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D'APRES UNE GRAVURE DE L'EPOQUE

M'"' la duchesse de Berri eu Vendée. (1798-1870.) (Deuxième portrait)

narchies. Le culte de la royauté va s'aflaiblissant eu Europe depuis qu'on avilit les princes, non depuis qu'on les tue; et l'on ne

fonde pas nue dynastie en enseignant aux peuples, du haut d'un trône, le mépris des races royales.

Corruption des mœurs. — La Tribune attaque la Chambre e[ est appelée à la barre de l'assemblée; plsi I

ment. — La fête expiatoire du 21 janvier abolie. — Travaux législatifs : organisation départementale, instruction primaire, expropriation ponr cause d'utilité publique. — Troubles dans Paris. — M. Rodde mr la place ds la Bourse. — Coalitions d'ouvriers. — Société des Droits de l'Homme; son manifeste; sensation produite par cette publication. — Procès des 27. — Acquittement de MM. Charles Teste et Voyer-d'Argensoa.

L'année 18.33 ne fut pas remplie tout entière par les événements que nous venons de raconter; et, tandis que, frappées de vertige, les royautés semblaient s'abaisser sous la main de Dieu, leurs ennemis croissaient en nombre, en énergie et en audace.

Deux forces rivales étaient en présence : ici, une assemblée élective, là, un chef héréditaire. Le régime constitutionnel avait par conséquent installé l'anarchie dans les régions du pouvoir. La société avait deux têtes. Qu'en était-il résulté? Que l'autorité, vacillant sous des efforts contraires, n'avait cessé de pencher, tantôt du côté du trône, tantôt du côté de la Chambre; et, qu'au-dessous, la nation, partagée entre la crainte de l'oppression et celle du désordre, était devenue le prix d'un combat.

Fixer le pouvoir était donc indispensable ; mais, pour c la, il fallait que la royauté se soumît au parlement ou le soumît. Elle essaya de le soumettre. Le système des faveurs fut adopté pour corrompre la Chambre, et l'on s'occupa de l'entourer de forteresses pour arriver plus tard à la dompter. Et, en effet,, pour parer aux vices d'un régime, chefd'œuvre de la folie humaine, ce n'était [tas trop de ces deux moyens combinés : la ruse et la violence.

Le T1 avril 1833, le journal la j'rihunr publiait les lignes que voici :

« La Chambre s'est occupée aujourd'hui « des fortifications de Paris... On s'est ima- « giné de construire, non pas des forlilica- « tisns protectrices de la capitale, mais des « casernes fortifiées qui serviraient, au be- <( soin, à s'en rendre maître. Tout a con- « couru à ce système. Vincennes est devenu

<( une espèce de château féodal encombré de « casemates, garni de souterrains, et bien « moins propre au combat qu'à la peur, lieu « d'asile pour la couardise aux abois, sorte « de terrier où toute une famille pourrait se « mettre à l'abri du fer et du feu. Puis on a « jeté autour de Paris une ceinture qui per- « mettra au despotisme de l'enserrer, qui « pressera la capitale, la bouclera pour ainsi « dire sur les reins; et, sous le vain prétexte « d'un camp retranche, donnera les posi- « lions les plus fortes à une garnison de « 60 mille hommes qui menaceront inces- « samment et les Chambres el la presse, et « tout ce qui aura quelque influence sur la « marche des affaires. C'est là qu'on esl ar- « rivé. La Chambre veut aujourd'hui qu'on « ne puisse fortifier Paris que moyennant « l'autorisation législative. Ne dirait-on pas. « à voir ce sérieux des mandataires, que ce « mot a une valeur? Comme s'ils ne vote- « ront pas tout ce qui leur sera demandé '. 1 1 « îe bon billet de la Châtre que nous donne « cette Chambre prostituée !... »

Dans un second article plein d'amertume et d'ironie, la Tribune accusai! plusieurs députés et en tr'autres .M. Vienne!, d'entretenir avec M. (iérin, caissier des fonds Secrets,

des relations dont l'honneureùl été moindre que le profit.

Le coup porta : la Triùtme y comptait. Le lendemain même du jour où les articles avaient paru. M. Vienne! le- dénonçait à la Chambre. L'assemblée prit feu : une commission fut nommée, e! M Persil avant présenté un rapport qui concluait à ce que les coupables fassent traduits à la barre de l'assemblée, le S avril, la discussion commença.

