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niers qu'on chargea de la répandre dans le peuple.
Les troupes royales se trouvaient alors refoulées loin des quartiers populeux, dont les innombrables barricades élevées dans la nuit leur fermaient irrévocablement l'accès. Elles n'occupaient plus que le cordon qui s'étend du Louvre aux Champs-Elysées. Des troupes de ligne stationnaient dans le jardin des Tuileries et sur la place Vendôme. La garde couvrait le Carrousel, la place Louis XV, le boulevard de la Madeleine, la cour intérieure du Palais-Royal; plusieurs postes avaient été établis dans la rue Saint-Honoré ; deux bataillons suisses défendaient le Louvre . et la gueule des canons était tournée, partout, du côté par où la foule pouvait venir. Les Suisses se montraient inquiets. Un tout autre sentiment animait le reste des troupes. Epuisés par la faim, domptés par la fatigue, fils du peuple, après tout, en qui la honte de céder était combattue par l'horreur de vaincre, tous ces soldats s'affaissaient sur leurs armes, l'âme abattue, le regard fixe et ! morne. Ces maisons où, derrière chaque fenêtre fermée, ils devinaient un ennemi; ces rues inondées de soleil et désertes qu'on leur avait. fait sillonner et où gisaient tant de leurs camarades morts sous les balles d'assaillants invisibles ; ces hautes barricades ; ce silence ; cette vaste cité où n'étaient plus ni le tumulte ni le repos ; ces cris aigus et rares de Vive la Charte ! appel sauvage à une légalité que la plupart ignoraient, tout cela déconcertait les plus fermes, etles chefs eux-mèmeshésitaient. troublés jusqu'au fond du cœur.
Le peuple, maître chez lui, quittait par bandes les faubourgs et descendait le long des boulevards en colonnes serrées.
Une scène bizarre se passait en même temps au milieu de Paris. De dix à onze heures, un homme d'une taille moyenne, d'une figure énergique, traversait, en uniforme de général, et suivi par un grand nombre d'hommes armés, le marché des Innocents. C'était deM. ÉvaristeDumoulin, rédacteur du Constitutionnel, que cet homme avait reços, un uniforme pris chez un fripier; et
IIISÏOIHE DK DIX ANS
«il
les épaulettes qu'il portait lui avaient été données par l'acteur Perlet : elles venaient du magasin de l'Opéra-Comique. Quel esl ce général, demandait-on de toutes parts? El quand ceux qui l'entouraient avaient répondu : « c'est le général Dubourg, •> vive le général Dubourg! criait le peuple, devant qui ce nom n'avait jamais retenti. Mais tous alors avaient un immense besoin d'être commandés.
Le cortège se rendit à l'Hôtel-de-Ville. Le général s'y installa. Quelques instants après, le drapeau tricolore avait cessé de flotter sur l'Hôtel. Un homme entra dans le cabinet où se trouvait M. Dubourg" et où plusieurs jeunes gens, rangés autour d'une table, étaient occupés à écrire. « Général, voici le tapissier. «. De quelle couleur le drapeau ? — Il nous « faut un drapeau noir, et la France gardera « cette couleur jusqu'à ce qu'elle ait recon- « quis ses libertés. »
M. Baudc parut à son tour à l'Hotel-de- Ville pour y jouir des privilèges de l'audace. Il se lit secrétaire d'un gouvernement idéal, il répandit des proclamations. Un avocat, M. Franque, reçut ordre de courir chez le premier président de la cour royale, M. Séguier, de l'arrêter et de le conduire de force à l'Hôtel-de-Yille. On voulait placer l'insurrection sous le patronage apparent des autorités judiciaires. Ainsi, les deux hommes qui avaient voulu être le pouvoir pendant quelques heures, furent le pouvoir. On obéissait.
A peine installé, M. Baude prit quelques mesures d'urgence. Il fit faire par M. de Villeneuve l'inventaire de la caisse de l'IIôtel-de- Yille, où l'on trouva un peu plus de cinq millions. Il convoqua les syndics de la boulangerie, qui l'informèrent que Paris était approvisionné de pain pour un mois. Il lit prévenir les syndics de la boucherie que durant la crise, le bétail entrerait librement à Paris. Enfin, une commission chargée de correspondre avec l'Hôtel-de-Yille, se forma par ses soins dans chacun des douze arrondissements de la capitale.
Au milieu des soucis de cette puissance si hardiment usurpée, M. Baude reçut la visite
de .M. Claprote, attaché à l'ambassade de* Prusse. Il apprit de lui que l'attitude du peuple parisien pendant ces étonnantes journées avait frappé tous les nu mores du corps diplomatique non seulement de stupeur, mais encore d'admiration ; <j m ■ leurs dépêches contenaient l'expression de ce double sentiment, et rendaient probable le maintien de la paix (Mitre l'Europe monarchique et la France révolutionnaire.
