Nous ,i uni.' ni documente historiques
n° 5, les toutes li celui des 18 ar-
ticles et celui des 24 articles. Noms renvoyons 1<- lecteur i oes documenta précieux, il pourra lire dama la simple rapprochement des textes l'histoire dea variations, des intrigues, des usurpations de ce qu'on nomm* matie.
cation, lire- importance qu'elles ne pouvaient avoir pour le Cabine! de Saint-James. I)e là le retard apporté a rechange des ratifications de 1 1 pari du roi de Prusse, des emperenrs de Russie el d'Autriche. Fidèli « l'esprit de la Sainte-Alliance, ces trois souverains auraienl désiré que, par un asqu cernent volontaire an traité dei 24 article*, le roi Guillaume leur permit de se mettre en garde contre la France, tout en leuf épargnant la nécessité de rioler d'une manière ouverte et brutale les lois de la francmaçonnerie monarchique.
Dans cet embarras, l'empereur de Russie prit le parti d'envoyer à La Haye le comte Alexis OrlofF, avec mission d'obtenir du roi de Hollande l'acquiescement souhaité.
Le comte Orloff ayant vu ses instances repoussées, quitta La Haye, en faisant connaître à l'Europe, par une déclaration officielle, que l'empereur de Russie n'entendait point s associer à l'emploi de moyens coercitif* ayant pour but de contraindre le roi des Pays-B par la force des armes, à souscrire aux \\ quatre articles; mais qu'il considérait ces articles comme renfermant les seules base9 sur lesquelles pût s'effectuer la séparation de la Belgique d'avec la Hollande (sauf les amendements admissibles dans un traité Iiii.iI entre les deux pays). Le comte OrlotT déclarait, de plus, au nom de son maître que dans le cas où la neutralité belge serait menacée militairement par la Hollande, I empereur de Russie se réservait de se concerter avec ses alliés pour le rétablissement de cette neutralité et le maintien de la puni générale
L'Autriche el ta Prusse ayant adhère À cette déclaration, leurs plénipotentiaires
effectuèrent l'échange des ratifications le 18 avril, et les plénipotentiaires de Russie, le \ mai. On approchait du dénoûment : on n'y touchait pas encore. Les ratifications prussienne el autrichienne n'étaient eu effet données que sous la réserve des droits de I* confédération germanique, relativement à la cession et à l'échange d'une partie do graneV duché du Luxembourg : et. Quant à la Ru»-
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sie, sa ratification n'était que partielle ; elle contenait ces mots : « sauf les modifications « à apporter aux articles 9, 12 et 13, dans « un arrangement définitif entre la Hollande « et la Belgique ».
. La Belgique avait compté sur une ratification pure et simple de la part de la Russie, et le plénipotentiaire belge n'avait été aucunement autorisé à accepter une ratification partielle. C'est ce que fit pourtant M. Vaii de Weyer, qui, par là, outre-passait ses pouvoirs, et jetait son pays dans l'alternative, ou de se résigner à des ratifications sous réserves qui semblaient tout remettre en question, ou de les restituer, au risque de rompre avec l'Autriche, la Prusse, la Russie, et de jouer imprudemment la nationalité de la Belgique.
Aussi l'indignation fut-elle grande à Bruxelles. L'anathème y fut lancé de toutes parts, et contre la diplomatie, qui condamnait depuis si longtemps la Belgique à un provisoire mortel, et contre le ministère belge, qui avait engagé l'avenir du pays dans ces voies tortueuses; et contre le gouvernement français, qui n'avait encore su que ramper tristement à la suite de la Conférence. L'irritation des Belges n'était que trop légitime. Placés par les fluctuations de la diplomatie entre le déshonneur et la ruine, ils voyaient déjà leur industrie paralysée, leur commerce tari dans sa source, leur crédit perdu, leur nationalité flottant au gré de tous les caprices ou au souffle de tous les hasards. Les Orangistes, d'ailleurs, mettaient à profit les désordres nés de tant d'incertitudes, pour tenter les esprits faibles, calomnier la révolution, et rejeter sur le principe de la révolte la responsabilité des maux croissants de la patrie. L'enlèvement de M. Thorn, membre du sénat belge, par une bande audacieuse, et l'incarcération de ce personnage dans une prison de Luxembourg, furent un aliment de plus aux passions qui fomentaient partout. Un même cri s'éleva de tous les points de la Belgique : il faut en finir !
Mais la diplomatie ne présentait d'égal au scandale de ses usurpations que celui de son
impuissance, et elle tenait l'anarchie suspendue sur cette Europe dont elle prétendait régler les destins. Aux complications résultant des réserves de la Russie, vinrent s'ajouter celles dont le germe était contenu dans le protocole du 4 mai, lequel.déclarait, d'une part, que l'état de possession territoriale était fixé irrévocablement ; d'autre part, qu'il existait des difficultés donnant lieu à une négociation nouvelle. Le traité du 15 novembre 1831 n'était donc définitif, ni en ce qui concernait le partage de la dette, ni sous le rapport des avantages commerciaux accordés à la Belgique : on le déclarait par acte séparé.
Dans une note du 11 mai, le ministère belge s'exprima en ces termes : « Si le roi (( des Belges pouvait se montrer disposé à « ouvrir des négociations sur les points qui « y sont sujets, ce ne pourrait être qu'après « que le traité aurait reçu un commencement « d'exécution dans toutes les parties à l'abri « de controverse ; ce commencement d'exé- « cution consisterait au moins dans l'éva- « cuation du territoire belge ; jusque-là sa « majesté ne prendra part à aucune négocia « tion. » Le plénipotentiaire belge, M. Van de Weyer, reçut ordre de mettre sous les yeux de la Conférence la note qu'on vient de lire; il n'en fit rien. C'était la seconde fois qu'il manquait aux devoirs de sa position : on en conçut des soupçons étranges. Il ne perdit pas néanmoins son titre de plénipotentiaire, mais le général Goblet lui fut adjoint et partit pour Londres.
Au point où en étaient les choses, la Bel gique demandait tout simplement que le principe de l'évacuation préalable fût posé. La Conférence y consentit d'abord; et elle décida, par une note du 11 juin, que l'évacuation réciproque s'elîectuerait le 20 juillet; puis, voyant que les plénipotentiaires hollandais persistaient dans leur attitude, elle annula implicitement sa décision, et déclara, i le 11 juillet, « que l'évacuation aurait lieu i « quinze jours après l'échange des ratifica- « tions de la nouvelle convention, » ce qui revenait à effacer la limite précédemmentposée.
C<- fut alors que la Hollande, sans s'expliquer sur le dernier mot de ses prétentions,
offrit d'ouvrir avec la Belgique une négociation directe. Elle espérait, de la sorte, mettre de son côté les apparences, bien convaincue que la Belgique ne renoncerait pas aussi facilement que la Conférence à la condition de l'évacuation préalable.
