‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 45 sur 159 · Voir aux documents historiques, n° J · texte numérisé non relu

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piration permanente préparaient tout depuis longtemps pour une insurrection ; mais, comme ils rencontraient dans leur propre parti une résistance inflexible et hautaine, . ils avaient fini par renoncer au périlleux honneur de l'initiative, et ils se bornaient à exciter par de secrets émissaires l'ardeur des sections républicaines où ils avaient pu pénétrer, prenant à leur solde des ouvriers malheureux, multipliant les démarches, prodiguant les promesses, distribuant des cartouches et des pistolets. Deux contre-maîtres qu'ils avaient séduits, devaient leur ouvrir, quand il en serait temps, les portes d'une fabrique d'armes, et ils disposaient de quelques bandes d'hommes résolus qui furent d'avance distribuées sur divers points du boulevard : à la Madeleine, au Châteaud'Eau, sur la place de la Bastille, c'est-à-dire sur toute la ligne du convoi.

Pour ce qui est du parti bonapartiste, il se livrait, à cette époque, aux démarches les plus actives. Quoique soumis à une surveillance assidue, le duc de Reichstadt avait trouvé moyen d'entrer en communication avec quelques-uns de ses partisans, auprès desquels il était représenté par le prince Louis-Bonaparte ; et pendant que Joseph quittait l'Amérique pour revenir en Europe, un corps de troupes, gagné tout entier à la cause du fils de Napoléon, se disposait à le recevoir à la frontière. Nul doute que, dans un pareil état de choses le parti bonapartiste n'eût pu faire tourner à son profit le soulèvement de la nation, s'il n'eût porté dans Bes propres flancs la lutte et L'anarchie. Car, non moins divisé que le parti légitimiste, il comprenait trois fractions séparées par de graves dissidences : les impérialistes, admirateurs aveugles delà monarchie napoléonienne; ceux qui aimaient surtout dans Napoléon lo soldat victorieux, et enfin, ceux qui, amis de l'égalité par sentiment, ne réservaient au duc de Reichstadt que le titre de chef du pouvoir executif, et résumaient leurs désirs dans ces mots : la république avec un nom. Ces derniers formaient la fraction sans contredit la plus intelligente et la plus gêné-

reuse du parti ; mais compromis à tout instant par l'imprudence des hommes d'action, ils étaient en outre combattus par une aristocratie militaire, à demi ralliée au gouvernement nouveau, et qui, à l'exception de quelques généraux d'un caractère élevé,, n'avait gardé du régime impérial qu'un grossier mélange de servilisme et d'orgueil.

Restaient les républicains, doués presque tous dune résolution extraordinaire et d'une bravoure impétueuse; mais ils manquaient de centre, de mot d'ordre, de direction. Les associations que ce parti renfermait dans son sein étaient indépendantes l'une de l'autre, et obéissaient à des impulsions, sinon contraires, au moins divergentes. La Société des Amis du Peuple avait vu naître à côté d'elle la Société des Droits de l'Homme, si fameuse depuis ; et en dehors de cette dernière, s'agitaient la Société Gauloise et le Comité Organisateur des Municipalités. Une grande hésitation résulta de ce défaut d'ensemble. Rien, d'ailleurs, n'était préparé pour une insurrection républicaine ; et bien que la Société Gauloise annonçât, par quelques-uns de ses membres, l'intention d'engager le combat, le parti se tenait dans l'expectative. Toutefois, dans la soirée du 4 juin, quelques membres de la Société des Amis du Peuple seréunirent au boulevard Bonne-Nouvelle, pour aviser aux choses du lendemain. Là il fut décidé, après d'assez vifs débals, qu'on ne commencerait pas l'attaque, mais qu'une collision paraissant inévitable, on se disposerait à soutenir la lutte avec vigueur. On se ménagea des communications le long du boulevard, et un citoyen dont le nom rappelait de grands souvenirs révolutionnaires, se chargea, quoique désapprouvant L'insurrection, de rassembler, au-delà du pont d'Austerlilz, un certain nombre d'ouvriers intrépides, avec lesquels il pouvait, en cas de (rouble, soulever le faubourg Saint-Marceau.

Le 5, de bonne heure, tout Taris fut en mouvement. Ceux qui devaient composer le cortège s'étaient liâtes vers les lieux de rendez-vous d'avance indiqués, et, dès œuf heures du matin, une foule impatiente se pré-

cipitai! vers la maison mortuaire. <»n voyait rouler pêle-mêle Le Long de la rue Saint- Honoré gardas en uniforme, ouvriers, artilleurs, étudiants, anciens --obl.it->; sur La place Louis XV Les élèves eu droil el en médecine, mêlés aux membres de La Société dei Amis du Peuple, s.- formaient en pelotons el m choisissaient des chefs; cent bannières de Corme et de couleurdiversesnottaient dans Les airs; ceux-ci portaient des flammes tri

Le général Laniarquc. (1770-1832.)

ceux-là des rameaux de verdure, quelquesans montraient leurs armes avec menace.

Mais un même sentiment perçait à travers

cette infinie variété d'attitudes et de mouvements. Chose étrange ! de toutes parts i>u m-

rendait à des Funérailles, et c'étaient des pensées de guerre qui éclataient dans tous regards inquiets, sur tous ces visages pâles d'émotion. Les rumeurs Les plus alarmantes circulaient ; on se p allait à voix basse dans certains groupes, taudis que «lu milieu des

groupes voisins sortaient des clameurs confuses; et tous de Bupposerun vaste complot.

Les uns parce qu'ils le desiraient, le.s autres parce qu'ils en avaient peur. Car. chacun sentait bien de quelle maladie était travaillée

LOUIS BLANC

la société française, société si pleine en effet de trouble et de désordre, qu'il suffisait, hélas .'d'en rapprocher tous les éléments pour faire jaillir de leur contact une effroyable catastrophe!

Aussi le gouvernement avait-il eu soin de faire de Paris un champ de bataille. Quatre escadrons de caribiniers occupèrent la place Louis XV ; un autre couvrit, avec un bataillon du 3e léger, la place de Grève ; le 12e léger attendait le convoi sur la place delà Bastille; il y avait des soldats dans la courdu Louvre; il y en avait dans le quartier des étudiants; la garde municipale était échelonnée sur toute la ligne qui s'étend de la préfecture de police au Panthéon, et un détachement de cette garde protégeait le Jardin des Plantes, non loin de la caserne des Célestins, où le 6e régiment de dragons tout entier se tenait prêt à monter à cheval. Le reste des troupes avait été consigné dans les casernes, et des ordres avaient été donnés pour faire venir au besoin des régiments auxiliaires de Ruel, de Courbevoie et de Saint-Denis. De sorte qu'à cette révolte qui n'était encore que dans l'air, le gouvernement avait à opposer une armée soldée d'au moins vingt -quatre mille hommes (1).

Le cortège se mit en marche. Les coins du drap mortuaire étaient tenus par le général Lafayette, lemaréchal Clauzel, M. Laf fitte et M. Mauguin. Des jeunes gens traînaient le char funèbre, que suivaient des proscrits venus de tous les points de celte Europe, esclave des rois. Deux bataillons seulement composaient les troupes d'escorte, mais les gardes nationaux faisaient partie du convoi, au nombre d'environ dix mille, ayant tous le sabre au côté. Les artil-

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