‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 48 sur 159 · Ce café n'existe plus · texte numérisé non relu

Ce café n'existe plus

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Planche-Blibray el desArcis. Or, pour vaincre l'insurrection ainsi refoulée dans deux quartiers, le gouvernement s'épuisait en efforts prodigieux. Dès six heures du malin, la place Louis XV était encombrée par l'artillerie; deux bataillons accouraient deSaint- Cloud pour se joindre à ceui dont la capitale était inondée; enfin, un régiment d'infanterie et trois régiments de cavalerie entraient à Paris, venant de Versailles et traînant du canon.

Mais tout cela ne suffisait pas encore pour rassurer entièrement la Cour. Les Tuileries avaient à peu près le même aspect que la veille. On y comptait les hommes marquants qui étaient venus offrir leurs services, et il régnait sur le visage des personnes présentes je ne sais quel air de contrainte. Quand on fut pour distribuer les commandements des diverses brigades, la plupart des chefs se trouvaient absents. Un général, connu pour son énergie, le général Cxeelmans, refusa de servir sous les ordres du général Pajol, son égal, regardant l'invitation qu'on lui adressait à cet égard comme une insulte à ses épaulettes ; et entre lui et le maréchal Soult, il s'éleva, dans la galerie de Diane, une altercation très-vive, dont la famille royale put entendre les éclats. Le roi montrait beaucoup de sérénité. Rompu à l'art de veiller sur lui -même, il apportait une aisance parfaite dans ses manières et dans ses discours, soit qu'il voulût répandre autour de lui la confiance, soit qu'il comprit que la révolte touchait à sa fin. L'incendie, néanmoins, pouvait à tout instant se rallumer. Dans cette même matinée, M. Marchais passant sous les fenêtres du maréchal Lobau : « Eh bien, lui cria ce dernier, d'un ton moi- « tié plaisant, moitié sérieux, de vous ou « de nous, qui s'en va? »

Les députés de l'( >pposition s'étaient, dans l'intervalle, réunis chez .M. Laflilte, et l'on y délibérait sous l'empire de la colère ou de la peur. La plupart de ces hommes pusillanimes avaient pâli au seul nom do la république, et déjà devant eux s'étaient dressés tous les noirs fantômes, effroi de leur sou-

venir, liais, gr&ce an ciel! ils n'entendaient

plus que les derniers cris de la révolte expirante, et furieux de leur frayeur désormais

évanouie, ils disaient : « Que tardons-noas .' le moment est venu pour chacun d'exprimer tout haut sa pensée. Plus de milieu de possible entre adopter l'insurrection et rompre avec elle. Détournons de nous une solidarité fatale, et qu'une solennelle manifestation témoigne de notre éloignement pour les

Le maréchal Clauzel. [i77S-i848

fauteurs de l'insurrection, pour leurs actes. pour leurs doctrines. » Mais cette opinion trouva dans l'assemblée des contradicteurs énergiques. Convenait-il aux auteurs de la loi de s'armer du réquisitoire? El dans quH moment! Etait-ce donc lorsque le B versé fumait encore, lorsque tous les esprits étaient en fermentation et que la moindre étincelle y pouvait porter l'embrasement: était-ce au bruit de la fusillade, qu'il fallait fulminer l'arrêt des insurgés? Vainqueurs, l'histoire seule les auraient juués; vaincus, levers de leur malheur était là pour les sauver de l'insulte. Ce fut l'avis des plus généreux, de M. de Biyas entre autres. M. de

