‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 56 sur 159 · GÉNIE · texte numérisé non relu

GÉNIE

« ordonné la remise des forts de Lillo el de « Liefkenskoëk. »

Le jour même où la citadelle d'Anvers tombait au pouvoir des Français, la digue de Doël, occupée par la division du général Tiburce Sébastiani, était menacée par la garnison du fort de Liefkenskoëk el par L'escadre hollandaise. Tandis que, descendant la rivière, cette escadre venait se placer vis-àvis la digue, des barques chargées d'hommes et d'artillerie sortaient de Liefkenskoëk, s'avançaient sur l'inondation et déposaient les troupes de débarquement sur la digue, près du point où elle se réunit à celle par qui l'inondation est contenue. Les Hollandais étaient au nombre de deux mille. Aux premiers coups de fusil, les Français qui n'étaient pas plus de six cents, se précipitent sur le point attaqué, conduits par le général Sébastiani en personne, abordent l'ennemi à la baïonnette, le culbutent, courent à la digue en battanl la charge. Ebranlés par celle vigoureuse attaque, les Hollandais regagnent en désordre leurs embarcations. En vain le feu d'une escadre nombreuse les protège, les uns tombent sous la baïonnette de nos soldats, les autres se jettent à la nage et périssent dans les flots; les plus heureux rentrent dans le fort, dont un feu à mitraille va défendre les approches. Dans cet engagement rapide, qui assurait notre position à Doël, et où le général Tiburce Sébastiani s'était également distingué par sa présence d'esprit et sa bravoure, les Français n'avaient eu qu'une soixantaine d'hommes tués ou-blessés.lls s'y étaient montrés pleins d'enthousiasme, et tous, ils criaient à l'envi : en avant! en avant 1 La joie des habitants du village fut extrême : ils accoururent pour embrasser nos soldats et leur offrir de l'eau-de-vie et du pain.

Le dernier épisode de celle campagne mérite d'être rapporté. Entre la citadelle d'Anvers et la Tète-de- Flandres, il y avait une ilollille de plusieurs canonnières, au moyen de Laquelle communiquaient les deux parties de la garnison hollandaise. En proposant, le 23 au matin, la capitulation, Le général

Chassé s'étail intitulé commandant de I" citadelle d'Anvers, de I" Tête-de-Flandres, et de F escadre néerlandaise stationnée sur \ I caut, devant cette place. Or, son projel contenait un article portanl qu'il sérail loisible a la Houille de descendre I»- fleuve pour se retirer. Cet article fui rejeté dans le contreprojet, ei |.s Français exigèrenl la n i de la flottille. Mais, dans le conseil de défense, la prétention des vainqueurs devint l'objet d'une discussion fort animée. Le capitaine Koopman, de la marine hollanda demanda que le mot flottille fût effacé de la capitulation, et déclara que, ne reconnaissant point d'autorilé qui pût le forcer à se rendre, il saurait bien échapper à l'ennemi ou périr. En effet, dans la nuit même, il brûla une partie de ses bâtiments et tenta de soustraire le reste à la vigilance des français. Mais ses efforts échouèrent : un seul bâtiment parvint à passer el alla se faire prendre à Saint-Philippe : les autres durent remonter vers la citadelle et furent coulés. Le personnel de la marine hollandaise s'était renfermé dans la Tête-de-Flandres : quand la capitulation fut exécutée dans la citadelle, il déclara s'y soumettre. .Mais le maréchal Gérard signifia au capitaine Koopman qu'il n'avait pas à invoquer le bénéfice d'une capitulation méconnue par lui-même. Les marins furent donc laissés sur la rive gauche sans armes ni bagages; on désarma les officiers, et le capitaine Koopman se vit traité comme prisonnier à discrétion.

Quant au général Chassé et à ses soldats, leur sort, aux termes de la capitulation, allait dépendre de la décision que Guillaume prendrait relativement à La remise des forts de Liefkenskoëk el de Lillo. L'incertitude sur ce point ne fut pas de Longue durée. I capitaine Passj el M. le Tallenay, envoyés

par le maréchal Gérard au roi de Hollande.

n'avaient pu franchir la frontière, ('autorité locale s'y étant formellement opposée. Seul, L'officier hollandais qui les accompagnait poussa jusqu'à La Baye. Mais Guillaume se tenait en garde contre tout découragement : il témoigna la satisfaction que lui causait

LOUIS BLANC

l'énergique résistance du général Chassé, et il refusa nettement de remettre aux Français les forts qui dépendaient de la citadelle. Ce refus condamnait la garnison à rester prisonnière ; on offrit au général Chassé et à ses soldats de les renvoyer en Hollande et de leur rendre leurs armes à la frontière, s'ils s'engageaient à ne point servir contre la France et ses alliés, tant que les arrangements à intervenir entre la Belgique et la Hollande ne seraient point terminés. Le général Chassé répondit en son nom et au nom de ses compagnons d'armes, qu'il n'était pas autorisé à souscrire à un semblable engagement.

