‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 82 sur 140 · IV · texte numérisé non relu

IV

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ymr Tamiée insultée m sa personne ; il résiste, et, ft^ê^fepcevant que sa résistance ne triomphera pas, il la feit porter sur le choix du gouverneur.

MM. Thiers et Guizot avaient jeté les yeux sur M. Do^ eazes, qui leur était recommandé par son importance pcditique, par son expérience dans le maniement ém hommes, par les services qu'il avait rendus, sous la Restauration, à rOpposition des quinze ans, et aussi par ses embarras de fortune. Mais M. Decazes avait pour ennemi déclaré, dans la Chambre des pairs, M. de Sémonville, familier du maréchal Soult, qu'il dominait. M. deSémonvitte détourna de M. Decazes, pour le dnriger sur le duc de Bassano, le choix du ministre de la guerre. Qu'on juge de la surprise de MM. Thiers et Guizot lorsque le duc de Bassano leur fut proposé ! Aucune antipathie personnelle ne les éloignait de ce personnage, mais sa capacité leur était plus que suspecte. Le maréchal insistant pour le dw dé Bassano, ils insistèrent plus que jamais pour M. Decazes : et le Conseil resta ouvertement divisé.

Le roi, qui ne voyait pas jour à faire tourner au profit de son gouvernement personnel un débat où le maréchal Soult était d'un côté, MM. Guizot et Thiers de l'autre, le roi, pour amortir la querelle, imagina de faire un voyage au château d'Eu, sa retraite de prédilection. Les noms de MM. Decazes et de Bassano cessèrent en effet d'être prononcés 5 mais, si le conflit n'existait plus, l'aigreur survivait. Impatient de se débarrasser du ministre de la guerre, M. Guizot pressa M. Thiers de s'unir à lui dans ce but, lui représentant que le maréchal était, dans le Conseil, une cause permanente de division ^ à la Chambre un embarras. Et M. Thiers d'hésiter. « Un maréchal de France est i

« ménager, » disait-il d'un air pensif, il consentit néanmoins à se prêter, au moins passivement, aux répagnancds de son collègue ^ et ce fut avec son assentiment que M. Guizot partit pour le château d'Eu, où le roi Tayait derancé.

Le roi tenait au maréchal Soult, d'abord parce qu'il avait en lui un ministre aussi docile que laborieux, ensuite parce qu'il le jugeait seul propre à appuyer fortement le trône sur l'armée. D'ailleurs , il s'agissait d'offenser uh homme qui avait marqué dans la guerre , même à une. q)oque où Napoléon rendait tout obscur autour de sa gknre ; et Louis-Philippe avait coutume de dire en pariant du maréchal Soult : « Il me couvre. »

Par tous ces motifs, les démarches de M. Guizot étaient hasardeuses. Le roi veut s'en expliquer avec M. Thierd ; et, sur un courrier qu'on lui dépêche en toute hâte, le ministre de l'intérieur se rend auprès de son collègue et auprès du roi. La discussion fut longue ; mais M. Thiers s'étant fait fort de décider le maréchal Gérard à entrer dans le Cabinet, si, préalablement, le maréchal Soult en était exclu, le roi céda. Le président du Conseil fut donc censé avoir donné volontairement sa démission. M. de Sémonville fut châtié à son tour, et les ministres vainqueurs trouvèrent plaisant de lui donner pour successeur dans la dignité de grand-référendaire de la Chambre des pairs, ce même M Decazes , qu'avait retenu à Paris son imprudente inimitié.

Les journaux de l'Opposition s'épuisèrent en vaines conjectures sur les causes de la retraite du maréchal Soult, retraite dont on n'avait eu garde de livrer le secret aux commentaires de la malignité des partis . Interrogéepar

la polémique, la presse ministérielle motiva sans scrupule la démission du vieux guerrier sur le dépérissement de sa santé, résultat de ses fatigues. La vérité est qu'il fut ren^ versé par ses collègues. Sa haine contre les doctrinaires s'en accrut ; et M. Thiers, sur lequel il avait un instant compté, lui étant devenu particulièrement odieux , des propos pleins de fiel témoignèrent de son ressentiment.

M. Thiers n'avait pas trop présumé de son influence sur le maréchal Gérard. Il finit par l'entraîner dans le Conseil, où l'attendait la place de son ancien compagnon d'armes. On était au 18 juillet 1834. Le maréchal Gérard ne se sentait aucun goût pour le Pouvoir : il se décida par l'espoir d'honorer son passage aux affaires en faisant décréter une amnistie générale. M. Thiers lui laissa entrevoir que ses désirs à ce sujet pourraient être réalisés -, mais aucun engagement positif ne fut pris, et il n'y eut pas de délai assigné. Or ici commence une série de complications plus curieuses encore et plus instructives que celle dont nous venons d'esquisser la physionomie.