Bemadotte. (17G4 — 1844
Peu de temps après, des ouvriers poussant
de grands cris amenèrent à l'Hôtel-de- Ville un homme qu'ils avaient arrêté aux barrières et qu'ils avaient trouvé porteur d'un paquet soigneusement caeheté. On interrogea cet homme : c'était un officier suédois que le comte de Lœwenhielm, ministre de Suède et de Norwége, avait, dans la nuit, expédié au Cabinet de Stockholm, avec un rapport sur le> événements qui venaient de s'accomplir.
M. Baude lit reconduire l'of'tieier chez le comte de Lœvenhielm, auquel il renvoya.
LOUIS BLANC
parfaitement intacte, la dépêche trouvée sur le courrier. Touché de tant de courtoisie, le ministre de Suède s'empressa d'en écrire à M. Baude ; mais il ne parut pas à l'IIôtel-de- Yille, ainsi qu'on l'a dit dans le temps, et il ne l'aurait pu faire sans sortir imprudemment de la réserve qui lui était commandée. Car quelques personnagespolitiques soupçonnaient Bernadotte d'avoir nourri longtemps des espérances ambitieuses ; ils croyaient qu'en le tirant d'un camp pour le placer sur un trône étranger, la fortune lui avait enflé le cœur au point de lui faire rêver la couronne de France. La chute des Bourbons était une catastrophe dont il pouvait essayer de tirer parti. En eut-il la pensée? Nous l'ignorons. En tous cas. les événements devaient marcher plus vite que son désir.
Il y avait deux gouvernements militaires dans Paris. Auquel des deux allait rester le pouvoir? Tout espoir de conciliation était alors chimérique. On avait envoyé aux différents postes l'ordre de cesser le feu ; cet ordre n'était point parvenu. Les fourriers des compagnies postées sur la place du Carrousel avaient été chargés de copier la proclamation du maréchal, et l'avaient copiée en effet, les uns sur leurs genoux, les autres sur des tambours; mais la fusillade n'en continuait pas moins devant la colonnade du Louvre et ailleurs avec une extrême vivacité. Un mois et demi de solde fut alloué à chaque militaire, et la distribution, que rendait possible la proximité du trésor, se fit à l'instant même siir la place du Carrousel. On braqua une pièce de huit à l'entrée de la rue de Uohan. Enfin, des soldats du 6e de la garde, établis dans les maisons qui avoisinent le Palais-Royal, s'y préparèrent à soutenir L'assaut, car la masse des assaillants grossissait, le mugissement de la ville s'étendait de plus en plus, cl, dans la rue Richelieu, les barricades, se rapprochant des soldats avec une rapidité surprenante, devenaienl des tranchées d'attaque.
L'audace (les chefs royalistes ne répondait ni au caractère menaçant des mesures prises. ni à la gravité du péril. Le due de RagUSC
refusa formellement aux artilleurs l'autorisation de mettre le feu à la pièce de la rue de llohan, et un jeune officier du 6e de la garde étant venu lui demander de lancer quelques boulets sur le quai Voltaire : « Eh ! Monsieur, « répondit le maréchal avec colère , vous « voulez donc détruire cette ville de fond en « comble ! »
Quant aux dignitaires du royaume, aux pairs de France, ils n'étaient occupés en ce moment qu'à se lamenter sur leur position compromise, sur leurs biens jetés en pâture à la populace, sur leurs têtes menacées peutêtre! Le peuple était déchaîné : comment le contenir? Et ils maudissaient à l'envi M. de Polignac. Possesseurs d'une fortune composée des débris de quatre révolutions, heureux pendant quinze ans dans un pays dont leur bonheur résumait les calamités, ils s'étaient attachés à la royauté absolue par calcul, non par conviction. Cela même leur avait permis une prévoyance dont M. de Polignac n'était point capable, parce qu'il était désintéressé comme tous les fanatiques, et loyal dans son aveuglement.
« Nous l'avions bien prédit, se disaient « l'un à l'autre tous ces grands personnages. <( Il fallait endormir la bête féroce : on l'a « irritée. Nous voilà sur les bords d'un gouf- « fre. Et pourquoi? parce qu'on a repoussé « nos sages conseils ; parce que la Cour, do- « minée par l'ascendant fatal d'un insensé, « n'a pas su modérer le mouvement de la « contre-révolution. Qu'allons-nous devenir? « Qui sait si le retrait des ordonnances ne « suffirait point pour calmer le peuple? Là « serait notre salut. »
Le grand référendaire de la Cour des pairs, M. de Sémonvillc , partit donc du Luxembourg- pour se rendre à l'élat-major : M. d'Argout l'accompagnait. Ils arrivent; ils trouvent le dut1 de Raguse inquiet, désespéré. En les voyant entrer, le maréchal passe dans la pièce voisine où les ministres étaient rassemblés, et en sort aussitôt après avec M. de Polignac. .M. de Sémonville accabla le prince de reproches amers et violents. Celui-ci répondit avee calme, et se relira.
