CHAPITRE V. ï
vi'iiu à lornier à la liàle six centres dactioii, mais sans rapport entre eu\ : un dans les quartiers Saint-Jean. Saint-Paul et Saint-Cîeorges, un dans le quartier des Coideliers ; un dans la rue Neyret et les rues adjacentes • un dans le clos Casaty, compris entre la (irand'Côte et la cote Saint-Sébastien ; un à la Croix-Rousse -, un autre enfin à la Guillotière.
La fusillade continuait, des engagements avaient eu lieu sur divers points. Quelques insurgés barricadent le pont du Cliange, et quatre compagnies envoyées de ce côté sont forcées à la retraite. Dans la rue Saint-Pierrele-Vieux, on tirait sur les troupes du baut dune maison : un pétard la fait sauter. La préfecture, menacée par un petit groupe d'insurgés, est dégagée rapidement, et les soldats refoulent Tinsurrection jusqu'à Feutrée de la rue Mercière et du passage de l'Argue. Là, les républicains font volte-face. Maîtres du passage, ils y soutiennent le choc pendant quelque temps. Mais une pièce de canon chargée à mitraille s'avance. Le coup part. Les vitraux sont criblés, les lustres réduits en poussière, lesmigasins enfoncés. Le passage ainsi rendu libre, les soldats s'y élancent. Au bout de la gjilerie, une barricade a été élevée : elle est défendue avec acharnement. Enfin, les insurgés sont repoussés. Ils étaient six! Pendant ce tem[:s, les troupes gagnent les deux rues Mercière, et elles établissent une communication permanente entre la place Bellecour et la place des Terreaux, après avoir fait sauter une maison dans la rue de l'Hôpital, où s'allume, chassé par le vent du nord, un violent incendie.
La journée touche à sa fin. Le silence est descendu sur la ville 5 silence morne et presque plus effrayant que le
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tumulte. Emprisonnés dans leurs maisons, les habitants des quartiers exposés au feu vivent dans une douloureuse ignorance et de ce qui les entoure et de ce qui les attend. La nuit vint : elle n'était qu'une halte dans la guerre civile.
Le lendemain, 10 avril (1834), les premières heures du jour furent assez calmes, mais, une fois commencée la lutte devint furieuse. Quelle journée ! Les soldats occupaient les grandes lignes, ils remplissaient les forts, ils couvraient presque toutes les places, ils se pressaient sur tous les ponts ^ et de leurs canons, de leurs fusils, tournés vers les rues qui conduisent à Tun et Fautre fleuve, ils défendaient invinciblement au peuple l'approche de ces quais, où ne régnait plus qu'une solitude funèbre et où le passage du peuple n'était plus marqué, depuis la veille, que par de longues traînées de sang. L'artillerie grondait sur Lyon comme sur un champ de bataille-, les obus volaient sur divers points, lançant au hasard l'incendie.
Et ce jour-là néanmoins rinsurrection gagna du terrain. Serpentant sur les hauteurs dont la Saône baigne le penchant, elle les couronna, et bientôt, éclatant partout à la fois, elle enveloppa la ville. Le faubourg de Vaise s'était ébranlé déjà, et les soldats disciplinaires, se soulevant, agrandissaient la révolte comm.encée. La caserne des Bernaidines opposait son front menaçant, inébranlable, aux fortifications mouvantes dont la Croix-Rousse se hérissait de toutes parts. De son côté, la Guillotière était parcourue et tenue en haleine par des bandes d'insurgés. Le tocsin somiait aux Cordelicrs et à Saint-Nizier. Le drapeau noir flottait sur l'église de Saint-Polycarpe et sur l'hôpital des Fous. Alors ce fut un affreux spectacle. Des pétards font
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sauter les maisons dont les fencHres sont j^arnics (rinsiirç^cs. C'est à coups de canon qu'on attaque les barricades, (ju'on les renverse. Les bombes pleuvent sur le l'aubourg de la(.uillotière^ et dans le quartier livré à leurs ravagées, on voit des mallieureux se hâter le long des toits, fuyant éperdus et la fusillade qui s'approche, et leurs demeures embrasées. Au cœur de la ville, même désolation, ici, le collège prend feu, et deux fois éteint par les écoliers, l'incendie se rallume dans le combat. Là, aux environs de Thôtel-de-ville, soldats et insurgés se poursuivent à coups de fusils sur le faîte glissant des maisons. Plus loin, les deux pavillons du pont Lafayette, un moment au pouvoir de rinsurrection, vont s'écrouler sous les houlets, tandis qu'atteint par un obus, un bateau de foin descend tout en tlammes du haut de la Saône et va se heurter au pont de Chazourne, dont il consume trois arches dans son passage brûlant.
Et toutefois, l'armée se montre aussi prudente qu'im- ])lacable. L'ordre a été donné aux soldats d'éviter les quartiers sinueux, de ne s'avancer que pas à pas, en laissant toujours entre eux et les insurgés la longueur d'une rue et en opposant barricade à barricade^ soit qu'on voulût, comme quelques-uns l'ont pensé, faire durer le combat pour entier le triomphe, soit que les chefs militaires se fussent exagéré la force matérielle de l'insurrection.
Dans cette dernière hypothèse, leur erreur fut profonde; car le nombre était petit de républicains en armes î Disséminés par petits groupes de dix, de vingt, ou de trente hommes, sur une immense étendue, commandés par des chefs de passage, sans communication entre eux, sans plan arrêté, pris à l'improviste enfin, et n ayant la plu-
part, pour combattre, que le sabre ou le pistolet, ils devaient puiser leur force dans leur audace, et leur audace dans la grandeur même du péril. Sur un point seulement, l'insurrection occupait une position favorable : c'était au cœur de la ville, sur la place des Cordeliers. Les républicains S'étaient emparés de Téglise, ils en avaient fait leur (luartier-général, et, l'environnant de barricades, ils en rendaient les approches mortelles. Rien de plus émouvant et de plus étrange que l'aspect de ce temple devenu le siège d'une révolte désespérée. Dans une des nefs, des ouvriers fabriquaient de la poudre, pendant que, rangés autour d'un grand feu, d'autres s'occupaient à fondre des balles. Une chapelle avait été transformée en ambulance. On y apportait des blessés, dont les prêtres pieux venaient adoucir ou encourager la souffrance, et qu'entourait de soins charitables une jeune fille conduite au milieu de ces scènes de deuil par le plus fort de tous les dévoùments, celui de Tamour. Là commandait un homme k la taille élevée, à l'œil noir, au visage plein d'énergie et de fierté. Son nom était Lagrange. Et jamais chef n'exerça plus souverainement son empire. Prompt à parer à tous les dangers, ilcourait de barricade en barricade, animait ses compagnons de la voix et du geste, posait et faisait relever les sentinelles, envoyait des renforts sur les points menacés, et couvrait d'une protection magnanime le quartier même où la guerre civile lui avait fatalement assigné son poste. Un agentde police nommé Corteyss'était glissé parmi les insurgés. On le découvrit, et on allait le fusiller : Lagrange s'y oppose ^ et comme des paroles de soupçon retentissaient, lui, pour toute réponse, il dépasse les limites du camp, se promène tranquille devant le front des