Tel fut ce siège mémorable entre tous ceux qu'a mentionnés l'histoire. Les soldats français, quoiqu'appartenant pour la plupart à une génération que les guerres n'avaient point encore éprouvée, y furent admirables d'ardeur, de discipline, d'intrépidité. Généraux, officiers, soldats, y firent leur devoir, mieux que leur devoir même; et, secondé puissamment par les généraux Saint-Cyr Nugues, Haxo, Neigre, le maréchal Gérard, sur qui pesait plus particulièrement l'entreprise, y rendit à son pays un service inestimable.

Le duc d'Orléans, on l'a vu, avait suivi l'armée; il sut payer bravement de sa personne. Obéissant à une inspiration malheureuse, le maréchal Soult demandait qu'on retirât l'héritier présomptif de la couronne du service périlleux de la tranchée, pour l'envoyer en observation; le maréchal Gérard s'y opposa, jugeant qu'il convenait mal à un prince de fuir le danger, ce dont le duc d'Orléans lui marqua beaucoup de reconnaissance.

Ainsi, nul dans l'armée n'était resté audessous de son rôle; et désormais, il demeurait démontré, aux yeux de l'Europe, que l'irruption d'un grossier mercantilisme n'avait pas encore effacé entièrement les caractères distinctifs de noire vieille nationalité! il restait démontré que les batailles de l'Empire n'avaient [tas tari la source de ce sang généreux qui, à tant d'époques diverses, coula

pour les peuples opprimés! Car c'est la gloire éternelle de la nation française d'avoir constamment représenté, au milieu de la fluctuation des choses humaines, le principe du dévoûment. Que la mission formidable qu'elle se donna vers la fin du xvme siècle eût laissé en Europe une longue impression d'épouvante, on le conçoit; et pourtant ce ne fut pas pour elle seule qu'elle agit, lorsque, furieuse et sublime, elle se mit à secouer les trônes et à prêcher la liberté universelle, sans que rien fut capable de l'arrêter, ni la ligue de toutes les monarchies, ni l'Angleterre épuisant contre nous son opulence et sa haine, ni les passions les plus fougueuses déchaînées sur la face entière du globe, ni enfin cette nécessité terrible de pourvoir au salut commun à force de frapper et de vaincre !

Voilà ce que n'auraient jamais dû oublier ceux qui, après la révolution de juillet, nous accusaient de nourrir un pernicieux esprit de conquête; et voilà ce qui rendait odieusement hypocrites les défiances de la diplomatie dont le Cabinet des Tuileries n'eut pas honte, dans la campagne d'Anvers, d'accepter, de subir l'affront. Car, si le siège de !a citadelle d'Anvers fut, sous le rapport militaire, un événement glorieux, il ne fut, sous le rapport diplomatique, qu'une mystification cruelle. Il n'eut, en etîet, pour but que de nous employer nous-mêmes au triomphe des inimitiés dont nous étions l'objet ; il éleva entre le peuple belge et nous une insurmontable barrière; par les conditions que la diplomatie nous imposa, il perdit cette apparence de campagne révolutionnaire qu'il eût été si important de lui conserver; en un mot, accompli sous l'œil des soldats prussiens, immobiles le long de la Meuse, il lit des soldats de la France les instruments d'un intérêt tout dynastique et d'une pensée qui remontait aux traités de

La Conférence devait être satisfaite! Résumons son histoire.

La Belgique avait fait un effort violent pour se séparer de La Hollande. C'était [dus qu'une manifestation de L'esprit révolution-

IIISTOIUE \)E DIX ANS

naire, c'était L'affaiblissement dos garanties que les monarchies européennes avaient prises contre la Franco, Lorsqu'on 1845 elles avaient forme Le royaume des Pays-Bas.