Furieux d'une résistance qui 1rs laissait livrés ;ui péril, les deux négociateurs monarchiques proposèrent au maréchal d'arrêter les ministres coupables d'avoir risqué, pour la cause du roi, la fortune des serviteurs de la royauté. M. de Peyronnel reparut. Et tentant un dernier effort, MM. de Sémonville et d'Argout partirent pour Saint-Cloud.
Au moment où leur voiture entrait dans la grande allée du jardin des Tuileries, un homme s'élança devant les chevaux, montrant Saint-Cloud d'une main, et de l'autre, une voiture qui suivait. C'était celle de M. de Polignac, et l'homme qui, avec cette éloquence muette, engageait M. de Sémonville à se hâter, était un de ceux qu'il voulait un instant auparavant faire arrêter, M. de Peyronnet1.
Une grave et récente nouvelle avait jeté la consternation dans ce château de Saint- Cloud vers lequel se dirigeaient les ministres : on y avait appris de grand matin que la ville de Versailles était en pleine insurrection. Le voisinage de Versailles donnait à cet événement un caractère formidable. Encore quelques heures, et la révolte, peutêtre, viendrait assiéger la royauté jusque dans son palais. Il était urgent de déployer de la vigueur. Deux compagnies de gardesdu-corps se trouvaient clans la cour du château : on pouvait les faire marcher sur Versailles; mais pour conduire cette aventureuse expédition, aucun capitaine des gardes ne se présentait. D'un autre côté, faire passer sous les ordres de quelque général de l'Em-
1 « Ce oe furent ai les sommations du duc de Raguse, o m celles di! M. de Sémonville qui donnèrent lien, comme ■< on l'a supposé, au départ des ministres pour Saintci Cloud. Et eela, par une raison toute simple, c'est qu'ils i firent aucune, n'ayant aucune qualité pour leur en
Le départ des ministres l'ut occasionné par
« une lettre de Charles X, qui leur faisait connaître Bon
» intention de réunir son Conseil Le lendemain matin. Bia
iture m'attendait dans la cour des Tuileries longtemps
« avant l'arrivée de M. de Sémonville.
« La déposition de M. de Sémonville à la Chambre des « pairs n'est qu'une scène à effet, composée dans le silence n du cabinet. Je déclare ignorer la majeure partie des h choses rapportées par lui et où il me fail agir comme n acteur: mais chacun a sa manie! celle de M.jle Sémon- « ville est de mettre toujours quelque drapeau en scène, i
[Note manuscrite de M. de Polignac).
pire un corps auquel des gentilshommes de la pins haute noblesse se croyaient seuls dignes de commander, c'était une bien rude
atteinte aux prérogatives de la cour. Dans l'esprit de Charles X. une pareille dérogation à L'étiquette avait presque l'importance d'une bataille perdue. Mais an moment vient ou les choses reprennent invinciblement leur niveau naturel et où la logique l'emporte sur les petits arrangements de la vanité humaine. Le généra] Vincenl s'offrit a prendre le commandement des gardes, et dans la circonstance, s'offrir c'était s'imposer. Ses services furent acceptés par le Dauphin: Charles X dissimula son mécontentement : el le général partit pour Versailles à la tête de deux compagnies de gardes-du-corps soutenues par deux ou trois cents gendarmes. Parvenu au dernier détour de la route, il fil faire halte à sa troupe, et s'avançant tout seul vers la grille, il envoya demander une entrevue aux autorités de la ville. Bientôt il vit venir à lui le secrétaire-général et le maire, suivis d'un nombreux détachement de gardes nationaux. Ce groupe paraissait fort animé, et, chose assez remarquable, le cri qui sortait de toutes les bouches était celui-ci : A la Commune! A la Commune! cri révolutionnaire de la bourgeoisie au xiic siècle. Le général Vincent qui, dans ce même lieu, en 1814, avait été renversé de cheval en combattant les Cosaques, déploya une grande fermeté mêlée de prudence : et déjà les esprits commençaient à se calmer. lorsqu'une colonne d'hommes du peuple, armés de fusils ou de pistolets, et les bras nus, se précipita sur la route. Alors les recommencèrent. L'agitation Revenait terrible : le général Vincent prit le parti de regagner sa troupe. Mais à peine avait-il rejoint les rangs, que les gendarmes l'abandonnèrent pour se ranger du côté du peuple, et il dut ramener les gardes-du-corps sur les hauteurs de Saint-Cloud.