Soutenues par MM. Petit, Pataille, de Rémusat, Bumon, Jaubert, Duvergier de Hauranne, les conclusions du rapport de M. Persil furent vivement combattues par MM. Gaétan de la Rochefoucauld, Laurence, Salverte, Gauthier de Rumilly, les généraux Bertrand et Lafayette, Thouvenel, Garnier-Pagès.

Les premiers affirmaient que la Chambre se devait de ne point souffrir qu'on outrageât en elle la majesté de la nation; qu'en frappant de ses propres mains ceux qui se déclaraient si ouvertement ses ennemis, elle agissait comme corps politique, non comme autorité judiciaire ; qu'elle avait sous les yeux l'exemple de l'Angleterre, l'exemple des Etats-Unis, où le parlement avait usé plus d'une fois du droit de châtier les auteurs d'écrits diffamatoires; qu'au surplus, les lois du 23 mars 1822 et du 8 octobre 1830 rendaient l'assemblée juge des insultes qu'on faisait monter jusqu'à elle.

Les seconds répondaient par des raisons empreintes de sagesse et de dignité. Une assemblée de législateurs devait-elle se commettre dans la mêlée des partis, au lieu de se maintenir avec calme et sérénité au-dessus des orages de la polémique? Que pouvait gagner un corps politique à fouler aux pieds ce principe éternel de morale, qui veut que nul ne soit à la fois accusateur, juge et partie? La Chambre serait-elle réputée plus vertueuse, quand elle se serait en quelque sorte délivré à elle-même un brevet de vertu ? S'il était vrai qu'en l'outrageant on eût outragé la nation, que ne laissait-elle aux tribunaux ordinaires, à la justice du pays, le soin de punir un tel attentat? Pour faire respecter l'inviolabilité du législateur, un arrêt valait mieux apparemment qu'une vengeance ! Et les orateurs de la minorité rappelaient le Journal du Commerce traîné sous la Iiestauration, à la barre d'une assemblée qui, en satisfaisant sa haine, n'avait fait que se dégrader; et montrant du doigt M. Rartho, assis au banc des minisires, ils ajoutaient, p;ir un rapprochement aussi terrible qu'inattendu : « Voilà l'homme que le Jour- « nul <lu Commerce eut alors pour défen-

« seur. » M. Garnier-Pagès cita ce trait du grand Frédéric qui, apercevant du haut des fenêtres de son palais un groupe d'hommes occupés à lire une affiche où il était insulté, ordonna que l'affiche fût placée plus bas pour qu'on pût mieux la lire. Il invoqua aussi, pour prouver la puérilité de certaines vengeances, le souvenir de Shéridan, qui, condamné par le parlement anglais à faire amende honorable et forcé de se mettre à genoux, dit en se relevant et en s'essuyant le genou : « Je n'ai jamais vu de chambre aussi sale. »

Mais il y avait parti pris de la part de la majorité, dont M. Persil, avec son âpreté ordinaire, s'était fait le champion et l'orateur. Comme il parlait, un éclat de rire se fait entendre aux extrémités de la Chambre. « Vos rires sont scandaleux, » s'écrie M. Persil avec colère et l'œil fixé surles derniers bancs de la gauche. « Vous êtes un in- « soient, » réplique M. Dupont (de l'Eure). Il s'élève à ces mots un effroyable tumulte. Plusieurs députés sont debout. Le président rappelle à l'ordre Dupont (de l'Eure). Qu'on nous y rappelle tous ! s'écrient à l'envi la plupart des membres de l'Opposition. Alors, d'une voix ferme : « Messieurs, dit Dupont « (de l'Eure), je professe la plus grande to- « lérance pour toutes les opinions, mais je « réclame le même droit pour les miennes. « Je déclare donc à M. Persil que toutes les « fois que, se tournant vers moi, il traitera « de scandaleux mon rire ou mes paroles, « quand je n'ai ni ri, ni parlé, je dirai qu'il « est un insolent. » Ce fut sous l'impression de ces débats violents que le scrutin s'ouvrit. Avant et après l'appel nominal, quarante-cinq membres déclarèrent qu'ils étaient résolus à se récuser ou à s'abstenir *. De ce nombre, M. Viennel, qui avait fait L'office

1. Ce furent MM. Anglade, d'Argenson, Audrj de Puyraveau, Auguis, Bastide d'Isard, Bavour, Bérard, Bertrand, Boudât, BnqueVille,Chaigneau, Corcellea, Coulmenn, Demarcay, Dubois-Aymé, Duloog, Dupont de l'Eure), Duris-lnifresue, Gtarnier- Pages, Qirardin, Havin, Joly, Laboissière, le général Lafayette, George Lafayette, Larabit, LenouveL. Leprévost, Levaillaut. de Ludre, Laguette- Mornay, Luminais, Reuouvier. Bousailhe, Senne, Tardieu,

Testa, Vi.nnel.

d'accusateur, et M. Teste, contre lequel la

Tribune avait dirigé de récentes et vives attaques.