Voici donc quelles étaient, dans ce vaste imbroglio de plaLes intrigues, les situations respectives :
La question territoriale ayant été résolue contre la France, la Conférence, sur ce point, maintenait son arbitrage, mais elle l'abandonnait sur les deux autres points, celui de la navigation fluviale et celui de la dette ; et elle consentait à ce que, sous ce double rapport, la Hollande et la Belgique réglassent elles-mêmes leurs différends. Or, ces négociations directes, la Hollande demandait qu'elles s'ouvrissent avant l'évacuation; la Belgique voulait qu'elles ne s'ouvrissent qu'après. Là était le nœud de la difficulté.
Il était, du reste, bien évident que, dans l'offre qu'elle faisait de négocier directement avec la Belgique, la Hollande n'était pas de bonne foi. Elle s'attendait, de la part des Belges, à cette réponse : « Evacuez notre « territoire ; jusque-là nous repoussons toute « proposition d'arrangement; » et, dans ce cas, elle reprenait le dessus aux yeux de la Conférence, qui, par ses propositions du 1 1 juillet, avait fait si bon marché du principe de l'évacuation préalable.
Les diplomates belges s'aperçurent du piège, et opposèrent l'artifice à l'artifice. MM. Van de Weyer et Goblet rédigèrent, de concert avec lord Palmerston, des propositions qu'ils communiquèrent à la Conférence, et ils résolurent d'offrir à la Hollande de traiter sur ces bases, qu'ils savaient parfaitement ne devoir pas être acceptées par Guillaume. De sorte que toute cette guerre diplomatique consistait dans les efforts faits par ebacune des deux: parties pour rejeter sur la partie adverse les torts d'un refus. Car c'est à ce frivole commerce de tromperies, c'est à ce croisement de ruses honteuses que
se réduit, dans les monarchies, le génie hommes <l Etat!
Quoi qu'il en §oit, la politique 1,. naît Je prendre un nouvel aspect, puisqu'en apparence le principe de L'évacuation pi lable 'Hait abandonné. M. de ftfeulenai ministre des affaires étranger» a de Belgique, se retira par pudeur, non par conviction; et Le général Goblet fut appelé a terminer, comme' premier ministre à Bruxelles, ce qu'il
Général Saint-Cyr Xu.ues.
avait commencé comme plénipotentiaire Londres.
Aussi, le 20 septembre 1832, M. Van de Weyer siguiliait-il a la Conférence qu'il était prêt à entrer en négociation directe avec la Hollande, et qu'il était muni pour cela de pleins pouvoirs.
Prise au mol. la Hollande reeula. ainsi qu'on l'avait prévu. Dans un manifeste véhément, le plénipotentiaire hollandais, M. Van Zuylen Van Nyevell, réclama de la Conférence la signature du traite de séparation, BUT le pied de notes que la Hollande avait présentées les 30 juin et 26 juillet, lesquelles
LOUIS BLANC
n'étaient que la reproduction, légèrement modifiée, des prétentions opiniâtres du roi Guillaume.
La diplomatie belge avait atteint son but, qui était d'armer la Conférence contre la Hollande : un interrogatoire écrit et verbal que la Conférence fit subir au plénipotentiaire hollandais, acheva de prouver que le Cabinet de La Haye repoussait les 24 articles dans leur ensemble, et ne voulait pas même de ces arrangements territoriaux que rendait si précieux à la diplomatie européenne la pensée anti-française qui les avait dictés.
Il ne fut plus question alors pour les grandes Puissances que de prendre des mesures coercitives contre la Hollande.
Mais de quelle espèce seraient ces mesures? Les plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie, exprimèrent le désir qu'on mît l'état des choses sous les yeux de leurs Cours, en les engageant à user une dernière fois de leur influence auprès du roi des Pays-Bas pour l'amener à une conciliation. Puis, considérant que les distances qui séparent Vienne et Saint-Pétersbourg de Londres entraîneraient de trop longs délais, les plénipotentiaires proposèrent qu'on s'en tînt aux décisions du Cabinet de Berlin. Au fond l'Autriche, la Prusse et la Russie n'adoptaient qu'à contre-cœur l'emploi de mesures coercitives, et déclaraient, dans tous les cas, ne pouvoir s'associer qu'à des mesures pécuniaires. Mais des moyens de cette nature ne parurent suffisants ni au plénipotentiaire français ni au plénipotentiaire britannique.
Le protocole du 1er octobre 1832 fut rédigé pour constater ces dissentiments, et la Conférence termina ses travaux. Elle avait commencé par L'usurpation, elle finissait par l'anarchie l.
La Russie, la Prusse et l' Autriche avaient refusé hautement de s'associer à des mesures militaires contre le roi de Hollande. Mais si elles ne s'engageaient pas à le combattre,
1. Au bas du protocole du Iir octobre, on lit lasiguatore de M. de Mareuil bu lieu de celle de ~S\. de Talleyrand. Ce i que M. 'le Talleyrand, à cette époque, étaii ;> Paris, ou sa présence devait influer mu- la formation du ministère du 1 1 octobre
elles ne s'engageaient pas non plus à le soutenir, et laissaient ainsi le champ libre aux résolutions de la France et de l'Angleterre.
Or, ces deux dernières Puissances n'avaient pas attendu la note du 1er octobre pour menacer Guillaume de leurs préparatifs. Le duc d'Orléans était allé s'entendre, à Bruxelles, avec le roi Léopold, sur l'entrée possible de nos troupes en Belgique. Une flotte française se rassemblait à Cherbourg, une flotte anglaise à Spithead; et, dès la fin de septembre, cinquante mille Français, sous les ordres du maréchal Gérard, faisaient face aux frontières du nord, prêts à les franchir au premier signal.
La Belgique, de son côté, était à bout de patience. Par deux sommations, dont l'une fut notifiée à la France le o octobre, et l'autre à l'Angleterre le 8 du même mois, le général Goblet réclama l'exécution, par la voie des armes, du traité des 24 articles.
Ce fut sur ces entrefaites que s'installa, ainsi que nous l'avons raconté, le ministère du H octobre. Nous avons dit que ce ministère avait voulu inaugurer son avènement par deux grands résultats: l'arrestation de la duchesse de Berri, et la prise de la citadelle d'Anvers qu'occupaient les troupes du roi Guillaume.
Le traité des 24 articles avant été spécialement dirigé contre la France, ce n'était certes pas à nous qu'il convenait de l'aller imposer au roi de Hollande, l'épée à la main. Demander à la France de soutenir au prix de son or, au prix du sang de ses enfants, l'ensemble des mesures décrétées contre elle- ' même, c'était préparer à l'Europe le pins triste spectacle qui lui eût jamais été donné. Mais, pour nos ministres, l'essentiel était d'éblouir les esprits, de donner à un Pouvoir naissant l'éclat d'une grande entreprise. Au fond, le véritable sens du traité des 21 articles n'était connu en France de presque personne. Le ministère avait donc lieu d'espérer qu'une expédition en Belgique satisferait l'humeur belliqueuse de la nation française. qu'on ne verrait dans celle expédition qu'un appui prêté au principe révolutionnaire,
qu'une preuve de fermeté et de décision de la pari du Pouvoir. El c'était là an oaloal d'une justesse incontestable. Car, comme la marche des Cabinets était enveloppée de mystère et que les actes de la Conférence étaient pour la masse «lu peuple une lettre morte, l'opinion en France s'échauffait an hasard, h les attaques de l'Opposition portaient à faux.