Sur ces entrefaites, les ministres arrivaient au château. La voiture (le M. de Polignac entra dans la cour presqifen même temps que celle de M. de Sémonville. La duchessede lïerri
LOUIS BLANC
qui, au bruit des roues sur les dalles, avait ouvert sa fenêtre, envoya un salut amical à M. de Polignac seulement. Bientôt après, le grand référendaire, qui s'était rendu chez le duc de Luxembourg-, fut appelé auprès du roi. A la porte de l'appartement, il rencontra M. de Polignac qui lui dit, en portant la main à son cou : « Vous venez demander ma tête ? » N'importe. J'ai dit au roi que vous étiez là: » parlez le premier. »
M. de Sémonville croyait trouver le roi dans une grande ag-itation : il fut frappé du
M. de Sémonville. (1754 — 1839.)
calme de sa physionomie et de la gravité de son maintien . Charles X écouta d'un air incrédule les nouvelles alarmantes qu'on lui apportait. Il chercha même à rassurer M. de Sémonville comme il avait fait la veille à l'égard de Al* de Vitrolles. Il dit que toutes les mesures étaient prises pour étouffer l'insurrection ; qu'il comptait sur les soldats ; que la révolte s'userait sur elle-même, parce que le peuple a'avail pas de chefs, et que l'ordrtf de fusiller 1rs meneurs avait été exécuté. Al. de Sémonville lil tous ses efforts pour détrompei le roi, mais en vain. « Eli « bien ! Sire, s'éeria-tril enfin, il faut tout » vous dire : si dans une heure 1rs ordon-
» nances ne sont pas rapportées, 'plus de roi, » plus de royauté ! — Peut-être bien me don- » nerez-vous deux heures, » répondit le roi blessé dans son orgueil. Et il se retirait, lorsque, tombant à genoux, M. de Sémonville le saisit par ses vêtements ; le roi reculant toujours, le vieillard allait se traînant sur le parquet d'une façon lamentable. « La Dau- » phine ! songez à la Dauphine ! Sire, » s'écriait-il. Charles X fut ému, mais il resta maître de sa résolution.
Toutefois, les ministres tinrent conseil ; M. de Vitrolles était arrivé à Saint-Cloud, lui aussi, et il avait apporté le carré de papier sur lequel le docteur Thibault avait écrit la veille ces noms inconnus de la plupart des combattants : Mortemart et Gérard.
On discutait à Saint-Cloud un changement de ministère : à Paris on ne combattait déjà plus que pour le renversement de la royauté.
La lutte avait recommencé sur plusieurs points. Des élèves de l'Ecole polytechnique parcouraient le faubourg- Saint-Jacques, frappant à toutes les portes d'hôtel garni et criant: « A nous , l'Ecole ! » Un rassemblement s'était formé sur la place del'Odéon. Il fallait des armes. Une voix s'éleva : A la caserne de la rue de Tournon ! » Un instant après, cette caserne était envahie ; les gendarmes fuyaient, et les premiers occupants jetaient à la foule avide, à travers la porte entrebâillée, sabres, épées, gibernes, fusils et mousquetons. Chaque élève de l'Ecole polytechnique, à mesure qu'il recevait une arme, criait: « Qui veut me suivre ? » Et aussitôt des groupes de vingt, trente ou quarante ouvriers couraient se ranger derrière lui : le tambour battait et on se mettait en marche. De ces détachements, l'un courut enlever aux Suisses le poste de la place Saint- Thomasd'Aquin : un autre alla s'emparer d'un magasin à poudre situé près du Jardin des Plantes : un troisième, de deux cents ù Arus. cent cinquante hommes, se dirigea -m- un dépôl de la garde royale, place de L'Estrapade. Les soldats se montrèrent aux fenêtres, le fusil à la main. On leur cria : « Ne tirez pas, il ne vous scia t'ait aucun mal. »Lu colonne avançait
Les Suisses, postés dans la colonnade du Louvre, faisaient un feu épouvantable ;PageG7.)
toujours. Profitant de ce moment d'hésitation , un jeune homme nommé d'Hostel , grimpa rapidement à la fenêtre. Il dit à l'officier quelques mots qu'on n'entendit pas; mais à l'instant même, on vit celui-ci ôter son habit et en revêtir le jeune homme qu'il serra dans ses bras. Le poste fut évacué et les armes furent livrées au peuple.
Une scène à peu près semblable eut lieu à quelques pas du Panthéon, à la prison de (tfontaigu. Le commandant du poste avait rangé sa troupe en bataille dans la rue. Le brasseur Maës, du faubourg Saint- Marceau, ci ait à l'entrée, suivi d'une centaine d'ouvriers .'t prêt à commencer I»1 feu, Lorsqu'un élève de l'Ecole polytechnique, revêtu desou uniforme, arriva en courant. Il prononça quelques paroles sorties du cœur; il n'en fallut pas davantage : l'officier abaissa son épée, et les soldais jurèrent de ne pas tirer sur leurs frères.