LOUIS BLANC

Bryas avait un fils à l'École polytechnique, où la révolte avait trouvé plus d'un intrépide auxiliaire. Père et citoyen, il combattit avec une louable véhémence l'idée d'une manifestation qui eût été, en effet, sans avantage et sans dignité. Il fut ensuite question d'envoyer au roi des commissaires chargés de lui montrer dans la politique suivie depuis 1830 la source de tous les désordres. On objecta que la démarche était inutile; que le roi avait, comme Charles X, comme tous les rois, une volonté immuable ; qu'il y avait folie à en douter; et que les députés de l'Opposition se devaient de ne pas affronter les dédains d'une camarilla, gonflée en ce moment de haine et d'orgueil. Le mot république ayant retenti au milieu de ces débats, et plusieurs ayant demandé qu'à la critique des actes du gouvernement on associât une franche réprobation de ces principes terribles qui avaient 93 pour date, et pour symbole le drapeau rouge, M. de Lafayette prit la parole. Il ne descendit pas à repousser des rapprochements aussi frivoles qu'injustes, et il se déclara, sans détour, républicain. Ces mots qu'une malveillance habile s'était plu à lui attribuer : « Le duc « d'Orléans est la meilleure des républiques,» il affirma que jamais sa bouche ne les avait prononcés. Et, rappelant, avec une noble désapprobation de lui-même, les journées de juillet, éternel enseignement des peuples, sa confiance trompée, ses illusions misérablement détruites, son aveuglement châtié, il rejeta tout ce qui, dans une monarchie, pouvait ressembler à l'espérance. Mais ce vieillard courageux et sincère parlait à des hommes que la monarchie retenait à son service par d'invincibles séductions. Les députés nommèrent trois commissaires : à. François Arago, le maréchal Clauzel, M. Laflitte. Le maréchal ayant refusé, M. Odilon Barrot prit sa place dans la commission. Sur ces entrefaites, on avait apporté la nouvelle de l'insurrection vaincue, cl les députés se séparèrent, jugeant leur rôle lini.

Lu sortant, .M. Arago rencontra dans la

cour M. Savary et M. Alexandre Dumas, un savant et un poète. Très-animés l'un et l'autre, ils n'eurent pas plutôt appris ce qui venait d'avoir lieu chez M. Laffitte, qu'ils éclatèrent en discours pleins d'emportement et d'amertume, disant que Paris, pour se soulever, n'avait attendu qu'un signal, et qu'ils s'étaient rendus bien coupables envers leur pays, ces députés si prompts à désavouer les efforts du peuple, si ardents à lui envier de plus hautes destinées, dignes assurément de la grandeur de son ouvrage.

De fait, l'insurrection n'était pas étouffée. Il est vrai qu'un détachement de lanciers avait dégagé la porte Saint-Martin; que trois colonnes, sous la direction du générai Schramm, avaient emporté l'entrée du faubourg Saint-Antoine, et que le boulevard était libre depuis la Madeleine jusqu'à la Bastille. Mais le tocsin sonnait à l'église Saint-Méry, les combattants du cloître tenaient encore, et malheur auxbataillons qui, s'engouffrant dans la rue Saint-Martin, osaient attaquer de trop près ces hommes indomptables. Car jamais place d'armes ne fut mieux défendue. Lorsque, vigoureusement repoussées, les troupes se repliaient en désordre, les républicains franchissaient la ligne des barricades, couraient dépouiller les morts de leurs gibernes, et renouvelaient ainsi leurs munitions épuisées. Placée aux fenêtres d'un café voisin, une jeune fille1, dont l'amant était dans les barricades, avertissait, par des signes intelligents, de l'arrivée des soldats; ou bien, elle entourait les blessés de soins pieux, et venait offrir du bouillon aux combattants qu'allaient trahir Leurs forces- défaillantes. Les blessés ne trouvèrent pas une ressource moins précieuse dans l'active charité d'une autre femme, épouse de l'armurier dont les combattants avaient envahi le magasin. 11 était impossible, pourtant, qu'une pareille lutte se prolongeât, parce que chaque nouvelle attaque laissait dans les rangs des insurgés des vides qui ne se remplissaient point. Jusque-là, ils axaient

1. Elle a figuré depuis au procès des vingt-deus <-t ■ acquittée.

cru que leur audace, ù force de bonheur, deviendrait contagieuse; que, de tous les points de Paris, l'insurrection répondrait au redoutable appel de leurs décharges, et que, s'ils devaient succomber, leurs corps, du moins, n'appartiendraient qu'à la république. Un moment, leur confiance fut entière : deux inconnus leur amenèrent un petit baril de poudre; et od vint leur annoncer que des amis étaient en marche pour les secourir. Mais cet espoir ne tarda pas à leur manquer. Vainement ils prêtent l'oreille, c'est à peine si le vent leur apporte les rumeurs ordinaires de la cité ; leurs voix s'éteignent sans écbo : Paris autour d'eux fait silence. Un soldat du 62e, nommé Yigouroux, dirigeait les combattants postés aux fenêtres : « Nous « sommes perdus, dit-il à ses compagnons, « du ton d'un homme qui a fait le sacrifice « de sa vie; s'il en est, parmi vous, qui aient « autre chose à faire ici qu'à y mourir, il en « est temps; qu'ils se retirent. » Chacun demeura ferme à son poste. Pour la plupart, race insouciante et belliqueuse, il y avait dans un tel combat une sorte d'étourdissement généreux dont ils ne voulaient point perdre l'émotion; et quant à ceux qui obéissaient à des convictions réfléchies, ils pensaient que, si la république était condamnée à périr, il importait que, de sa défaite, il restât dans l'esprit de tous d'ineffaçables impressions et un souvenir immortel.