D'autre part, on doil reconnaître qu'il n'était pas sans intérêt pour la fiance de prouver que la paix c'avait point énervé son courage ; qu'elle était en état de faire revivre, dans un moment donné, des souvenirs héroïques; qu'en un mot, elle n'avait pas cessé d'être un peuple de guerriers. Ainsi, quoique honteuse et insensée au point de vue diplomatique, l'expédition projetée présentait, au point de vue militaire, un assez notable avantage.
Cet avantage parut tel aux ministres du il octobre, qu'ils doutèrent un moment de l'adhésion îles Anglais. Al. de Talleyrand était revenu de Londres : on lui demanda si une expédition contre la citadelle d'Anvers obtiendrait l'assentiment du Cabinet de Saint- James, dans le cas où la France s'engagerait à ne pas prolonger au-delà du temps nécessaire l'occupation du territoire belge par l'armée française. Al. de Talleyrand lit cette réponse singulière et peu convenable : « Si « la convention était signée Louis-Philippe, « les Anglais n'y adhéreraient pas : ils le fe- « ront, si elle est signée de iîroglie. »
Les ministres ne crurent pas devoir attendre l'autorisation diplomatique du Cabinet de Saint-James, et il fut décidé que L'expédition aurait lieu avec OU sans l'autorisation des Anglais. Mais, à cette nouvelle, Le roi ne put dissimuler sou mécontentement, lilesser L'Angleterre, il ne pouvait s'y résoudre, faisant consister toute sa politique dans l'art des ménagements et des concessions. Il essaya en conséquence de faire revenir ses ministres sur la mesure par eux arrêtée : ils offrirent alors leur démission. Le roi parut céder ; et c'est ce qui explique le mouvement de troupes qui se lit à celle époque, alors
qu'aucun protocole n'autorisai!
Français, au nom de la diplomatie, à ter sur La Frontière.
.Mais L'importance était moins de s'en approcher que de la franchir, et la Cour ne manqua pas, sur <•• dernier point, de multiplier les obstacles. Car le cabinet de Sainte .lames m' demandait pas miens que- de traîner les choses en longueur, espérant que Français, s'ils entreprenaient le siège à Anvers dans une saison avancée . seraient forcés de le lever honteusement. Voilà quelles préoccupations perlides couvrait cette alliance anglaise, tant vantée ! Et on ne I ignorait pas aux Tuileries ; on y avait appris que dans plusieurs salons le duc de Wellington s'était laissé aller jusqu'à dire : « Il arrivera « au maréchal Gérard devant la citadelle « d'Anvers, ce qui m'est arrivé devant Bur- « gos. »
Aussi, rien n'égalait l'impatience du maréchal Gérard. Mais en vain se plaignait-*] amèrement, dans son quartier-général de Valenciennes, d'un retard qui ne pouvait se prolonger sans rendre notre armée la risée de l'Kurope, et sans nous exposer aux plus cruels revers ; en vain écrivait-il au ministre de la guerre que le camp retentissait de mur mures ; que les officiers frémissaient de leui inaction ; que les soldats, qui avaient d'abord refusé les congés, commençaient maintenant à les redemander ; que le service enfin était compromis par cette conviction, de plus ai plus profonde, qu'on ne se battrait pas... l'ordre du départ se faisait attendre. Car M fallait-il pas obtenir la permission des Anglais ? Et pendant ce temps, le trésor était en voie de s'obérer, l'attente de la gu
entraînant des frais presqu'aussi considérables que la guerre elle-même. Rapprochées
de l'extrême frontière, les troupes v étaient
entassées au milieu des cantonnements de
l'artillerie et de la cavalerie, qui Occupaient
beaucoup de place; et la portion du Corps
de réserve que le maréchal Souit avait fait
entrer dans le département du Nord, v était déjà soumise aux inconvénients qui résultent de l'agglomération des masses, tels que le
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renchérissement des denrées. La saison, d'ailleurs, était devenue mauvaise, le choléra sévissait dans le pays, et la santé du soldat exigeait des mesures de faveur. Les corps réclamèrent à l'envi les allocations du pied de rassemblement, ce qui dut leur être accordé dans toute l'étendue de la 16e division militaire.
Une plus longue attente était donc à la fois dérisoire et ruineuse. Aussi bon citoyen que bon capitaine, le maréchal Gérard ne pouvait s'expliquer tant d'hésitation ; il pensait que, puisqu'on déclarait la guerre à la Hollande, il fallait la lui faire promptement et franchement. Selon lui, attaquer Bréda et Bois-le-Duc valait mieux que de s'arrêter au siège de la citadelle d'Anvers et du fort Lillo. Il disait avec raison que, si les Puissances signataires du traité du 15 novembre en souhaitaient sincèrement l'exécution, elles ne pouvaient s'opposer à ce qu'on prît pour le faire exécuter des mesures vigoureuses et décisives. Du reste, ces dispositions étaient aussi celles du général Saint-Cyr Nugues et du général Haxo, officiers d'un mérite éminent, que tourmentait le désir des entreprises hardies, et qui eussent volontiers tracé le plan d'invasion de la Hollande, où ils auraient été bien aises de recommencer Pichegru.
Mais telles n'étaient point les vues de la Cour des Tuileries. Par des motifs que nous expliquerons plus bas, elle entendait: 1° que les Français assiégeassent la citadelle d'Anvers, sans la coopération des Belges ; 2° que, dans le cas où notre armée aurait à repousser une attaque de la part des Hollandais, elle s'abstint de les poursuivre jusque sur leur territoire.
Le maréchal Gérard avait l'âme trop haute et l'esprit trop juste pour souscrire à des conditions de ce genre. Dans plusieurs lettres, noblement pensées, il lit remarquer au roi les inconvénients du rôle qu'on prétendait imposer à l'armée française. 11 reçut, pour toute réponse, l'invitation de se rendre à Paris, où dans une conversation de deux heures, ou espérait plus avancer les affaires
que par une longue correspondance. Le maréchal Gérard quitta donc son quartier-général de Yalenciennes et se mit en route pour la capitale. Sa ferme résolution était de résigner le commandement de l'armée, si, en cas d'attaque de la part des Hollandais, il était condamné à s'arrêter respectueusement sur la limite de leur territoire. On lui envoya, pour le faire revenir sur sa détermination, M. d'Argout et M. Thiers. Mais l'habileté de ce dernier et sa faconde persuasive échouèrent devant la volonté du maréchal, que défendait contre de semblables attaques l'élévation de ses sentiments.