En ce moment, la place de l'Ûdéon se couvrait d'hommes armés. A l'angle de la rue qui débouche au milieu de la place, dans la boutique d'un marchand de vins, un grand nombre d'étudiants et d'ouvriers faisaient des cartouches, sous la direction et d'après les conseils de quelques anciens militaires. Le papier avait d'abord manque ; niais, aux cris poussés par le peuple, il en tomba d'énormes monceaux de toutes les fenêtres d i la place. A chaque minute on apportait des balles d'un atelier improvisé sur la place Saint- Sulpice : ou j fondait de l'étain et du plomb. Tout près du péristyle du théâtre de l'Odéon, une charrette supportait deux tonneaux de poudre défoncés. Ces tonneaux venaient delà poudrière du Jardin des Plantes. Deux élèves de L'Ecole polytechnique, MM. Liédot et Millette, y plongeaint incessamment leur chapeaux qu il> retiraient pleins de poudre.
LOUIS BLANC
Pendant la distribution qui se faisait avec une imprudence héroïque, M. Lothon fut nommé par acclamation général en chef de cette petite armée. Mais un inconnu, ayant réclamé le commandement en qualité d'ancien militaire, M. Lothon lui céda gaîment l'autorité. L'inconnu ceignit Une écharpe rouge ; le tambour battit un ban, et toute la colonne s'ébranla. Elle était composée d'un millier d'hommes.
Trente ou quarante combattants s'en détachèrent pour prendre , sous la conduite de M. Lothon, la route du Pont-Neuf. Ils traversèrent la Seine et allèrent déboucher , par la rue Saint-Thomas du Louvre, sur la place du Palais-Royal. Là ils furent accueillis par un feu très vif et reculèrent. M. Lothon, pour ramener son monde au combat, s'avança tout seul sur la place ; mais il n'avait pas fait vingt pas qu'une balle l'atteignit à la tète et le renversa évanoui sur le pavé. On ne le releva que longtemps après : son chapeau d'uniforme était cribé de balles.
Un autre élève de l'Ecole, M. Baduel, conduisait aux Tuileries un détachement de vingt-cinq ou trente hommes : un coup de mitraille l'étendit par terre presqu'au pied de T Arc-de-Triomphe .
Le grand rassemblement duquel ces deux bandes s'étaient détachées, se porta sur la caserne, il se divisa en trois colonnes. L'une se présenta par la rue où la façade est située ; l'autre alla droit à la porte d'entrée par une rue qui lui est presque perpendiculaire ; la troisième s'avança par derrière , dans une allée que formaient alors en grande partie des murs de jardin. Cette troisième colonne que commandait M. Charras, et qui était d'environ 200 hommes, ne s'était pas plutôt engagée dans l'allée, que, d'une maison en construction située à droite en entrant, partit uni' vive fusillade. Trois hommes tombèrent ; cinq tambours, qui battaient la charge, prirent la fuite ; un ouvrier, en abattant son arme, Ina relui qui marchait devant lui ; le désordre se mil dans la colonne, et elle se
replia précipitamment surelle-même. M. (-haïras se jeta en avant, son chapeau an bout de
f son épée, et suivi par un homme du peuple nommé Besnard, qui agitait avec enthousiasme un drapeau tricolore. Le feu des Suisses redoubla ; heureusement, quelques tirailleurs parisiens parurent aux fenêtres des maisons voisines, et se mirent à faire feu à leur tour sur les Suisses avec tant de succès, que ceux-ci, abandonnant la maison en construction, regagnèrent la caserne à travers les jardins. Charras, Cantrez , autre élève de l'Ecole polytechnique, et Besnard, s'avancèrent de nouveau, suivis par quelques ouvriers, et bientôt après, par la masse. Des tirailleurs s'établirent dans les jardins et sur les toits d'une maison voisine de la caserne, qui se trouva ainsi attaquée de toutes parts. Les Suisses avaient garni toutes les fenêtres de matelas et se défendaient en désespérés. Les assaillants, de leur côté, presque tous ouvriers, soutenaient le feu avec l'intrépidité la plus étonnante. A leur tète combattaient troisélèvesde l'Ecole : MM. Vanneau, Lacroix et d'Ouvrier. Le premier reçut dans le front une balle qui l'étendit raide mort ; les deux autres furent grièvement blessés. Un étudiant, M. Alphonse Moutz, eut la cuisse traversée d'une balle , et mourut cinq jours après de sa blessure. Un professeur de mathémathiques, M. Barbier, fut atteint au bras gauche. D'autres tombèrent, dont les noms sont restés obscurs : ils étaient du peuple, ceux-là !
L'attaque duraitdepuis trois quarts d'heure, lorsqu'un combattant eut l'idée d'apporter de la paille devant la porte de la caserne. < mi y mit le feu, et les Suisses prirent la fuite à travers les coups de fusil. Quelques-uns refusèrent noblement et de se sanver et de se rendre : ils furent tués. De ce nombre était le major Dufay. Les tambours battirent le rappel ; la colonne se reforma dans la rue de Sèvres et marcha sur les Tuileries.