Vers le milieu du jour, un détachement d'infanterie s'étant présenté par la rue Aubryle-Boucher, un sergent cria d'une voix forte qu'il désirait parlementer. Un des insurgés s'avance aussitôt, son espingole à la main. « Si je suis tué, avait-il dit, ce ne sera « qu'un soldat de moins, et vous me vente gérez. » Il échangea quelques paroles avec un lieutenant, et, de retour vers ses compagnons, il leur apprit que les soldats demandaient seulement à traverser les barricades, promettant de ne pas tirer un seul coup de fusil. MaisJeanne craignit un piège, et s'avaneant à Bon tour: «Vous ne passerez. « dit-il, au milieu de nous, qu'après avoir « posé les armes. » Puis, étendant la main

vers l«-s barricades, il ajouta qu'elles étaieut inviolables, gardée! par des hommes qui avaient juré de ne les abandonner qu'inondées de leur sang, El en achevant ces mots,

il adjurai! les BoldatS, au nom de la patrie

en deuil, de se souvenir qu'enfants du peuple ils devaient leurs bras et leur \ie au triomphe de sa liberté. Le commandant répondit avec émotion qu'il ne s'écarterail pas

de ses devoirs; mais il donna L'ordre de la retraite, et les soldats se retirèrent à pas lents, au cri de Vive la ligne ! parti du fond des barricades.

Quelques instants après, la garde nationale de la banlieue de Paris déboucha par le bas de la rue Saint-Martin. Ivres de vin et de colère, quelques-uns se bâtaient, remplissant l'air d'imprécations, et croyant marcher à une victoire facile. Accueillie par un feu roulant, la garde s'arrête, recule. Exposés à des coups d'une précision surprenante, les premiers rangs sont culbutés en un clin d'oeil, tandis que, de toutesles fenêtres du quartier-général, la mort s'abat .111 milieu de la colonne. Alors une frayeur inexprimable s'empare des assaillants, ils prennent la fuite, gagnent les quais et se dispersent dans toutes les directions, jetant au loin, les uns leurs shakos, d'autres leurs armes.

Ainsi, au milieu de cette cité de plus d'un million d'habitants, dans le quartier le plus populeux de Paris, à la face du soleil, on vit soixante citoyens délier un gouvernement. tenir en échec une armée, parlementer, livrer bataille. Et {tendant ce temps, ceux qui auraient voulu leur porter secours, restaient condamnés au tourment de leur impuissance. Plusieurs furent aperçus autour de ces quartiers funestes. La tète baissée, l'air morne et des pleurs dans les \eux. ils erraient livrés an deuil muet île leur .une. et

quelquefois ils s'arrêtaient avec angoisse

pour écouler le bruit île la fusilla !e et les sons inégaux du tocsin. Car la fortune leur

refusai) l'occasion d'un dévouaient utile à

leurs amis. Il est. dans la mêlée «les passions politiques, une beure suprême où se fixe le sort des empires. Celle heure précieuse, dé-

LOUIS BLANC

cisive, les républicains l'avait perdue ; et maintenant ils rencontraient sur leur chemin, non-seulement les hommes qu'animaient contre eux de loyales inimitiés, mais encore cette immense foule, cette foule inexorablo d'êtres vils pour qui la défaite est un crime et le malheur uneproie. D'ailleurs, nul centre où les républicains désormais se pussent rallier, nul chef pour les conduire : partout des soldats, partout des traîtres, des ennemis partout! Et telle était déjà la conlîance inspirée aux indifférents par cet étalage de forces, que les affaires avaient repris leurs cours. Ici le commerce, ses préoccupations exclusives; ses calculs, là, le pavé tout couvert du sang de la veille, les maisons tendues de noir, la fusillade, le tocsin, des mourants sur des civières, et, enfin, des prisonniers chancelant sous les coups, moins redoutés que l'insulte. Car qui les aurait oubliée} ces scènes de colère et d'acharnement? Sur la place de Grève, remplie le 6 juin de gardes nationaux etde soldats, il y eut des actes de férocité que l'historien de ces jours néfastes se refuse absolument à décrire; et c'est une consolation pour son cœur attristé de pouvoir au moins rendre hommage à la noble conduite du général Tiburce Sébastiani, par qui fut réprimé l'excès de ces lâches fureurs.