Le conseil s'était rassemblé le lendemain, les ministres ne purent se résoudre ni à recevoir la démission du maréchal Gérard, ni à se mettre au-dessus des injonctions de la diplomatie. Il fut décidé en conséquence qu'on ne changerait rien aux arrangements diplomatiques, et que le maréchal Gérard obéirait à la loi des circonstances, sauf à être plus tard désavoué. Maître de ses résolutions, le maréchal regagna son quartiergénéral .
Le 22 octobre, par une convention conclue à Londres entre le prince de Talleyrand et lord Palmerston, on arrêta : « Que les deux « puissances, — la France et L'Angleterre, « — procéderaient à l'exécution du traité du « lu novembre, conformément à leurs enga- « gements : que l'évacuation territoriale force nierait un commencement d'exécution; « que les gouvernements de Belgique el de « Hollande seraient requis d'opérer récipro- « quement cette évacuation pour le 12 noce vembre ; que la force serait employée « contre celui de ces gouvernements qui « n'aurait pas donné son consentement pour « le 2 novembre ; que notamment, en cas de « refus de la Hollande, l'embargo serait mis « sur les vaisseeux hollandais, et que, le « l."> novembre, une armée française eutre- « rail en Belgique pour faire le siège de la « citadelle d'Anvers. »
Le roi de Hollande, comme on s'y attendait, ne répondit que par un refus à la sommation des deux Puissances; et, le 4 no-
vembre, ce refus élaiL connu à Valenciennes. On allait donc franchir la frontière ! La joie des soldats fut immense. Le maréchal Gérard donna des ordres au généra] Neigre pour qu'on bâtât le transport de L'équipage de siège et pour qu'on opérât à Douai, à Lille, à Valenciennes, Le chargemen! des bateaux destinés à porter notre grosse artillerie el ses nombreuses munitions ; le général Ilaxo fit partir un officier déguisé pour Anvers, avec mission d'en reconnaître exactement la citadelle ; enfin, on pressa de toutes parts les préparatifs, et l'armée attendit avec exaltation l'heure d'entrer en Belgique.
Mais le siège de la citadelle d'Anvers allait soulever des difficultés inattendues. Louis- Philippe tenait particulièrement à ce que les Belges fussent exclus de toute coopération au siège. La diplomatie l'exigeait. Et voici quels étaient les motifs de la diplomatie.
L'Angleterre ne voulait pas que les Français et les Belges combattissent ensemble el sous de fraternels drapeaux, de peur que la Belgique ne fût ramenée par L'affection et la reconnaissance au désir qu'elle avait déjà éprouvé de devenir française. L'Angleterre savait que, si les Belges étaient forcés d'assister l'arme au bras à la prise delà citadelle d'Anvers par une armée française, jamais ils ne nous pardonneraient cette humiliation. Ainsi, le cabinet de Saint-James trouvait moyen de nous rendre odieux par l'excès même de notre générosité, et il nous créait des ennemis irréconciliables dans ceux que nous allions secourir!
Pour ce qui est des Cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne cl de Berlin, Leurs motifs étaient différents, quoique empreints, vis-à-vis de nous, d'un caractère non moins manifeste de défiance et d'hostilité. La Russie, L'Autriche et la Prusse, ne pouvaienl se dissimuler que, dans la querelle engagi ntre
la Hollande el la Belgique, celle-ci représentait le principe révolutionnaire, puisque sa nationalité rajeunie datait des journées de septembre. Or, souffrir tint" les Français el
les Belges tirassent enseinblenl l'cpee cmilie le roi de Hollande, c'eût été annoncer claire-
ment aumondeqoe le principe révolutionna L'emportait; que L'autorité morale de ta n
lutioD de juillet pesait pins que te principe du droit divin, plus que les traités de Vienne, dans la balance des délibérations diplomatiques. L'alliance militaire des Franc des Belges, c'était un coup mortel porté à la Sainte-Alliance, c'était la révolution de ! couvrant de sa force et de sa majesté l'atteinte portée eu septembre aux traités de 1815. Et voila précisément ce que ne ne voulaient pas L'Autriche, la Russie et la Prusse. Elles imposaient au Cabinetdes Tuileries l'obligation de combattre à côté des Belges, chez eux, el sans eux, pour qu'il fût bien constaté que, si notre armée entraiten campagne, ce n'était pas dans un intérêt belge ou français, c'està-dirc révolutionnaire, mais dans un intérêt, au contraire, diplomatique et anti-français! Réduire notre année à ne paraître et a n'être en réalité qus la gendarmerie de la Conférence, tel était l'unique but de L'inaction humiliante à laquelle la diplomatie condamnait les Belges, dans une querelle qui était la leur cependant, et dans laquelle nous n'aurions dû figurer, nous, que comme leurs alliés et leurs amis.
Quelque artificieux que fût un pareil plan. on s'explique qu'il ail été conçu par les ennemis de la France : mais que le gouvernement français ait contribué de tout son pouvoir à faire réussir des combinaisons aussi ouvertement dirigées contre nos intérêts et notre honneur, c'est ce que la postérité, sans doute, aura de la peiueà croire. Nous-même, sans les révélations douloureuses que nous a fournies une enquête longue el opiniâtre, nous-même nous n'aurions jamais jugé de
tels attentats possibles; et il 8Sl certain que
la France ne les aurait pas soufferts, sanales ténèbres dans lesquelles la diplomatie enseve lissai 1 la honte de ses arlifii
11 faut ajouter que rien n'était plufl propre
à compromettre le succès du siège projeté, que L'inaction imposéeauxB I ar, pour
rafraîchir la garnison de la citadelle d'Anvers, pour la renforcer en temps opportun, et la
mettre en état d'opposer aux Français une
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longue résistance, les Hollandais n'avaient qu'à couper la digue de l'Escaut près du fort Sainte-Marie et celle du Blockersdick. On n'ignorait pas que tel était leur dessein; que, pour l'accomplir, ils avaient préparé des bâtiments sur lesquels étaient embarqués des outils à pionniers; et il était probable que cette entreprise sur les digues serait tentée au premier bruit de la marche des Français. Aussi le général Evain, ministre de la guerre en Belgique, avait-il pris ses mesures en conséquence. Il s'agissait donc de savoir si, en contraignant les Belges à laisser paisiblement couper les digues on assurerait à l'ennemi qu'on allait combattre des avantages qu'on pouvait, en laissant agir les Belges, lui ravir si facilement. Que ferait-on d'ailleurs si, comme on devait le prévoir, la Belgique se révoltait contre le rôle dont on prétendait lui imposer l'opprobre? En vertu de quel droit lui défendre de revendiquer elle-même son bien, de reprendre à ses risques et périls son territoire usurpé ? Et dans le cas où elle refuserait de se soumettre à des conditions vraiment dégradantes, emploierait-on les armes pour la réduire? Les Français, accueillis par elle comme des alliés, se changerait donc pour elle en ennemis, en oppresseurs! El que serait-ce si, la flotte et la flottille hollandaises venant à engager leursfeux avec ceux de la place d'Anvers, le général Chassé, commandant la citadelle, se mettait à bombarder la ville? Par quel insolent et criminel abus de la force empècherait-on les Belges, attaqués, de se défendre? Irait-on jusqu'à dire à des hommes tenant à la main une épée : « On ravage vos cités, on jette l'épouvante parmi vos mères et vos femmes, on envoie la mort dans vos maisons croulantes... n'importe! Tout ceci ne regarde que nous! »
Voilà pourtant à quelles conséquences odieuses et ridicules pouvait conduire le parti pris d'exclure les Belges de toutes nos opérations militaires. Biais ainsi L'ordonnait la diplomatie, et le Cabinet des Tuileries ne voulait à aucun prix la braver ou lui déplaire.