Mais déjà le palais des rois était au pouvoir du peuple. Le Louvre, qu'on avait érigé en forteresse, était pris. Voici comment s'était accompli cet événement extraordinaire.
l'ne grande masse d'assaillants débou-
chant par toutes les ruelles qui avoisinent l'église de SaiiH-Germain-l'Auxerrois, s'était avancée vers le Louvre, que quelques jeunes
gens avaient parlé de prendre musique en tète : bizarrerie poétique ! Les Suisses, postés dans la colonnade, faisaient un feu épouvantable, auquel les Parisiens répondaienl avec vigueur.
Le duc de Raguse était pendant ce temps sur la place du Carrousel, disposant tout pour un terrible et dernier combat. On vint lui apprendre que, sur la place Vendôme, les soldats étaient en communication avec le peuple; que leur fidélité chancelait; qu'une défection était à craindre. Aussitôt le maréchal résolut de soustraire les deux régiments au contact du peuple, de les faire filer vers la place Louis XV et les Tuileries, et de les remplacer par des Suisses, ceux-ci n'ayant ni frères ni parents dans le peuple qu'il s'agissait de mitrailler. Il appelle son aide-de-camp, M. de (luise : « Courez vers M. de Salis, et « qu'il m'envoie l'un des deux bataillons « qu'il commande : l'autre suffit pour garder • le Louvre.
Quand cet ordre parvint à M. de Salis, il y avait des Suisses dans la cour du palais; il y en avait dans la colonnade. Ces derniers étaient seuls exposés au feu. M. de Salis, voulant opposer au peuple des troupes fraîches, prit le parti d'envoyer au duc de Raguse le bataillon qui combattait, en mettant à sa place celui qui n'avait pas encore combattu. Mais, par une préoccupation singulière, au lieu de faire monter d'abord dans le Louvre le bataillon qui était dans la cour, il commença parfaire descendre celui qui garnissait la colonnade. Le peuple voit le feu des Suisses s éteindre; il n'aperçoit plus d'ennemis devant lui. Un courageux enfant était déjà monté par un tuyau de décharge et avait piaulé nu drapeau tricolore sur le Louvre. Quelques combattants passent à travers une grille restée ouverte, pénètrent dans les salles abandonnées, courent aux fenêtres donnant SUT la COUr, et font feu sur 1rs Suisses. Ces mercenaires intrépides s'étonnent, prennent l'alarme : les souvenirs du 10 août, tradition
redoutable et sanglante, revivent dans leur esprit effrayé; ils si; précipitent les uns toi les autres et traversent le Carrousel à la course. Pendant (■>' temps le peuple tire des coups de pistolet dans les serrures, ébranle les postes à coups de Ion-lie, et inonde le Louvre de tous côtés, tandis qu'une partie des combattants s'élance a la poursuite des fuyards. Humilié, le rouge au front et la rage dans le cœur, le duc de Raguse essaie de rallier ses soldats; il en ramène quelquesuns dans la cour des Tuileries ; mais le désordre était immense. M. de Cuise, qui avait son sabre à la main, le perdit dans cet borrible pêle-mêle, et ne le retrouva que beaucoup plus loin, suspendu à la gourmette d'un cheval de gendarme. Les coups de fusil se succédaient rapidement; les hommes du peuple arrivaient frémissants et animés par le succès. Les Suisses gagnent le pavillon de l'Horloge, le passent en tumulte, se répandent dans le jardin des Tuileries. Leur épouvante, se communique aux troupes qu'on y avaient postées, et qui, à leur tour, entraînent les régiments stationnés sur la place Louis XV. Parmi ces soldats en fuite, les uns, dans leur trouble, arrachaient leurs épaulettes, les autres se débarrassaient précipitamment de leur uniforme ; quelques ofliciers, entraînés par ce Ilot irrésistible, brisaient leur éjiée avec désespoir. Lu un instant, la déroute était devenue générale, et l'armée du roi battit en retraite à travers les Champs-Elysées.
Au moment où les troupes parcouraient ainsi la ligne qui s'étend du Louvre à l'Arcde-l'E toile, une fenêtre s'ouvrit lentement à l'angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint- Florentin. « (Mi! mon Dieu! que faîtes-VOUS, « .Monsieur Keiser. s'écria du fond (l'un ap- .* parlement somptueux, une \oi\ frêle et « sénile? Vous allez faire piller l'hôtel! — .. Ne craignez rien, répondit M. Keiser. les « troupes battent en retraite, mais le peuple « ne songe qu'à les poursuivre. — Vraiment ! « reprit M. de Talleyrand; •> et, faisant quelques pas vers la pendule : « Mettez en note. < ajonta-l-il d'un ton solennel, que le :27 juil-
LOUIS BLANC
« let 1830, à midi cinq minutes, la brandie « aînée des Bourbons a cessé de régner sur « la France. » C'était sonner un peu prématurément les funérailles de l'ancienne monarchie. Mais prédire les grandes infortunes, pour les trahir ensuite, était la vanité de cette âme sans foi.