A midi, le roi sortait du château des Tuileries, accompagné des minisires de la guerre, de l'intérieur et du commerce, et il passait en revue les troupes réunies sur la place Louis XV et dans les Champs-Elysées. De là il se rendit par les boulevards jusqu'à la Bastille, parcourut le faubourg Saint-Antoine, et longeant les quais, rentra dans son palais par le Louvre. Quoique la révolte en ce moment fût presqu'entièrement vaincue, la longue promenade du roi était uuacte de courage; etlagardenationalequi, rangée sur la routo, le saluait de ses acclamations, ignorait elle-même jusqu'à quel point, dans plusieurs quartiers, la mort s'était trouvée près de lui. Sur le quai, par exemple, et non loin de la place de Crève, une jeune femme le coucha en joue du haut d'une fenêtre, et

elle ne s'abstint de tirer que parce que la pesanteur de l'arme faisait trembler sa main. Le roi, dans cette occasion, n'hésita donc pas à payer de sa personne, montrant à tous un visage calme et souriant, adressant des paroles de consolation aux gardes nationaux qu'il rencontrait blessés, s'avançant vers les groupes silencieux ou hostiles, écartant même ceuxde l'escortequi, soitaffectationde zèle, soit sollicitude sincère, cherchaient à le couvrir de leur corps.

Trois heures sonnèrent lorsqu'une calèche découverte , dans laquelle se trouvaient MM. Arago, Odilon Barrot et Laffitte, entra dans la cour des Tuileries. Un inconnu s'étant alors élancé à la tête du cheval, le saisit par la bride en s'écriant : « Prenez garde, Mes- « sieurs ! M. Guizot sort de l'appartement du « roi : vos jours ne sont pas en sûreté, >/ Plus surpris qu'effrayés de cette rencontre inattendue, les trois commissaires se firent annoncer. Une longue intimité avait permis à M. Laffite d'étudier le monarque, et, sur le seuil de l'appartement royal, il dit à ses collègues : « Tenons-nous bien : il va essayer « de nous faire rire ».

Admis auprès du roi, les députés lui exposèrent que la victoire qu'il allait remporter, était légale et ne devait pas être cruelle; que le moment était favorable pour réparer les fautes commises, pour calmer l'irritation devenue générale, et qu'il y aurait sagesse à donner le triomphe des lois pour point de départ à un changement de système, reconnu nécessaire; que la popularité du roi ébranlée, les haines politiques portées à un degré de violence inouï, la guerre civile dans l'Ouest, la guerre civile dans Paris, montraient assez combien était condamnable le système du 13 mars; que de ce système étaient découlés, comme autant de conséquences inévitables, les malheurs de Grenoble, lo désarmement non motivé de la garde nationale dans plusieurs villes, des mesures de rigueur sans exemple, l'obligation de livrer quatre départements aux rigueurs de l'état de siège ; qu'au tort de cette politique, furibonde ;» l'intérieur, se joignait

Odiloa Barrot 1701-1873

(Acier reporté typofraphi(|nemeol).

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relui d'une politique dénuée, au dehors, de franchise, d'énergie et de dignité.

La réponse du roi fut telle qu'on devait la prévoir. Si le sang coulait, la faute en était aux factieux, qui seraient châtiés, mais sans que le cours régulier de la justice fût interrompu. Si le roi de France n'avait pas la popularité du duc d'Orléans, il ne fallait pas s'en étonner après tant de calomnies et d'outrages, fruit des haines de l'esprit de parti. Les rigueurs déployées étaient un moyen de gouvernement que rendaient indispensable des attaques sans cesse renaissantes. Le compte-rendu, après tout, n'était qu'un exposé des griefs imaginaires, qu'un tissu d'accusations injustes, comme celle où l'on reprochait au roi d'être insatiable de richesses. Quant àla politique extérieure, elle avait été ce que permettaient nos intérêts et nos ressources ; le langage de M. de Saint-Aulaire, blâmable peut-être en apparence, se justifiait par le résultat; l'affaire de la Belgique était finie, et si l'on ne pouvait voir aussi clair dans celle d'Italie, cela tenait à la difficulté de rendre un pape raisonnable.