Quoi qu'il en soit, la nouvelle de ce qui si'
préparait s'étant répandue en Belgique, le gouvernement français y devint, plus encore que les Cabinets étrangers, l'objet de malédictions violentes. De toutes parts on s'indignait contre un appui dans lequel l'orgueil d'une nationalité naissante ne voyait plus qu'un affront sanglant. Les habitants, qui l'année précédente s'étaient offerts de bonne grâce à héberger les troupes françaises, rédigèrent pétitions sur pétitons, pour demander qu'on les exemptât de la charge dont les menaçait la nourriture des officiers ; et les réclamations à cet égard devinrent si nombreuses, si vives, si hautaines, que le ministre de la guerre en Belgique, le général Evain, reconnut bientôt la nécessité de les admettre. Entre lui, cependant, et M. Laneuville, intendant de l'armée française, il avait été stipulé, le 18 octobre, des clauses dont le texte était formel. N'importe ! Le mauvais vouloir des habitants se manifestait avec tant de fougue, tant d'animosité, qu'on fut obligé d'en subir jusqu'au bout l'injure. Pour sortir d'embarras et assurer la subsistance des officiers français, M. Laneuville dut proposer au maréchal Soult d'allouer aux officiers des traitements supplémentaires , comme on l'avait fait, en pareil cas, dans les expéditions d'Espagne, de Morée, d'Alger, d'Ancône. Et ce n'était encore là que le prélude des obstacles qu'allait susciter aux Français le ressentiment du peuple belge !
Le roi Léopold lui-même éprouvait un secret dépit de l'impuissance à laquelle on faisait descendre son armée, et des dangers dont les combinaisons diplomatiques entouraient sa popularité encore si incertaine. Quant à ses ministres, leur responsabilité étant plus directe, leur dépit était plus amer. Dans diverses lettres écrites soit au général St-Cyr Nugues, chef d'étal-major de l'armée française, soit au général llaxo, le ministre de la guerre en Belgique s'expliqua très nettement sur l'impossibililé de laisser les Belges L'arme au bras. Léopold tenait on langage à peu près semblable dans sa correspondance privée avec Louis-Philippe. Et le problème devenait de plus en plus iusoiuble.
Le gouvernement français se résolut enfin à quelques concessions. Il fut convenu que les Belges occuperaient la ville d'Anvers par
une division de G. (MM) hommes, et qu'on
leur confierait exclusivement la garde el la défense de toutes les batteries établies &ur
la rive droite. Mais C'était trop peu pour le gouvernement belge qui ne pouvait consentir à ce que les Français fussent seuls
chargés de l'investissement de la citadelle.
Le iH novembre, à dix heures et demie du matin, un courrier extraordinaire apporta au maréchal Gérard, de la part du maréchal Sonlt, l'ordre de se rendre en toute hâte auprès de Léopold, pour conclure avec ce prince la convention militaire qui devait précéder l'entrée des Français en Belgique. Ce fut le surlendemain qu'ils passèrent la frontière, et le 17 novembre, à une heure, les ducs d'Orléans et de Nemours traversaient Bruxelles à la tète du 20e régiment d'infanterie légère et du 1" régiment de lanciers.
D'après l'article 2 de la convention passée entre le gouvernement belge et le maréchal Gérard, les postes belges établis dans la ville d'Anvers, faisant face à la citadelle, devaient être entièrement relevés par nos troupes. Cependant le maréchal Gérard apprit, au moment de partir pour Malines, qu'il était question de ne pas exécuter l'article 2. Il se rendit aussitôt chez le roi Léopold, lui représenta combien les difficultés soulevées étaient fArheuses dans la circonstance, lui promit de ménager les susceptibilités légitimes de l'armée belge, et obtint enfin, après une longue instance, que le chef d'état-major de l'armée belge, prendrait, le lendemain même, la route d'Anvers pour y arrêter les formes du remplacement. .Mais la journée ne s'était pas écoulée, que
déjà Léopold était revenu sur sa détermination. Ses ministres s'opposaient de la manière la plus absolue, à l'entrée de l'année ■française dans la ville d'Anvers, et (diraient leur démission dans le cas où leurs répugnances ne seraient pas respectées. L'article 1er de la convention interdisait à l'armée
française l'occupation de toute place f en Belgique, et, bien que les articles 2 >-t 3 fussent conçut en termes forts clair-, les ministres de Léopold se prévalaient de l'article l , interprété sans bonne foi, pour éluder l'ensemble des mesures convenu Menacés dans la chambre des représentants par un parti redoutable, peut-être ne « >1 chaient-ils qu'un motif populaire- pour colorer leur chute. Mais, dans la crise ou se trouvait la Belgique, renouveler le cabinet n'était pas chose facile; et, pressé par le maréchal Gérard d'un côté', par ses ministres de l'autre, Léopold était en proie à la plus vive anxiété.
Ainsi, grâce à la politique tortueuse, anti-française, adoptée par le Cabinet des Tuileries, les obstacles se multipliaient à chaque pas, et le sort de l'expédition semblait à tout instant sur le point d'être compromis.
Dans cette extrémité, le maréchal Gérard, en quittant Bruxelles, envoya son aide-decamp, M. de Sarcey, à Paris, pour prendre les instructions du maréchal Soult, et savoir si, les Belges s'obstinant dans leur refus, on enlèverait leurs postes de vive force. Car c'était à cette incroyable violence que les Français risquaient de se voir amener par la haute sagesse de M. de Talleyrand et du cabinet des Tuileries! Il est certain que, malgré les observations de II. de Latour- Maubourg, la défense de laisser entrer les Français dans la ville d'Anvers fut faite formellement par le gouvernement belge et annoncée d'une manière officielle an -nierai St-Cyr Nugues, par le général Evain. Que faire? On répondit de Paris au maréchal Gérard, d'agir avec vigueur . s'il en était
besoin! Heureusement , la fortune Q0U8
épargna cette iniquité. Les ministres de Léopold, dans l'intervalle, avaient un peu rabattu de leurs prétentions: le général Desprei était allé proposer des arrangements au maréchal Gérard, et, à la suite d'une conférence très animée, le colonel Busen, commandant supérieur île la place d'Anvers, avait signa avec le général St-Cyr \ugues
LOUIS BLANC
une convention militaire portant : 1° que les Français occuperaient la lunette de Montebello, qui leur «était indispensable pour le siège; 2° qu'ils pourraient faire entrer dans la ville, pour occuper la première ligne des barricades devant l'esplanade delà citadelle, 500 hommes qu'on relèverait toutes les vingt-quatre heures.