Tandis que la foule qui avait envahi le Louvre se précipitait, par la longue galerie du Musée, vers le palais des Tuileries, MM. Thomas, Bastide, Guinard, Joubert, Cauja, y entraient par le guichet du Pont- Royal. En un moment, la demeure royale fut occupée tout entière par les Parisiens, et un drapeau tricolore fut planté par Thomas et Joubert sur le sommet de l'édifice. Un combattant ouvrit au général Bertrand une des grilles du jardin des Tuileries, et le compagnon d'exil de l'Empereur entra en pleurrant dans ces lieux où il n'avait point pénétré depuis 181 S.
Dans les salles du palais, le peuple brisa des statues de rois ; des portraits de princes lurent déchirés avec la pointe des piques ou des baïonnettes, et quelques ouvriers emportèrent chez eux, pour tout trophée, des lambaux de toile peinte. Dans la salle des maréchaux, les vainqueurs couchèrent en joue certains portraits qui rappelaient des souvenirs de trahison, mais plus d'une tête se découvrit avec respect devant celui de Macdonald, que la fortune croulante de son bienfaiteur avait trouvé fidèle en 1814. Un grand nombre d'ouvriers s'étant installés dans la salle du trône, chacun d'eux s'assit sur le trône à son tour, puis on y plaça un cadavre.
Cette prise de possession présenta, pendant quelques heures, un inconcevable mélange d'héroïsme et d'insouciance, de bouffonnerie et de grandeur. On vit des hommes du peuple passer sur leur chemise ensanglantée des robes à fleurs qui avaient serré la taille des princesses. Us se promenaient dans oet accoutrement bizarre, raillant ainsi leur propre victoire, entre leur misère de la veille et leur misère du lendemain.
Mais le bruit s'étant répandu que les portes du Louvre el des Tuileries étaient ouvertes à
tout le monde, des hommes de conditions diverses y accoururent. Dans ce pèle-mèle, beaucoup de vols élégants furent commis. Les objets qui ont disparu et n'ont pas été retrouvés, étaient en général des livres rares, des éditions de luxe, de chastes pantoufles, une foule de bagatelles charmantes, tout ce qui est de nature à tenter la cupidité des âmes délicates. A part cela, peu de dégâts eurent lieu. L'homme riche allait à l'homme pauvre, et lui disait : « Mon ami, tu as un « fusil, veille sur ces armoires splendides. « — C'est bien, répondait l'homme pau- « vre. » Et il se serait fait tuer plutôt que de manquer à cette consigne. Un jeune homme s'était emparé d'un chapeau royal que garnissaient des ornements d'un grand prix. Des gens du peuple l'aperçoivent et l'arrêtent : « Où allez-vous ainsi ! On ne vole « pas. — C'est un souvenir que j'emporte. « — A la bonne heure ; mais, dans ce cas, la « valeur de l'objet importe peu. » En disant ces paroles, ils prennent le chapeau, le foulent aux pieds et le rendent au jeune homme. Le peuple se surveilla donc parfaitement luimême. Un ouvrier, nommé Mùller, avait été préposé à la garde d'objets précieux par le Conservateur du Musée, M. de Cailleux. Il remplit ses fonctions noblement, avec fatigue, avec péril. Quelques jours après, quand l'ordre fut rétabli, un ouvrier, nommé Millier, se présentait chez M. de Cailleux pour implorer quelque secours. Il était sans ouvrage et avait faim.
Pendant ce temps, la Seine charriait des livres, des chasubles, des rideaux provenant de l'invasion de l'archevêché ; et une bande à laquelle s'étaient mêlés des pompiers, revenait triomphante de la caserne de Babylone, agitant au bout des baïonnettes les habits rouges des Suisses vaincus. Le peuple avait pénétré violemment dans le musée d'artillerie : on vit donc briller, dans cette insurrection du xixc siècle, le casque de (lodefroy de Bouillon, l'arquebuse à mèches de Charles IX, et la lance de François I'".
Les troupes occupaient encore la cour du Palais-Royal , et des soldats de la garde
étaient rangés m bataille sur la place. Quelques insurgés débouchant par la rue Montesquieu, se précipitèrent courageusement vers la grille qui donne accès dans la cour du
Château. L'un d'eux tomba percé d'une b l'n autre franchit la grille, <-l se trouva seul
au milieu de la garde des Suisses. Mais tel était le caractère étrange de cette guerre que
Chacun d'eux s'assil sur Je trône à son leur, puis on j i
dans (ont combattant le négociateur se confondait avec l'ennemi : l'homme du peuple,
devenu prisonnier, entra aussitôt en pourparlers avec l'officier qui commandait, et la cour du palais fut évacuée.
