.

Et toutefois, dans cette confusion immense, on est par-

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