Tels furent nos premiers rapports avec nos alliés, qui, dès ce moment, devinrent nos ennemis secrets, mais implacables. Les vues de l'Angleterre étaient remplies !
Les résultats de la désastreuse politique des Tuileries ne tardèrent pas à peser sur l'armée française. On eût dit que les Belges prenaient à tâche de faire échouer l'expédition. En arrivant dans la campagne d'Anvers, le maréchal Gérard s'aperçut qu'aucune des promesses du général Evain n'était accomplie. A peine put-on faire face à la nécessité des premières distributions. Les habitants cachaient leurs denrées, soit pour nuire à l'armée française, soit parce qu'on ne les payait qu'au moyen de récépissés qu'ils jugeaient sans valeur. Hommes et chevaux couraient risque de mourir de faim. Le maréchal Gérard se vit contraint d'étendre la division Achard, la brigade du prince et celle du général Lavœstine, de retenir vers Maliues et Confik la division Jamin, et la brigade Simoneau, et d'envoyer la division Séhastiani à Saint-Nicolas, qui présentait heureusement quelques ressources. Il fallait pourtant sortir de cette situation cruelle. Sur l'avis ouvert par l'intendant de l'armée, le maréchal Gérard écrivit au gouverneur de la province d'Anvers, que les clauses stipulées le 18 octobre n'avaient pas été exécutées par le gouvernement belge; que cette inexécution pouvait avoir des suites terribles; que les défiances mal fondées des habitants mettaient en péril et l'armée et la province ; que, dans cet état de choses, le meilleur parti à prendre était de faire, opérer par chaque commune, sur des I" >inls désignés, des versements de denrées, lesquelles seraient payées argent comptant, et aux prix fixés par les clauses du 18 oc-
tobre. La mesure proposée eut tout le succès désirable. Mais il s'en était fallu de bien peu que les Français ne fussent placés dans l'alternative ou de souffrir de la plus horrible disette ou de traiter la province en pays conquis.
Nous nous sommes étendu longuement sur ces détails, inconnus jusqu'ici, parce qu'ils prouvent que si la politique du Cabinet des Tuileries manquait de dignité et de grandeur, elle manquait en même temps d'habileté et de prévoyance. Car la sourde inimitié des Belges, les obstacles qu'ils se plurent à créer autour de nous, les extrémités auxquelles ils ne craignirent pas de nous pousser, tout cela fut chez eux l'effet d'un ressentiment légitime, tout cela naquit de l'exclusion injuste et offensante dont notre gouvernement les frappait, au nom et dans l'intérêt des ennemis de la France.
Le 29 novembre, à huit heures du soir, la tranchée fut ouverte sous la citadelle d'Anvers. Poussée avec cette vivacité intelligente qui caractérise le soldat français, l'opération eut le plus heureux résultat, et ce fut le lendemain seulement que les assiégés eurent connaissance de nos travaux. Au petit jour, le maréchal Gérard envoya vers le général Chassé, le colonel Auviay, sous-chef de l'étatniajor général de l'armée, avec ordre de remettre au commandant de la citadelle la sommation suivante :
Au général Chassé, commandant la citadelle d'Anvers,
« Monsieur le général,
a Je suis arrivé devant la citadelle d'Anvers à la tète de l'année française, avec mission de mon gouvernement de réclamer l'exécution du traite du [S novembre 1831, qui garantit à S. M. le roi des Belges la possession de celte forteresse, ainsi que celle des forts qui en dépendent sur les deux rives de l'Etcaul. J'espère vous trouver disposé à reconnaître la justice de cette demande. Si, contre mon attente, il en était autrement, je suis cliargé de vous faire connaître que je dois employer les moyens qui sont à ma disposition pour occuper la citadelle d'Anvers.
« Les opérations du siège seront dirigées sur les fronts extérieurs de la citadelle. Je suis donc en droit
HISTOIHE I)K DIX \.\S
d'espérer, conformément aux lois de la guerre et au* usages constamment observés, que VOOI N(»"s abstiendrez de toute espèce d'hostilité contre la ville. J'en fais occuper une partie, dans le seul but de prévenir ce qui pourrait l'exposer au feu de votre artillerie. Un bombardement serait un acte de barbarie inutile et une calamité pour le commerce de toutes les nations.
a Si, malgré ces considérations, vous tirez sur la la ville, la France et l'Angleterre exigeront des indemnités équivalentes aux dommages causés par le feu de la citadelle et du fort, ainsi que par celui des bâtiments de guerre. 11 vous est impossible de ne pas prévoir vous môme que, dans ce cas, vous seriez personnellement responsable de la violation d'une coutume respectée par tous les peuples civilisés et des malheurs qai en seront la suite.
« J'attends votre réponse, et je compte qu'il vous conviendra d'entrer en négociation avec moi pour me remettre la citadelle d'Anvers et les forts qui en dépendent.
« Recevez, etc. »
Le général Chassé ayant répondu qu'il était résolu à se défendre, le siège commença. L'ardeur et la gaité du soldat étaient au comble. Mais ce n'était pas l'ennemi seulement que nous avions à combattre, c'était la saison; et les Anglais avaient calculé juste. Il fallut établir la tranchée sur un terrain qui, très mou de sa nature, était en outre délayé par les pluies. En certains endroits, on enfonçait de deux pieds dans la boue. Cet état de choses exigeait des travaux préparatoires considérables : le général Neigre lit acheter à Anvers 300 madriers, qui, avec un grand nombre de fascines, devaient rendre la tranchée plus abordable ; et, grâce à des efforts inouïs, toutes les batteries reçurent leur armement dans la nuit du 2 au 3 décembre, à l'exception pourtant de celles de gauche portant les n0" 7 et 8. Les pièces destinées à ces deux dernières batteries ne purent être conduites que la nuit suivante, encore fut-on obligé, au lieu de prendre la voie ordinaire de la tranchée, de couper la tranchée elle-même, de sortir de la parallèle, et de faire entrer les pièces par la campagne en passant sous le feu do la citadelle. L'emploi d'un tel moyen était extrêmement périlleux : il fut néanmoins couronné d'un plein succès, et les travaux admirables qui, sous la direc-
tion du général Neigre, lurent exécutés pour l'armement complet de dos batteries, pi vèrent qu'il n'était rien qu'on ne put attendre de l'intelligence et dr l'activité de§ artilleurs français.