Dans la précipitation de la retraite, le dinde Raguse avait oublié, rue de llohan. une compagnie du 3" de la garde. Postes dans la maison d'un chapelier, à quelques pas dn Théâtre-Français, les soldats de cette COmpa-
LOUIS BLANC
gnie faisaient feu de toutes les fenêtres sur quelques hommes qui, couverts par les colonnes du péristyle ou par les angles des rues, soutenaient cette lutte ardente avec une inépuisable vigueur. Deux jeunes gens combattaient, côte à côte. L'un d'eux est mortellement frappé. L'autre, qui chargeait son fusil, continue, en disant à ses camarades, d'une voix sourde : « Si je suis tué, vous « relèverez ce malheureux , n'est-ce pas ? « C'est mon frère ! »
Après un combat meurtrier, la maison est emportée ; le capitaine Menuisier est précipité du haut d'un troisième étage ; on égorge plusieurs soldats, et les autres sont conduits prisonniers à la place de la Bourse. Ce fut un des plus terribles épisodes de l'insurrection : ce fut le dernier.
La résistance avait été opiniâtre : elle provoqua des vengeances. Un soldat s'était caché dans une armoire ; il fut découvert par un manufacturier du faubourg Saint-Antoine, qui le perça de sa baïonnette.
Mais si la victoire, chez quelques-uns, se montra implacable, elle fut, chez la plupart, magnanime et pieuse. Un officier nommé Rivaux, s'étant évadé par les toits, s'était glissé dans l'allée d'une maison voisine, d'où il était entré dans la boutique, déserte en ce moment, d'un layetier. Un auvent renversé lui servit de refuge. Tout à coup des éclats de voix retentissent dans l'obscure allée ; la porte de la boutique s'ouvre. « Il est dans « cette maison, » disaient les visiteurs armés qui avaient envahi la salle. Et ils accompagnaient ces mots des plus horribles menaces. Blotti sous l'auvent protecteur , l'officier entendait tout ; chaque parole retentissait à son oreille comme un arrêt de mort, et il écoutait avec effroi le bruit de sa propre respiration. Mais son haleine agitait autour de lui quelques papiers (remballage et suffisait pour le trahir. Le pied d'un homme vint s'appuyer légèrement sur sou bras ; il se crut perdu, il étail sauvé. - Que faisons-nous ici? « cria rudement celui qui venait de le « découvrir. Allons visiter la maison. » Il sortit, entraînant ses camarades. et revint un
instant après chercher l'oflicier, qui lui dut la vie, et disparut à la faveur d'un déguisement. Le lieutenant Goyon, après s'être courageusement défendu d'étage en étage, s'était renfermé dans une chambre avec quelquesuns de ces soldats. Mort à l'officier, criait de toutes parts la foule irritée des assaillants. « Me voilà ! » répondit-il aussitôt, en ouvrant la porte. Frappé de plusieurs coups, il tombe, le visage inondé de sang ; mais deux des insurgés s'élancent vers lui, le prennent dans leurs bras et l'emportent au péril de leur vie. Un autre officier, nommé Ferrand, eut un sort plus funeste. Ses blessures étaient mortelles : il succomba ; mais ce fut un des insurgés qui veilla sur son agonie, reçut son dernier soupir , et se chargea d'exécuter ses volontés suprêmes. L'histoire des révolutions est remplie de traits semblables. Ils prouvent que les grandes crises, en surexcitant les diverses puissances de l'âme, agrandissent en tous sens la nature humaine.
Deux heures après, un des combattants du Louvre, le docteur Delaberge, regagnait son domicile, lorsqu'il rencontre dans la rue Neuve-des-Capucines un homme qu'il eut de la peine à reconnaître, tant sa figure était blême et ses yeux hagards. M. Casimir Périer court à lui et le conjure de sauver des gendarmes qui s'étaient réfugiés dans l'hôtel des affaires étrangères et contre lesquels on poussait des cris de mort. Le docteur Delaberge pénètre dans l'hôtel ; il était suivi de quelques hommes déterminés. Il trouve, en clfet, dans l'office, dix-huit gendarmes qui avaient dépouillé l'uniforme et s'attendaient à être massacrés. Il leur fait revêtir des habits de bourgeois, et tandis qu'il se présentait à la porte qui donne sur le boulevard et tenait la multitude attentive à sa parole, les malheureux s'évadaient par la porte qui s'ouvre sur la rue des Capucines.
Vers le même temps on vit arriver sur la place de la Bourse deux grandes caisses que recouvrait une toile grise. M. Charles Teste, qui occupait alors le palais de la Bourse, les lit découvrir : elles contenaient L'argentérie du ('bateau et les ornements les plus