Des incidents curieux marquèrent cette entrevue. Dès les premiers mots, un bruit sinistre s'étant fait entendre: «C'est le canon, « dit le roi, qu'on a fait avancer pour forcer, « sans perdre trop de monde, le cloître Saint- « Méry. » En prenant la parole, M. Arago s'était nettement expliqué sur sa résolution de n'accepter du gouvernement aucun emploi. M. Odilon Barrot ayant commencé une déclaration à peu près semblable, le roi l'interrompit et lui dit en lui frappant le genou d'un geste amical : « M. Barrot, je n'accepte « pas votre renonciation ». Comme on reprochait à sa politique des ménagements singuliers à l'égard des légitimistes : « Je « me suis toujours rappelé, répondit-il, le « le mot de Kersainl : Charles 1" eut la tète « tranchée, et l'Angleterre vit son fils re- « monter sur le troue; Jacques 11 ne fut « que banni et sa race s'est éteinte sur le « continent ». Mais ce qui domina dans le langage du roi, ce fut la crainte qu'on n'attribuât à Casimir Périer l'honneur du sys-

lème suivi jusqu'alors. Cet honneur, il le revendiqua pour lui tout entier, avec i: tance, à plusieurs reprises, et dans l'intention manifeste de faire passer son ancien ministre pour l'instrument docile d'un esprit supérieur. Il appuya beaucoup aussi sur l'inébranlable consistance '!•• sa volonté,

volonté qui n'avait fléchi qu'une fois. I qu'il s'était agi d'abandonner les fleur- de lys, propriété de la branche cadette aussi

Le maréchal Soult. (1169-1&1.)

bien que de la branche ainéc. Enfin, parmi les paroles échappées à une improvisation abondante, les députés remàrquèreni collesci, un peu hasardées dans la bouche d'un roi diplomate : « Chez toutes les nations de « l'Europe, l'élément des révolutions existe, (i et toutes n'ont pas L'étoffe d'un duc d'< >r- « léans pour Les terminer.

A l'issue de cet entretien, voici 60 quels ternies Louis-Philippe s'exprima sur les trois

commissaires, devant quelques-uns de - -

familiers qui l'attendaient dans une pièce \ oisine : « M. Odilon Barrot a été sentencieux « et doux. M. Laffitte solennel. .M. AragO

>< extrêmement vif. «

LOUIS BLANC

Cependant, autour de Saint-Méry, les attaques succédaient aux attaques. Pressés avec acharnement, cernés, réduits presque de moitié, et n'ayant qu'une centaine de cartouches, les insurgés déployaient une intrépidité devenue l'objet d'un étonnement universel. Un vieillard, au front chauve, à la barbe grise, tomba mort dans l'intérieur des barricades, au moment où il élevait un drapeau tricolore en conviant ses compagnons à un effort désespéré. Près de lui, un jeune homme, qui battait la charge, eut la main gauche fracassée par une balle ; on voulut le transporter à l'ambulance : « Quand ils se- « ront partis », dit-il, et il continua de la main droite. Un des combattants de la rue se plaignant de la faim et demandant qu'on fît apporter des vivres : « Des vivres! répon- « dit Jeanne : il est trois heures, et à quatre « heures nous serons morts! » Il fallut recourir à l'artillerie : il fallut former le siège de ces quelques monceaux de pierres défendues par une poignée d'hommes. Deux pièces de canon, placées en avant de Saint- JNicolas-des-Champs, furent pointées contre la petite barricade du nord, dont les boulets, dans leur volée, emportaient des pans entiers. On fit avancer en même temps une pièce de canon par la rue Aubry-le -Boucher, de manière à réduire la maison n° 30. Les insurgés n'en firent pas moins bonne contenance. Seulement, ils clouèrent des matelas devant les glaces, émus qu'ils étaient par le désespoir des deux femmes dont ils avaient envahi la demeure. Enfin, vers quatre heures, les barricades furent attaquées de tous les côtés à la fois : par des gardes nationaux et des soldats venant du haut de la rue Saint-Martin ; par un bataillon du 42e de ligne débouchant de la rue de la Verrerie; par une colonne du 1er de ligne, lancé, sous les ordres du général Laidet, dans le prolongement de la rue des Arcis. Les républicains espéraient qu'en forçant encore une fois les assaillants à la retraite, ils auraient des morts à dépouiller de leurs cartouches: mais les soldais arrivant de toutes parts avec beaucoup d'impétuosité et de résolution,