Elles se Liguèrent donc une fois encore, sollicitées par la terreur immense que nous leur inspirions, et ce fut S Londres que leurs plénipotentiaires se donnèrent rendez-vous, comme si L'Angleterre eûl mérité cette préférence à cause de la profondeur de ses ressentiments1. Chose inconcevable! Dans cette cette ligue la France fut représentée, et représentée par M. de Talleyrand. Les délibérations commencèrent. Rétablir le royaume des Pays-Bas, on ne l'aurait pu sans insulter ouvertement à la révolution de juillet, et elle avait trop ému les hommes pour qu'on lui jetât de tels défis. La diplomatie ne songea donc qu'à creuser un abîme entre la Belgique et la France. La première de ces deux nations semblait invinciblement attirée vers la seconde par la communauté des mœurs, par l'identité du langage, par la conformité des intérêts, par la religion, par les souvenirs; la Conférence se hâta de déclarer la Belgique nation neutre et indépendante. La Belgique se montrait amie de la France, jusque-là qu'elle demandait à être gouvernée par un prince français : la Conférence exigea de Louis-Philippe qu'il refusât la couronne offerte à son fils ; et pour que la France n'eût dans ces Belges, dont elle possédait les sympathies, que des 'alliés impuissants, elle eut soin, par les protocoles des 20 et 27 janvier 1831, d'attacher à la séparation de la Belgique d'avec la Hollande des conditions de nature à ruiner la Belgique.

Mais l'opinion à Bruxelles ne tarda pas à nous devenir défavorable et presque hostile, parce que le refus du duc de Nemours était tout à la fois pour les Belges une injure et un malheur. L'Angleterre alors proposa

1. Il rsi eo Angleterre, noua le savons, un parti qui professe pour notre paya une estime sincère et d'honorables sympathies. Celui-là nous est char >'t ae saurait être compris dans m>s attaques. Malheureusement, l'Angleterre u'a été jusqu'ici représentée dansées relations extérieures que par les tories ou les whiga, ennemis systématiques de la

France et de tous les peuples.

Léopold. Il lut agréé par le gouvernement français, accepté par la Belgique; et la Conférence récompensa les Belges de ce commencement île haine qu'ils nous témoignaient

en substituant aux protocoles des 30 et 21

janvier, déclarés cep. mi lant irrévocables, le traité des 18 articles, qui était dénature I

ruiner la Eollande. Opprimé à son tour, Guillaume reprocha énergiquement à ses frères de la Sain te- Alliance l'appui qu'ils prêtaient au principe révolutionnaire inauguré par les journées de septembre; il lit plus, il tira l'épée, attaqua la Belgique par surprise, et se présenta seul à l'Europe comme le soutien de la cause des rois. Alors, l'empereur de Russie, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse, réclamèrent dans le congrès de Londres, en faveur du principe monarchique, une part de cette influence que jusque-là L'Angleterre avait exercée tout entière sous L'unique inspiralion de son horreur pour la France. Le traité des 24 articles fut conséquemment substitué à celui des 18 articles. Or, les démêlés de la Hollande et de la Belgique portaient sur trois points : l'un concernant la démarcation des territoires respectifs, les deux autres concernant certains droits de navigation et le partage de la dette. La navigation et la dette n'étaient que des questions belges et hollandaises : la Conférence, après de longs débats, convia les deux parties à terminer leur querelle par une négociation directe, se reconnaissant ainsi incompétente. Mais elle se garda bien d'eu faire autant par rapport à la question territoriale, qu'elle s'empressa de déclarer à l'abri de toute controverse, et cela parce que le traité des î\ articles avait résolu cette question dans la vue toute spéciale de nuire à la France.

Si le peuple français n'eût été qu'un peuple d'aventuriers sans foi ni loi, digne d'être

mis au ban de L'humanité, les autres peuples en se liguant contre lui eussent t'ait acte de cosmopolitisme et de justice : il faudrait les en louer. L'Europe marche à pas pressés

vers un régime où toutes les causes qui in-

téressent les hommes réunis devront être portées devant un tribunal suprême, un tribunal amphyctionique : rien n'est plus désirable, et rien ne serait plus auguste. Mais où la Conférence avait-elle puisé son droit? Dans le pouvoir du glaive. Que représentaient ses membres? Une civilisation caduque, fille des erreurs les plus grossières et des plus barbares préjugés. Et que voulait-elle maintenir, cette Conférence? Une œuvre de spoliation générale, le système des traités de Vienne. Et contre qui se trouvaitelle armée? Contre le peuple initiateur et dévoué par excellence. Donc, c'est un des crimes les plus éclatants qu'il soit donné à

l'histoire d'enregistrer que cette prise de possession des affaires de l'Europe par la Conférence, dans les années 1831 et 1832. A quelque patrie qu'appartiennent les amis de l'humanité, il faut qu'ils sachent que le principe du cosmopolitisme ne peut que gagner à l'affermissement, à l'agrandissement de cette nationalité française, si essentiellement communicative et désintéressée.