Deux cent cinq voix décidèrent contre quatre-vingt-douze, que le journal serait cité à la barre de la Chambre. Il y comparut, le 16 avril, dans la personne de M. Lionne, son gérant, et de deux de ses rédacteurs : MM. Armand Marrast et Godefroi Cavaignac. La foule des spectateurs était immense. Immobiles sur leurs bancs, les députés gardaient un silence glacial et semblaient composer leurs visages. Les républicains entrèrent, le front haut, le sourire du dédain sur les lèvres. Qu'ils courussent au-devant d'une condamnation, ils ne l'ignoraient point; mais ils trouvaient à la braver par une profession de foi pleine d'éclat, une jouissance légitime et hautaine. Un bureau avait été disposé dans l'intérieur d'une balustrade circulaire adossée aux bancs de L'extrême gauche : ce fut là que le prévenu el ses défenseurs prirent place.

M. Godefroi Cavaignac commença en ces termes: « Messieurs, nous comparaissons « devant vous, mais nous ne vous recon- « naissons pas le droit de nous juger. » Il continua sur ce ton, comme un homme convaincu de la sainteté de sa cause et de la supériorité de ses doctrines. Il ne se défendit point, il attaqua; pressant et hardi, mais grave dans ses colères et modeste dans son audace. Il reconnut, d'abord, qu'en politique, être jugé par ses ennemis, était une chance commune à tous les partis en lutte, ce qui rendait les prétentions de la Chambre naturelles, et ce qui les aurait rendues légitimes si cette Chambre eùi véritablement représenté la souveraineté du peuple. Mais une assemblée, lille du monopole, pouvait-elle avoir l'omnipotence d'une assemblée issue

(lu suffrage de tous Les citoyens? Au privilège qui les faisait représentants de 200,000

électeurs dans une nation de 33,000,000 d'hommes, les députes pouvaient-ils joindre

le privilège de l'inviolabilité? Apres tout, que reprochait-on à la Tribune? D'avoir dit que la Chambre laisserait construire des forts autour de Paris, vendue et prostituée

iju rile était! Mais des fonda n'avaient-ils pas été allouée l'année précédente pour le com-

nieueemeiii des travaux ! Preuve trop évidente de l'état de vassalité dans Lequel la Chambre vivait a l'égard du pouvoir i

cutifl Car enfin, quoi de plus étrs que de de voir une assemblée fournir elle-même à une autorité rivale moyens de dictature, des instruments de tyrannie? Des législateurs s'enlouranl de l'appareil des armes, consentant à siéger sons le feu de citadelles bâties à grands frais, la chose était nouvelle assurément et digne de remarque! Ils n'avaient pas compris de la sorte la liberté des délibérations parlementaires, les auteurs de toutes les constitutions" antérieures à l'an VIII, eux qui avaient décrit autour de la capitale un cercle qu'il n'était permis à aucun soldat de franchir, eux qui avaient assuré au pouvoir législatif la possession d'un territoire sacré, oii la puissance morale de la loi reposait dans toute sa force! Après de vives attaques contre le projet d'embastiller la capitale, M. Cavaignac se mit à suivre à travers l'histoire du dix-neuvième siècle les progrès de ee système de réaction, qui s'était produit : jusqu'au 18 brumaire, contre les hommes; sous l'Empire, contre les idées; sous la Restauration, contre les sentiments et les intérêts du peuple; depuis, contre les garanties publiques. Le procès même intenté à la Tribune, paraissait à l'orateur républicain la suite d'un vaste [dan de conspiration contre-révolutionnaire plutôt qu'un acte de vengeance

provoqué par une injure. « Quoil Ce

« pour VOUS dans un temps OU La SO

u en proie à un procès, par ma loi, bien

» autre; quand elle plie jusque dans a

axe, quand on m sait à quel orbite doit (i aboutir ce monde déroule: Quoi! dans île tempête qui gronde autour de vous, h voua entendes le cri d'un journaliste ! I