Le l décembre à onze b tares, lefeu contre la citadelle commença, nourri par *2 pièces qui bientôt fureiil portées à l'»i, dont la moitié lançait des projectiles creux. Les Hollandais avaient faiblement défendu les ap-
Le général Baron Chassé.
proches de la citadelle; mais le l décembre, leur feu devint beaucoup plus vif que les jours précédents, et alors commença, de leur part, cette résistance opiniâtre qui devait honorer leur défaite et nuire triomphe. Dans la nuit du 5 au (>, ils dégarnirent de boa pièces. pour les placer devant le bastion de Tolède
et la lunette de kiel. cette partie de la face de leurs OUVragei qui regardait la ville. et leur feu devint de [tins eu plus meurtrier.
D'un autre OÔté, le général Chasse tenait continuellement suspendue sur Anvers la menace d'un bombardement. Aussi celte \ille
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présentait-elle le spectacle le plus lamentable. Partout des canons, des barricades, l'image de la guerre ; partout la terreur. Les habitants se croyaient chaque jour à la veille de voir leur cité réduite en cendres, et ceux que l'excès de leurs appréhensions ne poussait pas à un départprécipité, cachaient dans les caves leur argent, leurs meubles, leurs effets les plus précieux. Pour conjurer des calamités qui paraissaient imminentes, le maréchal Gérard invoqua tour à tour, dans ses lettres au général Chassé, les lois de la guerre, les droits de l'humanité, les exemples fournis par l'histoire; puisqu'il se résignait à n'attaquer la citadelle que du côté de la campagne, n'était-il pas en droit d'exiger que la citadelle épargnât la ville? Mais le général Chassé demandait que les Français s'abstinssent de faire concourir à leurs opérations, mêmelesouvrages extérieurs, même le fort de Montebello. Or, souscrire à une condition semblable c'eût été compromettre follement le succès du siège. De sorte que la menace subsistait toujours, quoique les Hollandais n'osassent jamais l'exécuter. L'auraient-ils pu sans violer les lois de la guerre? Ce qui est hors de doute, c'est qu'il eût suffi de deux ou trois bombes lancées sur Anvers, pour renverser l'échafaudage de ruses si laborieusement élevé par la diplomatie. Car, dans ce cas, une plus longue inaction de la part des Belges devenait impossible, et leurs efforts unis aux nôtres imprimaient à la lutte un caractère tout opposé à celui qu'avaient prétendu lui donner les combinaisons diplomatiques. Cette simple remarque peut faire apprécier à leur juste valeur les hommes d'État de la Conférence, et M. de Talleyrand leur complice.
Quoi qu'il en soit, réduit à l'attaque extérieure, le maréchal Gérard comprit qu'il était indispensable d'isoler la citadelle en lui fermant l'Escaut. Le général Sébastiani occupait les digues de la rive gauche du Bas-Escaut, et le général Achard la rive droite. Les Français armèrent le fort Sainte-Marie et se mirent en devoir d'armer le fort Saint-Philippe, de manière à dominer le cours du
fleuve. La flotte hollandaise s'avança pour troubler les opérations de l'armée assiégeante, et après de vaines sommations, commença une canonnade qui fut sans effet, nos postes étant couverts par les digues. Le 8 décembre une frégate, une corvette et douze canonnières hollandaises se présentèrent au fort Frédéric, occupé par un détachement du 22e. Sommation d'évacuer le fort fut aussitôt faite au capitaine, et, sur son refus, les Hollandais, à la faveur d'un feu très nourri, firent des préparatifs de débarquement. Mais ces tentatives furent vaillamment repoussées par quatre compagnies du 22e. L'armement du fort Philippe ne tarda pas à avoir lieu ; deux mortiers furent placés en permanence au fort Lacroix, qui ne cessait d'inquiéter le feu de la flotte ; et le maréchal Gérard prit toutes les mesures convenables pour isoler la citadelle et empêcher la rupture des digues. En même temps, nos postes de la rive gauche et de la rive droite s'approchaient des forts Liefkenskoëk et Lillo ; mais ces points ayant été mis en parfait état de défense, et se trouvant d'ailleurs entourés au loin d'inondations qu'on ne traversait que sur un défilé, on ne pouvait songer ni à les assiéger ni à les surprendre.
Cependant, les attaques dirigées par les Français contre le corps de la citadelle, étaient poussées avec une ardeur merveilleuse. Malheureusement, la pleine lune, en ramenant un temps plus sec, venait donner pendant la nuit trop de clarté pour des travaux faits à petite portée de mousqueterie. Sans compter que la garnison se défendait vigoureusement et accablait nos travailleurs d'une grêle de boulets, d'obus, de bombes ordinaires et de petites bombes dites à laCoëhorn. Mais le feu des batteries françaises fut dirigé avec tant de constance et de précision que les Hollandais se virent contraints de chercher abri dans les casemates. Bientôt les communications d'un bastion à l'autre ne se firent plus que sous terre ; et, sauf le nombre d'hommes strictement nécessaire au service des batteries, on ne vit plus personne circuler dans l'intérieur de la citadelle.
