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« tirer l'épée pour défendre ces trophées Le jeune homme répondit d'une manière
convenable. Mais celle scène ne put trouver grâce aux yeux d'un peuple intelligent el moqueur. On fil ressortir ce qu'avait de puéril et même de ridicule celte démons tration épique rapprochée de tant de faits d'où jaillissait la preuve que la France allait s'ainoindrissant de jour mi jour.
L'Opposition préludait ainsi aux prochains combats de liibunc, lorsqu';irriv;i L'anniversaire de la révolution de juillet. Ce fut une fête louchante par l'enthousiasme mêlé de tristesse et d'inquiétude qui sembla, d'abord, devoir la caractériser. Mais, dans la journée du 29, le bruit s'étant répandu, bruit menteur, que les Polonais avaient remporté une victoire signalée, il y eut tout à coup dans Paris une explosion de joie qui n'a peut-être pas d'exemple dans les annales des fêtes humaines. Ce peuple, que ses propres succès devant Lisbonne avaient à peine ému, se livra, lorsqu'il crut la Pologne victorieuse, à d'indescriptibles transports. On courait par les rues en agitant des drapeaux tricolores et en pleurant; il y en eut que l'on vit dansant sur les places comme des insensés ; sublime folie! D'autres chantaient *en chœur : « La victoire est à nous! »
Ce réveil de l'esprit révolutionnaire devait naturellement influer sur les premières décisions delà Chambre. M. Girod(de l'Ain), que le ministère avait opposé à M. Laffitte, ne l'emporta que de cinq voix sur le candidat de l'Opposition. C'était un bien faible avantage pour le ministère ; mais M. Laffitte était un si grand nom, les services par lui rendus à la royauté étaient si notables, son concurrent était si obscur, que l'( apposition s'étonna et s'indigna de n'avoir pu que balancer la victoire. M. Chambolle, secrétaire de la présidence, donna sur-le-champ sa démission, par un honorable scrupule de patriotisme. La popularité de M. Laffitte avait repris tout son éclat; on dénonça comme ennemis de la révolution de juillet tous ceux qui se déclaraient contre lui, et M. Dupont (de l'Eure), à une majorité de
di\ voix, fui élevé a la vice-présidence. Irrité de cet échec imprévu, Casimir Périer courut remettre au roi son portefeuille MM. Sébasiiani, ! et Montalivel l'imi-
tèrent. Le Cabinel était dissous.
liais le I août, vers deux heures, nn supplément au Moniteur fut tout à coup publié. Il annonçai! que, se décidant à tirer l'épée contre la Belgique, le roi de Hollande avait repris les hostilités sur toute la 1:. I
ministère se reconstitua aussitôt.
À lapremière nouvelle de l'orage qui allait fondre sur lui, Léopold avait écrit au roi de- Français pour lui demander du secours : le Cabinet du Palais-Hoyal arrêta qu'ui de 50. OHO hommes marcherait vers la frontière sous les ordres du maréchal Gérard. Cette décision fut annoncée au publie dans les termes suivants : Le roi ayant r< connu <( l'indépendance du royaume de Belgique « et sa neutralité, de concert avec l'An. « terre, l'Autriche, la Prusse et la Rusï
et, les circonstances étant pressantes « obtempère à la d smande du roi des Bel \ « Il fera respecter les engagements pris « d'un commun accord avec les grandes « Puissances. »
Le gouvernement français, après laissé violer partout le principe de non-intervention, en était venu de la s i te à l< violer directement lui-même. Et il avait soin de déclarer que, s'il intervenait en Belgique ce n'était point pour y soutenir le principe révolutionnaire, mais bien pour faire pecter les volontés du conseil amphyetionique séant à Londres. Puis, craignant que ce ne fût pas assez de cette humilité éclatante, il donna ordre sans retard. h M. de Talleyrand de demander l'agrément de la Conférence, en faisant valoir le motif d'urgence qui avait forcé le Cabinet du Palais Royal à devancer l'autorisation des quatre grandes Cours*.
1. Protocole n° >l : Mans la réunion du 6 août, lord Palmerston informa la Conférence que le gouvernement » britannique avait donné ■ une division de la flotte Tordre lU' m' rassembler eux Dunes. Le prince de raDey rand annonça que, su» La demande du roi d
LOUIS BLANC
L'indignation fut profonde dans toute la Hollande, quand on y apprit que les Français intervenaient dans la querelle, au nom delà Conférence. Car cette couleur donnée à Tintervention la rendait manifestement inique. La conduite de Guillaume, en cette circonstance, avait été peu loyale à l'égard de la Belgique, sans doute, puisqu'il procédait contre elle par voie de surprise ; mais, au point de vue de la diplomatie, il était
Don Miguel.