On a vu de quelle manière, obéissant à une colère imbécile, le ministère avait été amené à charger la pairie de cet effrayant fardeau : le procès d'avril . Cette faute, une des plus grossières qu'un gouvernement ait jamais commises, éclatait déjà dans ses conséquences. Les tentatives faites en 1834 sur divers points du royaume n'étant considérées que comme les épisodes d'un même complot, il avait fallu donner à l'accusation des proportions colossales. Il avait fallu, pour rassembler les matériaux du procès, déployer un faste d'inquisition vraiment sans exemple. On entassa poursuites sur poursuites , arrestations sur arrestations. Deux mille personnes furent appréhendées, quatre mille

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témoins interrogés, dix-sept mille pièces mises sous les yeux des commissaires-instructeurs !

Décréter l'amnistie en de telles circonstances, c'eût été faire acte tout à la fois de sagesse et de générosité. Aussi l'idée n'en fut pas plutôt émise qu'elle s'empara irrésistiblement de l'opinion . La presse y puisa son thème favori ; elle prit place dans les entretiens de salon -, elle occupa les loisirs de l'atelier ; si elle éveilla parmi les captifs quel-r ques sentiments de fierté rebelle, d'autre part elle agita d'une douce espérance leurs enfants, leurs femmes et leurs mères 5 enfin, les amis les plus modérés du gouvernement crurent le moment venu pour lui de renoncer avec honneur à un procès impossible et de cacher sa haine dans sa clémence.

^ Mais c'est la maladie des gouvernements faibles de se méprendre éternellement sur la nature et les caractères delà force. La force! rien ne la prouve mieux que le pouvoir de se montrer clément avec impunité -, et ceuxlà font de leur faiblesse un aveu bien humiliant, qui se déclarent hors d'état d'être généreux sans péril.

Voilà ce que seul comprit dans le Conseil , le maréchal Gérard -, et, chose singulière ! son principal adversaire ne fut pas M. Guizot, ce fut M. Thiers. M. Thiers était loin d'être cruel, pourtant -, et il avait assez de largeur dans respritpour savoir qu'en fait de répressions violentes, tout çie qui n^est pas absolument nécessaire est nuisible. Mais il s'était abandonné aux entraînements d'un amourpropre qui ne fut pas exempt d'enfantillage. Parce que la presse demandait l'amnistie avec hauteur, parce que les répuMifg^ÎBS m danger dédaignaient fièrement de la de- ^Bîaîiaer, il s'était persuadé qu'il y aurait à l'accorder

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manque d'àiergie, manque de courage; et quoiqu'il n'aimât point à courir après l'impopularité, à la façon de M. Gutzot, c'est-à-dire fastueusement et avec l'affectation da dédain, il s'oublia, cette fois, jusqu'à savourer plus complaisamment que M. Guizot lui-même les jouissances de rimpopularité bravée. Le roi, d'ailleurs, repoussait l'amnistie. Or, comme il était convenable que, dans une question aussi délicate, le roi s'efiEetçât le plus possible, M. Tbiers se plaisait à « le couvrir. »

Le maréchal Gérard, de son côté , avait noblement lié son existence ministérielle à l'adoption de l'amnistie, et les encouragements ne lui manquaient pas . 11 s'était formé depuis peu , à la Chambre, au sein de la majorité, une petite ligue de prétendants connue sous le nom de tierspartij et qu'on aurait mieux fait de nommer parti de l'intrigue. Ennemi de la gauche par ses idées, et des ministres par son ambition, le tiers-parti s'usait à faire sournoisement la guerre aux portefeuilles. Il poussa le maréchal Gérard à tenir bon, convaincu que diviser le Cabinet c'était le dissoudre.

L'allure des journaux fut en général plus franche ; et le maréchal Gérard, soutenu par la presse, compta au nombre de ses partisans les plus résolus le Constitutionnel feuille qui exprimait les sentiments d'une portion notaMe de la bourgeoisie. Directeur du Constitutionnel ^ M. de Saint-Albin y publia, sur la mesure en discussion, une lettre vive, chaleureuse, qu'il signa, et qui tranchait avec le ton ordinaire de la polémique. 11 cita ces belles paitdes d'un empereur romain : «c Je ne voudrais pas qu'on « me crût tant d'ennemis. » 11 rappela en quels termes le Vieux eorddier avait protesté contre le Vœ victis révolu-

tÎMoaire \ et il évoquait, pour la hèmTy la nénoire de

Camille Desmoulins, s^écriant, à deux pas de récbefiiid, ^ au risque d'y monter pour avoir voulu rabattre : « 1ns- « UiooQS un Comité de démence.