Le 13 décembre, le siège se trouvait déjà fort avancé. Le progrès des travaux du génie, devant la lunette Saint-Laurent, avait permis d'établir un radeau sur le fossé, à la face gauche, et d'attacher le mineur à l'escarpe, près du saillant. Lé travail, retardé pendant les deux premières nuits par l'extrême dureté de la maçonnerie, avait été repris avec constance et touchait à son terme. Le feu de nos batteries et celui de la mousqueterie furent entretenus dès le matin, de manière à occuper l'attention de l'ennemi; et le maréchal-de-camp Georges, qui était de tranchée avec le GV régiment d'infanterie, reçut le dispositif de l'attaque pour le soir. Le génie avait construit trois nouveaux radeaux pour les joindre au premier ; et, pour faire un pont qui, au moment de l'explosion de la mine, conduisît nos soldats jusqu'à la brèche, on avait entrepris de combler avec des fascines garnies de pierres le reste de la largeur du fossé. Ces travaux exigeaient une grande précision de détails : ils ne furent achevés que très avant dans la nuit; et l'on put craindre qu'après être entrés dans la lunette, nous n'eussions pas le temps d'y faire, à la faveur des ténèbres, un établissement solide. Cependant, l'entreprise conduite par le général Ilaxo eut tout le succès qu'il était permis d'attendre de cet habile officier. Le 14, à cinq heures du matin, la mine sautait, ouvrant aux Français une brèche très accessible. L'ordre d'aller la reconnaître en montant sur le sommet fut donné au lieutenantcolonel Vaillant et au garde du génie Négrier. A leur retour, et sur leur rapport, trois compagnies d'élite du Goe se mettent en mouvement ; là 2e de grenadiers, commandée par le lieutenant Duverger, et la 3e de voltigeurs, commandée par le capitaine Courant, se portent en silence sur les radeaux et Les décombres du rempart, pendant que. sous la conduite de l'adjudant de tranchée Caries, du 61e, vingt-cinq grenadiers tournent la lunette par la face droite, munis d'échelles, et se dirigent à la gorge, pour escalader ou pour franchir la barrière. En même temps une autre compagnie de voltigeurs, celle du
capitaine Vfontigny, débouche par la droite, afin d'attaquer aussi la lunette I la - . de fermer toute retraite à la garnison. On a recommandé au soldats de ne pas tirer : ils marchent a la baïonnette, couronnent la brèche, el s'élancenl avec la plus grande intrépidité sur la garnison hollandaise, oui, surprise, enveloppée, met bas les armes, après une courte résistance. Quelques soldats hollandais parviennent à s'échapper, d'autres sont tués ou blessés, soixante sont faits prisonniers. \
Ce premier revers n'abattit point le com i des assiégés, mais l'armée assiégeante n'avait cessé de regarder son triomphe comme inévitable. Toutefois, les difficultés a vaincre étaient considérables et de diverse nature. Une pluie presque continuelle vint contrarier les travaux, et, dans la nuit du 17 au 18, elle tomba si abondamment que nos tranchées n'étaient plus que des ruisseaux de boue. A ces obstacles prévus s'enjoignaient d'autres auxquels les Français ne devaient guère s'attendre. Trente mortiers offerts par le roi Léopold, avec des canonnière pour les servir, et cinq mille bombes que le général Evain avait proposé de faire diriger sur Berchem, voilà tout ce qu'avait valu à l'armée assiégeante la bonne volonté du gouvernement belge. Or, le plus sérieux embarras de l'armée était Le défaut de vivres, et surtout de fourrages. Sous ce rapport, les inquiétudes du maréchal Gérard étaient fort vives. Dans une lettre pressante, il pria le roi Léopold d'ordonner que le fournisseur belge fût autorisé à livrer aux Français, suivant prix convenu, cent vingt mille rations qu'il avait dans ses magasins. .M. de Laneu ville et le général St-Cyr Nuguea écrivirent dans le même sens au gênerai Fvain. Pour toute réponse, celui-ci exprima le désir qu'on attendit le résultai d'adjudications qui devaient être faites par l'intendant. Ces adjudications eurent lieu, en effet, et ne produisirent rien, tint les prix que proposaient les adjudicataires étaient élevésl Que dire encore? Le
roi Léopold demandait avec instance qu'une partie de noire cavalerie, placée aux avant-
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postes, fût rappelée au-delà de la Ruppel. C'était demander que notre corps d'observation s'affaiblît en présence de l'armée hollandaise, dont on pouvait craindre que l'immobilité ne masquât des projets funestes. Et pourtant, sur l'ordre du maréchal Soult, les vœux du roi Léonold furent satisfaits. Le général Gentil Saint-Alphonse, qui était à Grammont, dut ramener en France, avant la fin de la campagne, sa division de cuirassiers. Ce n'est pas que Léopold n'eût pour l'armée les dispositions les plus bienveillantes; mais autour de lui grondaient les ressentiments implacables éveillés dans l'âme des Belges par cette politique du Cabinet des Tuileries, qui pour eux avait été pleine de tyrannie et d'insulte. Les Français reçurent bien, sans doute, quelques témoignages particuliers de sympathie ; à Anvers,, par exemple, un ancien militaire qui avait combattu sous notre drapeau, M. de Retz, offrit généreusement de consacrer sa maison aux blessés de notre armée. Mais il n'en est pas moins vrai que nous eûmes tout à la fois contre nous, en Belgique, et ceux que nous allions combattre et ceux que nous allions secourir !
Il faut ajouter que, plus d'une fois le maréchal Soult, ministre de la guerre, ne craignit pas de susciter à nos généraux des contrariétés sans excuse. Dans son désir de faire tomber toutes les attaques dirigées contre lui et de répondre aux erreurs propagées par les feuilles publiques, il se plaignait sans motif, tantôt du laconisme des rapports, tantôt de la lenteur des opérations; ou bien, ouvrant l'oreille à des récits mensongers, il s'exposait à blesser profondément des hommes d'un dévoûment inattaquable. C'est ainsi qu'il envoya le général Gourgaud sous les murs d'Anvers pour s'assurer si le général Neigre avait fait les approvisionnements de poudre nécessaires. La correspondance du général Neigre ne laissait aucun doute à cet égard, et il fut prouvé que la provision était plus que suffisante. Justement irrité, le général Neigre offrit d'abord sa démission, mais, sur les représentations du général en chef, il resta au poste d'honneur que, depuis
le commencement du siège, il avait si bien occupé.
Au milieu de tant d'obstacles et de tiraillements, le maréchal Gérard déployait une fermeté admirable et une prudence consommée ; les travaux avançaient rapidement ; et, dirigé avec la plus grande justesse, le feu des Français avait fait de l'intérieur de la citadelle un immense amas de décombres. Gravement malade, le général Chassé ne s'était presque point montré à la garnison : c'était le général Favange qui soutenait tout l'effort du siège. Mais le moment arriva où il fallut céder. Depuis plusieurs jours, les souffrances de la garnison étaient au comble ; les Français ayant mis à sec les fossés delà citadelle, les Hollandais ne pouvaient plus se procurer l'eau nécessaire; deux puits qui leur restaient furent détruits par les bombes des assiégeants; pas un bâtiment qui ne tombât en ruines; l'hôpital casemate menaçait de s'écrouler et d'écraser dans sa chute tous les blessés qu'on y disputait à la mort; enfin, la garnison, entassée dans les poternes, sentait ses forces entièrement épuisées. Telle était, décrite par le général Chassé lui-même, la situation des troupes hollandaises, lorsque les Français se préparèrent à livrer l'assaut. Ils venaient de faire à la face gauche du bastion n° 2, une brèche énorme qui avait comblé près de la moitié du fossé, la descente était effectuée, et pour rendre l'assaut praticable, il n'y avait plus qu'à faire éclater la mine... Jugeant à l'impétuosité et au courage qu'avaient jusqu'alors montrés les Français que leur attaque serait furieuse, irrésistible, le général Chassé envoya deux officiers supérieurs, chargés de traiter en son nom, avec le commandant en chef de l'armée française. Après de vifs déliais, nue capitulation fut arrêtée pour l'évacuation de la citadelle d'Anvers ainsi que des forts qui en dépendent, et le chef d'escadron Lafonlaine apporta cette capitulation à Paris. L'article 2 était ainsi conçu : « La garnison sera prison- « nière de guerre, mais reconduite à la fron- « tière, où ses armes lui seront rendue-. « aussitôt (lue S. M. le roi de Hollande aura
L'ARMÉE FRANÇAISE SOUS Ll RftGHB DE LOUIS-PHILIPPE
(D'après la Galerie militaire d'Aubry, 18