Les monarchies européennes, siégeant à la Conférence, ne s'y trompèrent point, elles brûlaient de nous ravir notre force, parce que la force de la France importe à la liberté du monde.

La duchesse de Berri à Blaye. - Séance du 5 janvier. - Soupçons - Duels ùdUi.„i- i oo *■ ■•

geaud remplace M. Ghousserie à Blaye. - M. Deneux dans' ù prison P t **"' " * Bu"

La citadelle de Blaye s'élève sur la rive droite de la Gironde et domine une ville d'un aspect misérable et morne. Quelques rues formées par des casernes, une place d'armes, des magasins pour l'artillerie et le génie, voilà de quoi se compose l'intérieur de cette citadelle. Le sommet en est couronné par un vieux château que Roland construisit, dit une légende populaire, et où son corps fut déposé après la défaite de Roncevaux. Autour règne une terrasse qui n'a que dix ou

douze pieds de large et qui est de niveau avec le mur de revêtement. Du haut de cet espèce de parapet, sablé dans lapins grande partie de son étendue et coupé de dislance en distance par des embrasures qu'on passe sur des planches, le regard domine un immense horizon. A l'ouest, c'est le tleuve qui a dans cet endroit la majesté mélancolique de la mer; du nord à l'est et au sud, ce sont des coteaux couverts de vignes, de maisons de plaisance, de moulins, de fabriques. Le

If 1S TOI U K UK DIX ANS

séjour de lu citadelle est froid; les brises y sont dangereuses : les phtisiques y meurenl vite.

Ce fut là que le gouvernement fit conduire la duchesse de Berri; et toutes les mesures furent prises pour l'y retenir longtemps prisonnière. La place fut armée comme si l'ennemi eût campé aux portes. Les canons, montés sur leurs affûts et braqués, étaient munis de tout le matériel que réclamait leur service. Les portes Dauphine et Royale, les seules qui existent, furent rendues inabordables; et non loin delà citadelle, la corvette la Capricieuse vint jeter l'ancre dans les eaux de la Gironde, et former avec deux péniches une ligne de défense du côté du fleuve. Partout des factionnaires vigilants, partout le bruit et l'appareil des armes. La garnison, composée de plus de neuf cents hommes fut consignée, et le service se fit aussi sévèrement que dans une ville assiégée. Le malin, à six heures, un coup de canon, tiré de la citadelle, et répété par la corvette, commandait l'ouverture des portes; puis, les tambours battaient la diane, et d'intervallle en intervalle divers roulements se faisaient entendre, annonçant les devoirs de la vie militaire. Le soir, à six heures, un autre coup de canon retentissait, et Ton fermait les portes jusqu'au lendemain. La maison où la princesse était détenue fut entourée d'une double rangée de palissades, hautes de dix ou douze pieds; on grilla les conduits des cheminées ; les croisées des appartements furent garnis de forts barreaux de fer, et la princesse ainsi que ses compagnons volontaires de captivité reçurent la défense, l'heure de la retraite une fois passée, de venir, à travers ces barreaux, respirer l'air du soir.

Ainsi soumise à une contrainte que la vivacité de son esprit lui rendait plus dure encore, et précipitée dans une prison où elle n'avait même plus les amers plaisirs de l'incertitude et les distractions de la lutte. Marie- Caroline sentit que son courage était moindre quo son malheur. Son isolement, le visage composé de ses gardiens, l'aspect de la guerre autour de sa demeure nouvelle, les clameurs

du soldat tour à tour joyeuses e( menaçantes, et dans h- silence de la nuit le quivi Vf inquiet des sentinelles, tout cela le remplissait de trouble : sa captivité bientôt l'accabla.