Mais retenus autour de vous, quand, de .. Francfort à Constamtinople, on sent de

» quoi remuer les rois et les peuples, quand

. l'Allemagne fermente sous cet esprit hé-

u redilaire qui l'aligna Cluries-Quinl et

LOUIS BLANC

« ruina Napoléon ! Ainsi, l'Europe s'échauffe « au retour de l'incendie que 1830 avait at- « tisé dans son centre, l'esprit révolution- « naire se meut de nouveau contre cette loi « de sainte-alliance qui ne peut plus désor- « mais exister qu'entre peuples, une étin- « celle de juillet retombe sur le foyer de la « grande famille européenne ; et , cepen- « dant, vous, vous jugez! Distraction îm- « possible, aveuglement incroyable, si l'on

Le général comte Bertrand.

« n'y cherche que celui de la passion! Non, « vous ne ferez pas croire que votre colère « contre nous soit l'unique mobile de ce « procès; non, lorsqu'il n'y a pas un som- « meil qui ne puisse être interrompu par un « courrier, vous ne nous persuaderez pas « que vous vous endormiez à l'aide d'une « audience. Vous êtes dans une mauvaise « voie, mais vous y marchez, et ce procès « termine votre session, parce qu'il com- « mence ce qu'une autre doit exécuter. «Par ces paroles, on le voit, M. Cavaignac agrandissait le débat; il rattachait à un long et détestable complot contre les libertés publiques, ce qu'on aurait pu prendre pour un

simple élan de colère de la part de quelques députés blessés dans leur orgueil ; en un mot, de la cause de la Tribune, il faisait celle de la nation tout entière.

Après lui, M. Marrast prit la parole, et, dans un discours agressif, mordant, plein d'impétuosité, de verve, de couleur, il traça l'histoire delà corruption telle que le régime constitutionnel l'avait enfantée, telle qu'il la rendait nécessaire. Cette histoire, M. Marrast la résumait en ces termes : « La Chambre qui consentit aux tribunaux d'exception et aux cours prévôtales; la Chambre qui toléra les conspirations de police ; la Chambre qui laissa violer la Charte impunément; la Chambre qui prodigua les trésors de l'Etat aux intérêts dont elle profita la première ; la Chambre qui abandonna la sûreté individuelle des citoyens à l'arbitraire des ministres; la Chambre qui poursuivit à outrance la liberté des opinions qu'étaient-elles? quel nom leur

donner? La Chambre qui accrut incessamment les traitements des fonctionnaires, qui les livra ensuite pieds et poings liés à l'administration ; la Chambre qui entassa emprunt sur emprunt, qui prodigua les fonds secrets, qui maintint tous les privilèges, qui éleva des autels aux basses passions de l'avidité, qui encouragea l'agiotage par l'amortissement, qui fit tout graviter vers le centre impur de la Bourse, : qui jeta honneur, dignité nationale, trésor public à la voirie des loups-cerviers; toutes ces Chambres, messieurs prostituées! prostituées! » S'attaquant à la coruptiqfi du jour, « ce n'est, poursuivait M. Marrast, un secret pour personne que ces spéculations heureuses dont on a tant abusé l'année dernière pour les jeux de Bourse ! Tout le monde se rappelle ces nouvelles connues de ^S^eille et publiées seulement le lendemain, après que d'importantes opérations avaient pu être consommées. La Chambre y était-elle étrangère? Sans doute. Et pourtant, on affichait dans l'intérieur des séances la cote des fonds, comme pendant à l'ordre du jour !

« Vos intentions doivent être excellentes, a messieurs, et cependant, vous avez voté « dans deux ans plus de fonds secrets que la « Restauration n'en a demandé pendant les « six dernières années. Vous ries parfaite- « ment indifférents à la prime des bu créa ; « cependant cette prime s'est accrue, depuis « 1830, de 7 millions à 19 ; et, chose étrange, « le tiers à peu près de cette somme est parce tagé entre six grandes maisons, au nom- <( bre desquelles marchent en première ligne « celle de certains membres que vous hono- <( rez de toute votre considération, et no- « tamment celle d'un ministre. Et en effet, « dans les ordonnances de primes pour 1832 « on voit figurer : la maison Périer frères, « pour 900,000 f. ; la maison Delessert, pour « 600,000 f . ; la maison Humann, pour « 600,000f.;iamaisonFould,pour600,000f.; « la maison Santerre, pour 800,000 f. ; la « maison Durand, de Marseille, pour un « million. » Après avoir ainsi accumulé faits sur faits, accusations sur accusations ; après avoir rappelé que la Tribune ne paraissait à la barre de l'assemblée que sur la dénonciation d'un homme qui avait eu le courage de « vanter publiquement les bienfaits « de la clé d'or et les charmes des fonds se- « crets. » M. Marrast avait atteint le terme de sa brûlante plaidoirie : il finit en s'écriant : « Si c'est une guerre contre la Tribune seule, « elle est puérile; si c'est une guerre contre « la presse, vous y périrez. »