toute résistance devenait impossible. Alors, de ceux qui combattaient dans la rue, les uns, sur les pas de Jeanne, percèrent audacieusement à la baïonnette une première ligne de soldats, et firent retraite, après avoir perdu seulement trois hommes, par la rue Maubuée; les autres seprécipitèrent, pour s'y défendre, dans la maison n° 30, dont la porte refermée sur eux était intérieurement soutenue par plusieurs piles de pavés. Or, tel était l'acharnement de quelques-uns des insurgés, qu'un des panneaux inférieurs de cette porte ayant été enfoncé, un jeune homme, qui était tombé mourant dans la cour, se mit à ramper jusqu'à l'ouverture pour décharger sur les soldats son dernier coup de pistolet. Un instant après, la maison était envahie et ne retentissait plus que de cris furieux ou de gémissements. Poursuivis de chambre en chambre, dix-sept insurgés périrent, tués à coups de baïonnette. Un de ceux qui s'étaient battus au troisième étage, où les assaillants allaient paraître, donna ordre à ses compagnons de couper l'escalier : mais, comme il était déjà trop tard, et que les fusils résonnaient sur les marches : « Le baril de poudre! s'écria-t-il. et faisons sauter la maison. » Le baril de poudre avait disparu. Les combattans du troisième étage parvinrent alors à grimper sur les toits et pénétrèrent par une fenêtre dans la maison n° 48 de la rue Saint-Méry. Ce fut là qu'on les découvrit, car on fouillait toutes les maisons voisines des barricades, et ils eussent été infailliblement égorgés si. avec cette générosité naturelle au caractère français. le capitaine Billet, du 18e, n'eût protégé leur vie. « Faites des prisonniers, dit-il noble- « ment à ses soldats, et non des victimes. » Chacun croyait le combat fini, et déjà des milliers de curieux entouraient les abords de la maison n° 30. lorsque d'une boucherie attenante et donnant sur la rue Saint-Méry. partit tout à coup une nouvelle décharge. Etonnés, les soldats qui se trouvaient à l'entrée de la rue Saint-Méry refluent dans la rue Saint-Martin : les curieux prennent la fuite. Profitant alors du tumulte, cinq ou six

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insurgés s'élancent hors de la boucherie, où ils s'étaient réfugiés, et se perdent dans 1rs Ilots de cette foule agitée.

Il ne restait plus dans la maison que deux insurgés vivants. Un officier de la gaule nationale que les combattants avaient fait prisonnier s'était enfui, avant la prise de la maison, déguisé en femme; mais les deux insurgés n'eurent pas même le temps d'essayer de ce moyen d'évasion. Cachés l'un et l'autre sous un lit, dans l'appartement où ils avaient combattu, ils furent condamnés au supplice d'entendre les imprécations du soldat vainqueur se mêler aux derniers ràlements de leurs compagnons égorgés. Euxmêmes, plus d'une fois, ils se sentent efllcurés par la pointe des baïonnettes cherchant quelques victimes oubliées. Enfin, convaincus que les soldats prolongeraient leur séjour dans la maison, parcourue en tous sens, et las sans doute d'une prudence que désavouaient leur fierté et leur audace, ils prirent le parti de quitter leur asile, bien décidés, s'il le fallait, à vendre chèrement leur vie. Mais un médecin de l'Hotel-de-Dieu survint qui les sauva. De leurs mouchoirs, trempés dans une vaste mare de sang, ils s'enveloppèrent la tête, et, conduits par le médecin, qui réclamait pour eux le respect dû à des blessés, ils passèrent impunément à travers les lignes des soldats.

Cette victoire fut célébrée par des transports qui ne furent exempts ni de cruauté ni de scandale. Il y avait eu du côté de la garde nationale des actes éclatants de courage, et l'adjudant Bellier, tué sur la barricade de la rue Saint-Martin, prouvait qu'en France la bravoure est de tous les partis; mais comme il arrive toujours, ce furent les moins braves qui troublèrent la ville de leurs chants de triomphe. Presque désert dans la matinée du il, le Château* fut encombré, dans la soirée du même jour, par la foule des visiteurs. Chacun revenait de la campagne, chacun se désolait d'avoir manqué l'heure du dévouaient.

