IV
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sé68. a demandait toute la Syrie et le pachalik d'Adana. Halil accepta ces conditions, sauf la sanction du divan, et Méhémet-Ali envoya ordre à son fils de s'arrêter i Kutaya.
Le retour du général Mourawieff à Constantinople, où il venait répandre la nouvelle de la paix prochaine, et la halte d'ibrabim, changèrent' encore une fois la face des choses. Les secours russes furent contremandés.
Sur ces entrefaites, l'amiral Roussin arriva comme ambassadeur à Constantinople. 11 y apportait d'autres idées qpie M. de Yarennes. Toute la politique de M. de Yarennes avait consisté à écarts la Russie des rives du Rosphore, sans entrer précisément dans la questicm turco-égyptienne. L'amiral Roussin arrivait en Turquie avec des vues plus complètes ; il y arrivait résolu à la défendre tout à la fois contre la Russie et contre Méhémet-Ali. C'était renoncer aux bénéfices que la France attendait de la consolidation de son influence en Egypte; mais, outre que les éléments de cette influ^ce avaient été fort mal analysés, le système de l'amiral Roussin avait l'avantage d'être net et logique» Puisqu'on ne parlait même pas de reconstituer par Méhémet-Ali l'unité de la Turquie, et qu'on la regardait, maintenue dans son intégrité, comme une digue opposée aux Russes, comme un boulevard nécessaire de l'Europe occidentale, il fallait évidemment refouler Méhémet-Ali en Egypte : d'abord poùr enlever tout prétexte aux Russes d'intervenir, et ensuite pour ^pêcher l'irrémédiable affaiblissement de l'empire, coupé en deux.
Malheureusement, l'amiral Roussin ne devait être en Turquie que le représentant de ses propres idées. Par une insouciance' vraiment inouïe dans les fastes de la diplomatie, pendant que le gouvernement français envoyait à
Constantinople un ambassadeur pénétré de la nécessité de protéger Mahmoud contre Méhémet-Ali, ce même gouyernement avait, pour consul général à Alexandrie un homme convaincu de la nécessité d'agrandir Méhémet-Ali aux dépens de Mahmoud. Jamais plus pitoyable anarchie ne s'était introduite dans les relations extérieures d'un grand peuple. Les conséquences ne se firent pas attendre.
L'amiral Roussin était entré à Constantinople le 17 février 1833. Son premier soin fut de demander au reiseflfendi une entrevue que, malgré la solennité du Bairam, il obtint sans peine. La rudesse du marin s'alliait chez lui à la dignité de l'ambassadeur : il exigea impérieusement que les secours russes fussent contremandés, et on loi donna sur ce point toutes les assurances convenables.
Mais la Russie avait pris ses mesures pour ne pas recevoir à temps les contre-ordres, et le 20 février, trois jours après l'arrivée de l'ambassadeur français, une escadre russe de dix bâtiments de guerre entrait dans le Bosphore.
L'ambassadeur français déclara aussitôt que, si l'es* cadre n'était pas renvoyée, il suspendait le déchargement de ses bagages. La Porte répondit qu'elle s'empresserait de renvoyer les Russes, si, de son côté^ l'amiral Roussin sauvait Constantinople d'Ibrahim. Il s'y engagea par écrit le 21 février, prit sur lui de conclure la paix aux condi-^ tions que Halil avait portées à Alexandrie, et, fidèle à sa promesse, il écrivit à Méhémet-Ali, pour le sommer de se contenter des pachalicks de Seydè, de Tripoli, de Jérusalem, de Naplouse, une lettre pressante et hautaine.
Rien n'est plus ofiTenaant et plus téméraire que l'impuissance qui menace. L'amiral Roussin avait, pour t<mte flotte, le navire qui l'avait amené ^ et, le consul de France
à Alexandrie, M. Mimaut, secondait de son mieux les vues du pacha d'Égypte. Enhardi par la faiblesse réelle de la France à Constantinople, faiblesse que dissimulait mal l'orgueil de notre attitude, et encouragé par l'étrange désaccord qui régnait entre les représentants dix Cabinet des Tuileries, Méhémet-Ali n'hésita pas à résister à notre ' ambassadeur. Dans une réponse mesurée, mais ferme, il lui Gt savoir qu'il n'était pas le moins du monde disposé à perdre lé fruit de ses conquêtes. En même temps il soumettait à l'attention des chancelleries de l'Europe une note dans laquelle il s'attachait à prouver que, sous l'administration anarchique du sultan, la Syrie n'était qu'une plaie creusée dans les flancs de l'empire ^ que la Syrie ne pouvait redevenir prospère et forte que par l'action d'un gouvernement régulier comme le gouvernement égyptien ; que c'était par conséquent bien mal servir les intérêts de l'empire ottoman, dont il était, lui Méhémet-Ali, le soutien le plus sincère, que de vouloir relever entre la Syrie et l'Égypte une barrière désormais impossible. Ce n'était là qu'un sophisme, mais il effaçait les projets ambitieux du pacha sous des apparences de modération et de sagesse qui devaient naturellement plaire à l'Europe, et qui étaient tout caractère de vaine bravade au refus dont l'amiral Roussin venait d'affronter l'humiliation.
Cette humiliation était grande et ne fut pas tout-à-fait compensée par l'heureux succès de l'énergie que l'ambassadeur français déploya dans l'affaire de Smyrne. Pour faire passer cette ville sous le pouvoir égyptien, il avait suffi d'un homme qui s'y était présenté au nom d'Ibrahim. L'amiral Roussin envoya sur-le-champ au consul de France à Smyrne l'ordre d'abaisser son pavillon 5 et, la présence