dans son droit. Aucun traité ne le liait aux Belges, qui, pour lui, n'étaient que des rebelles. Et envers la Conférence quelles étaient ses obligations? Il n'avait consenti à une suspension d'armes que comme h une mesure préliminaire, devant conduire à un armistice qui n'avait pas été conclu, à des arrangements qui ne s'étaient pas eiïec-
1<: gouvernemenl français s'était décide a faire marcher ■ une année au secours de la Belgique. La Conférence
déclara que L'entrée des troupes françaises en Belgique
sérail regardée comme ayanl eu lieu, non dans une inition particulière >< la France, mata pour ci objet i lequel le* délibérations contournes géraient rfi-
• tgés, <
tués. Son adbésion aux protocoles du 20 et du 27 janvier aurait pu seule l'engager, si les cinq Puissances, après avoir déclaré ce pacte irrévocable, ne l'avaient anéanti ellesmêmes pour le remplacer par le traité des 18 articles. Or, Guillaume avait hautement protesté contre les 18 articles, et c'était lui qui pouvait avec raison reprocher à la Conférence une violation d'en °a céments précis et formels. Les Hollandais étaient donc fondés à trouver l'intervention française empreinte de violence et d'injustice, dès que notre armée, au lieu de s'avancer au nom du principe révolutionnaire attaqué ou d'un intérêt français compromis, ne se présentait plus que comme la gendarmerie de la Sainte-Alliance.
Quant aux Belges, devenus nos ennemis depuis que leurs avances avaient été repoussées, et qu'en les flattant de l'espoir d'une indépendance absolue on leur avait créé des intérêts opposés aux nôtres, ils ne virent dans le secours que leur apportaient les Français qu'un outrage à leur honneur. Sommes-nous donc, disaient-ils, si méprisables aux yeux des Français qu'ils nous jugent incapables de nous défendre sans leur appui? Bientôt il n'y eut plus, sur ce point, qu'une voix à Bruxelles. L'opinion y somma impérieusement le pouvoir de respecter l'article 121 delà constitution belge, portant : « Aucune troupe étrangère ne peut <( occuper ou traverser le territoire qu'en « vertu d'une loi. » Le gouvernement belge dut céder el le maréchal Gérard suspendre sa marche.
Ainsi, par une inconcevable accumulation de fautes, le Cabinet du Palais-Royal démentait directement sa politique avouée, se confessait vassal de la Conférence, exposait l'armée à un rôle ridicule, faisait maudire la France enfin, el par la Hollande à laquelle il déclarait une guerre injuste, el par la Belgique dont il irritait imprudemment la jalousie.
Les Hollandais, cependant, avaient envahi la Belgique, divises 80 trois corps qui s'avançaient avec îapidité c. s'.iilongeant de
Maëstricht à Bréda. A cette invasion la Belgique avait à opposer deux petites armées,
celle de la Meuse et celle de l'Escaut, dont il importait d'opérer au plus vite la jonction.
Le H août, Léopold se réunit à l'année de l'Escaut, près d'Arschot, où il attendait l'armée de la Meuse. Là, fermant l'oreille à des conseils dictés par une jalousie mesquine et téméraire, il écrivit au maréchal Gérard de se bâter. Le 10, il donnait le signal de L'attaque de Montaigu, lorsqu'on vintl'avertir que l'armée de La Meuse, attaquée sur la route de llasselt à Ton grès, s'était débandée sans combattre, que la déroute était complète, et qu'il était lui-même exposé à être coupé. Il rétrogada aussitôt sur Louvain. Les Hollandais l'ayant attaqué le 22 en avant de cette ville, le forcèrent à la retraite et bloquèrent Louvain, qui ne tarda pas à se rendre.
La Belgique était à deux doigts de sa perte. M.iis déjà les Français entraient à Bruxelles, et, sur un ordre de son père, le prince d'Orange ramenait en Hollande ses troupes victorieuses. Guillaume n'avait pas encore fait tous les préparatifs nécessaires. et il lui suffisait, pour Je moment, d'avoir montré à la Conférence ce qu'il était capable de tenter et d'accomplir.
Bien supérieur en intelligence à ceux qui dirigeaient alors la politique française, Guillaume avait parfaitement compris que l'accord apparent des grandes Puissances caebait des dissidences profondes ; que , réunies , elles affichaient des prétentions dictatoriales auxquelles leurs forces étaient loin de répondre; qu'il n'y avait, pour les faire fléchir, qu'à les braver, et qu'il était facile de leur faire la loi, pour peu qu'on les menaçât de mettre le feu à la mine creusée sous L'Europe entière. La justesse de ces vues fut prouvée par L'événement. Pour soutenir l'honneur de sa devise : Je maintien* <//■<//, le roi de Hollande s'était prescrit une persévérance et une audace dont le succès devait égaler la grandeur, et il lui lui donné, comme on le verra, non-seulenienl de tenir a un seul en échec les cinq grandes Cours,
mais de les forcer à se départir en< fois de leur volonté hautement exprim
Eh bien, ce système d'intimidation que sut employer avec tanl de bonheur, et i exposer la paix générale, le - tnverain d'un petit peuple de deux millions d'âmes, le gouvernemenl français, composé d'hommes .sans portée, ae songea pas même à fi i yer, quoiqu'il eût sous la main une nation de trente-trois millions d'hommes .. une
Guillaume do Hollande.
R 'i des Pays-Bas. 1772 18
jeunesse exubérante el une irrésistible masse de soldats tout pleins des souvenirs de la Révolution et de L'Empire.
Le 13 août, le maréchal Soult, ministre de la guerre, annonçait à la Chambre des
députés « que l'année française at ternirait,
« pour évacuer la Belgique, que les ques-
« lions pour lesquelles elle s'était mise en « mouvement fussent décidé) S. .Mais la Conférence eu avait ordonné autrement '.