Pour en partager les rigueurs, M. de Heanard el .Mil»' Stylite de ELenabiec s'étaient d'abord présentés : mais réclamés pi esqu'aussilot par les tribunaux de Montblison et de Nantes, ils durent laisser à .M. de Brissacet

M. le comte de MesuarJ.

à Mme d'IIauteforl l'héritage de leur dévouaient. Quoiqu'estimés par la princesse, M. de Brissac et Mme d'ilautefort avaient une trop faible pari dans -a confiance pour qu'elle s'ouvrit à eux «le ses résolutions !.>s plus graves; ils n'eurent point, par conséquent.

à la guider par leurs conseils, mais ils contribuèrent à calmer son oeur.

Ses souffrances, toutefois, ne furent pas Sans adoucissement, au moins dans les premiers jours. Le colonel Chousserie avait une

âme généreuse : il sut tempérer par sa courtoisie ce que l'accomplissement de son devoir

présentait de rigoureux. D'ailleurs, on igno-

LOUIS BLANC

rait encore jusqu'à quel point la mère du duc de Bordeaux s'était rendue coupable, et elle recevait dans sa prison les preuves les plus consolantes de fidélité. De Genève, M. de Chateaubriand lui écrivit :

<t Madame,

« Vous me trouverez bien téméraire de venir vous importuner dans un pareil moment pour vous supplier de m'accorder une grâce, dernière ambition de ma vie : je désirerais ardemment être choisi par vous au nombre de vos défenseurs. Je n'ai aucun titre personnel à la haute faveur que je sollicite auprès de vos grandeurs nouvelles ; mais j'ose la demander en mémoire d'un prince dont vous daignâtes me nommer l'historien : je l'espère encore comme le prix du sang de ma famille. Mon frère eut la gloire de mourir avec son illustre a'i>ul, M. de Malesherbes, défenseur de Louis XVI, le même jour, à la même heure, pour la même cause et sur le même échafaud.

« Chateaubriand. »

Avant de quitter Nantes, et peu de temps après son arrestation, la duchesse de Berri avait déjà reçu d'autres témoignages de dévoûment, plus obscurs sans doute, mais non moins émouvants. Les demoiselles Duguigny ayant demandé la grâce de passer une journée auprès de celle qui avait eu un asile dans leur maison, Charlotte Moreau joignit à leur lettre les lignes suivantes : « Si ma- « dame n'en trouve pas indigne une pauvre « femme de chambre qui l'a servie de tout « son cœur, je sollicite la même grâce que « mes maîtresses. »

Mais le moment approchait où tout allait manquer à la duchesse de Berri, môme la fidélité de ses partisans les plus fanatiques. Et cet abandon fut mérité : car il suivit la divulgation d'un secret terrible, divulgation dont le scandale ne fut pas une trop sévère expiation de L'attentat que la duchesse de Berri avait commis, lorsque, faisant du peuple son patrimoine, elle était venue déchaîner sur la France la guerre civile.

Cependant, la joie régnait à la Cour. On paraissait y avoir oublié que la duchesse de Berri étail la nièce de la reine, el qu'au temps .le sa prospérité, la mère du duc de

Bordeaux avait toujours prodigué aux enfants de Louis-Philippe les marques de la plus tendre affection. Mais les liens du sang sont bien fragiles pour qui gagne à les rompre tout ce que promet à l'orgueil de l'homme l'exercice de l'autorité souveraine : les d'Orléans allèrent à l'Opéra le soir du jour où ils apprirent l'arrestation de leur parente.

Toutefois, cette satisfaction qu'on déguisait avec si peu de soin était empoisonnée par un vif sentiment d'inquiétude. Car le parti révolutionnaire réclamait avec ardeur la mise en jugement de la captive. Or, qu'elle fût acquittée, Louis-Philippe était signalé aux peuples comme un usurpateur; qu'elle fût frappée, au contraire, d'une peine proportionnée à son attentat, Louis-Philippe était placé dans l'alternative ou d'annuler despotiquement la condamnation, ou d'attirer sur lui, en la respectant, l'immortelle malédiction de toutes les têtes couronnées. Plus sûr de sa légitimité, le gouvernement n'aurait point redouté la première de ces chances; plus indépendant à l'égard des rois, il n'aurait point redouté la seconde. Mais comme il n'osait ni appuyer son droit sur la volonté du peuple, ni secouer le patronage des grandes Cours, tout lui faisait ombrage, tout lui était obstacle; une défaite l'eût anéanti : sa victoire l'embarrassait.

L'embarras était grand, surtout pour M.

Thiers, plus particulièrement responsable des suites. Il avait certainement déployé, dans l'arrestation de la princesse, une résolution extraordinaire ', et rien ne lui avait

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