Malgré la réserve qu'elle s'était commandée, l'assemblée ne put se défendre d'une sourde agitation. Au moment où allait être rendu ce vote qui était un jugement, M. Cavaignac se leva et dit : « La Chambro sait « que M. Lionne est traduit devant elle par « suite d'une fiction : plus vous élèverez l'aie mendo qui frappera le journal, plus vous « diminuerez la peine de la prison, qui ne « frapperait que M. Lionne, lequel ne peut « être considéré comme le vrai coupable. « Voici comment je voterais, et je pense « que la Chambre votera ainsi : forte amende, « faible prison. » Alors les défenseurs et le prévenu se retirèrent; six tables furent pla-

-> dans l'enceinte circulaire pour I.- dépouillement du scrutin; et. l'appel nominal terminé, chaque membre alla déposer son vote dans l'urne, au milieu d'une confusion extrême. Le résultat était prévu. 20i- voix sur 304 condamnèrent le gérant de la Tribune à trois ans de prison et dix mille francs d'amende.

Mais la vengeance ne se lit pas attendre. 11 y avait à la Chambre 122 députés fonc-

Le barou Louis. (1736-18

tionnaires, lesquels touchaient annuellement, en traitements légaux, plus de deux millions, et cela pour des fonctions qu'ils ne pouvaient remplir, témoin M. d'Estourmel, député du INord et ministre à la Colombie : la Tribune mit vivement en relief ce fait monstrueux et montra que les 122 députes recevaient, en traitements qu'ils ne gagnaient point, la subsistance de plus de huit mille citoyens pauvres. Le droit sur les fers. fontes et aciers, provenant des pays étrangers, avait été, pour l'année, de 2 millions 380,000 francs, impôt énorme et désastreux levé sur l'agriculture et sur toutes les industries, pour qui le fer est un élément neces-

LOUIS BLANC

saire de production : la Tribune affirma que cet impôt n'était maintenu que parce qu'il profitait à vingt-six députés ministériels, sans compter deux ministres, associés de M. Decazes dans l'exploitation des forges nouvelles de l'Aveyron. L'accusation monta plus haut encore. Au nom de la loi violée, au nom de l'intérêt public sacrifié à des scrupules de courtisan, le ministre des finances fut sommé de faire rentrer dans les coffres de l'Etat une somme de 3 millions 503,607 francs, que, depuis trop longtemps, la liste civile devait au trésor. On rappela qu'au mépris des traditions les plus inviolables de la monarchie, Louis-Philippe, le 6 août 1830, n'avait pas craint de faire donation à ses enfants de ses biens, qu'il voulait soustraire au domaine de l'Etat, et l'on s'étonnait que le droit d'enregistrement, payable & avance aux termes de la loi, ne se trouvât pas, après trois ans, payé d'une manière intégrale. Le souvenir de la forêt de Breteuil, vendue au roi par M. Laffitte, fut aussi évoqué. Mais on dirigea contre le roi, à ce sujet, une accusation aussi injuste que mensongère : on prétendit que, pour frauder l'enregistrement, il n'avait porté qu'à 6 millions, dans l'acte de vente, ce qui en réalité lui en avait coûté 10. L'allégation était fausse1 : elle passa pour vraie dans l'esprit des hommes prévenus ; les attaques redoublèrent de vivacité ; plus que jamais on parla de Kœsner, de ce vide de plusieurs millions qu'il avait laissé dans le trésor, et du mystère dans lequel on avait permis que cette honteuse affaire restât ensevelie; on se demanda s'il était possible qu'à l'insu du baron Louis, ministre des finances, M. Kœsner eût risqué l'argent de tous dans les impurs tripotages de la Bourse et entretenu avec les agents de change des relations patentes, cyniques, journalières; on alla jusqu'à étendre, plus qu'il n'étaitpermis de le faire ouvertement, une responsabilité que M. Martin (Nord) avait concentrée tout entière sur la tête de M. Kœsner, dans un rapport qui fut le commencement de sa

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