Le lendemain, un calme profond régnait dans la plupart dos quartiers de Paris; tou-

tes les boutiques J 'étaient 0UV61 le-, : les citoyens v vaquaient a. leurs travaux accoutumés. Il y avait toutefois dans celte ville- distraite, un poinl où se reconnaissaient les traces de la guerre civile, un point vers lequel couraient des mères «ri pleur-; : la Morgue.

La résistance des insurgés de Saint-Mérj avait été opiniâtre et presque inconcevable. Aussi, plusieurs ont-ils cru que le gouvernement l'avait favorisée, pour agrandir sa victoire et rattacherplus étroitement à sa cause, par l'épouvante, la majorité de la bourgeoisie. Il est certain que deux traîtres combattaient dans les barricades. Mais outre que le calcul supposé est complètement invraisemblable à force d'atrocité et d'infamie, comment admettre que des hommes sensés eussent pu juger habile une aussi misérable combinaison ? Un gouvernement ne saurait être intéressé à faire croire que, pour mettre en question son existence, il suffit de cent hommes élevés par leur enthousiasme audessus de la mort.

Quoi qu'il eu soit, les ministres tirèrent parti de leur victoire avec une impatience farouche. Du sein des familles que l'insurrection venait de plonger dans le deuil, il chappait des cris de malédiction, triste encouragement aux rigueurs. Un mandat d'arrêt avait été lancé contre le rédacteur en chef du National, Armand Carre! ; plusieurs journaux furent saisis ; le domicile des citoyens les plus honorables fut brutalement violé; les arrestations devinrent si nombreuses, que, pour transporter les prisonniers, on dut mettre les voitures publiques en réquisition. Et de quelles couleurs peindre l'aspect hideux que présentèrent, durant

heures consacrées à la Vengeance, les COUTS

de la préfecture de police? A peine un prisonnier paraissait-il, qu'on voyait ces êtres

impurs que la civilisation charge du soin de protéger la morale, se précipiter Ners le malheureux avec des hurlements sauvages et l'accabler de coups impunis. [. 'exemple, au reste, venait des chefs, l'ne ordonnance de M. Gisquet, préfet de police, enjoignit aux

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médecins et chirurgiens de dénoncer les blessés qui réclameraient leurs secours. Mais cette indigne prescription fut annulée par le mépris public.

Le roi s'était fait honneur, devant MM. Arago, Odilon Barrot et Laffitte, de ses projets de modération ; il avait promis que le cours de la justice régulière ne serait pas interrompu. Et cependant, à côté de trois ordonnances qui prononçaient la dissolution de l'École polytechnique, de l'Ecole vétérinaire d'Alfort, et de l'artillerie de la garde nationale parisienne, le Moniteur publia une ordonnance qui mettait la capitale en état de siège, coup d'Etat inopportun dû à l'initiative étourdie de M. ïhiers!

L'opinion gronda aussitôt. La cour royale de Paris eut beau, sur les réquisitions du procureur-général Persil, se déclarer incompétente pour tout ce qui touchait aux troubles des 5 et 6 juin, les conseils de guerre, établis en permanence dans la capitale, ne firent que paraître sur la scène. Saisie du pourvoi d'un jeune peintre nommé Geoffroy, qu'un de ces conseils de guerre avait condamné à mort, la cour de cassation décida, sur la plaidoirie de M. Odilon Barrot et contrairement aux conclusions de M. Yoysin de Gartempe fils, avocat-général, que le conseil de guerre de la première division militaire avait commis un excès de pouvoir ; que les règles de la compétence avaient été violées ; qu'on avait forfait à la Charte '.

Une approbation universelle, immense, accueillit cet arrêt mémorable, devant la majesté duquel le gouvernement dut s'incliner, quoiqu'il se reconnût par là coupable du même attentat que la révolution de juillet avait fait expier à Charles X.

Ce fut, par conséquent, devant le jury que comparurent tous les vaincus du mois de juin. Et alors so firent jour ces grands caractères, ces natures d'élite, qui, dans les temps calmes elles civilisations imparfaites, restent à jamais comprimés sous un inflexible niveau. C'est ainsi que, dans un des procès

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