Cependant, le maréchal Gérard se laaeait et s'iadignaH d'une résistance à laquelle il ne s'était pas attendu. A bout de patience, il fit rédiger sous ses yeux, par M. Lîf^ f uet, une note ayant pour but d'amener le Conseil à se prononcer. Les avantages de l'amnistie étaient développés dans cette note avec un sens profond, et le maréchal Gérard y ouvrait son àme tout entière. Il n'hésitait paaà y déclarer qu'il échangerait volontiers contre l'honneur d'airoir consolé tant de pauvres mères, une partie du renom guerrier qu'il avait acquis sur les champs de bataille au I»rix de son sang. La note se terminait par le récit d'une anecdote caractéristique et touchante. Après la victoire de Marengo, Bonaparte demanda à ses officiers à quelles causes ils attribuaient ses succès ^ les uns parlèrent de son habileté dans la direction des aSaires du dedans, les autres de ses batailles gagnées ^ mais lui : « Tout m'a réussi, <( répliqua-t-il, parce que je suis pour tout le monde une u vivante amnistie. »

La leçon était frappante et les circonstances la rendaient solennelle. Car enfin l'amnistie n'était-elle pas impérieusement commandée, même par cette jfiolitique qui se foit gloire d'être sans entrailles? Y avait-il prudence à remuer les cendres de la guerre civile, à faire discuter devant le peuple attentif la révolte du pauvre contre le riche, à in- <iiquer de quelle sorte on ébranle la fidélité militaire, à ^Miffler sur tant de haines mal éteintes? Et quelle toikt 4e Conduire la foule dans cette rue XransMnai% toute

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remplie d'assassinats, devant ce fatal et trop célèbre nu^ méro 12?

Inutiles considérations ! On voulait paraître fort 5 on tremblait de se montrer pusillanime. Et puis, sMl faut tout dire, on enviait au président du Conseil l'honneur d'avoir fait prévaloir un système que l'opinion n'attribuait qu'à lui seul. L'amnistie décrétée, les amis du général n'auraient-ils pas crié partout : « M. Gérard l'emporte enfin; « il a vaincu ses collègues, il a vaincu le roi. » ? Là se trouve, pour quiconque sait le cœur humain, la véritable cause, la cause philosophique du rejet de l'amnistie. Car, quant aux raisons par lesquelles on la combattit, rien de moins sérieux. On osa prétendre que, au point de vue de la constitution, le roi ne pouvait pas faire avant la condamnation, ce qu'il pouvait faire aprè^ par l'usage du droit de grâce : argutie qui ne méritait pas d'être réfutée! chicane de procureur opposée à des vues d'homme d'État ! On fit semblant de craindre l'indignation de la magistrature souveraine, sj on lui arrachait ses justiciables; delà garde nationale, si on dérobait à ses rancunes ceux qui avaient troublé son repos ; sophisme qui calomniait la France ! Les motifs réels, on eut soin de les taire : nous les avons exposés. Le projet d'amnistie fut donc repoussé définitivement, et le maréchal Gérard sortit du ministère.

Cette retraite ouvrant la brèche aux ambitieux, les plus pressés coururent à l'assaut du Pouvoir, et les antichambres du Château, les couloirs du Palais-Bourbon, les bureaux des ministères, les salons politiques, devinrent autant de foyers d'intrigues. Le tiers-parti était en émoi. Déjà les subalternes dressaient de nouvelles listes, et composaient \é ministère de leur désir. Plus circonspects^ les

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chefs faisaient effort pour se défendre d'une impatience cynique; mais ils jouissaient du mouvement dont ils étaient le centre, et, avec toute la joie de l'orgueil vengé, MM. Dupin a!né,Passy, Sauzet, se laissaient porter par le flot de tant d'agitations diverses. Alors se produisirent, sur la dernière adresse votée par la Chambre, des commentaires ayant pour résultat inévitable et prévu, d'offenser les ministres, de les piquer au jeu, de pousser leur orgueil à quelque éclat téméraire, et de jeter des nuages sur l'appui qu'ils devaient désormais attendre de la majorité. L'adresse avait parlé de la réconciliation des partis, devenue désirable : n'était-ce pas crier aux ministres que leur politique avait été follement cruelle? L'adresse avait recommandé à la Couronne le choix d'agents fidèles cl éclairés : nul doute qu'il n'y eût là une allusion blessante ! L'adresse avait manifesté l'espoir que le budget serait ramené à de moins funestes proportions : comment ne pas deviner la pensée de blâme cachée au fond de cette leçon d'économie? Ces discours échauffent les esprits, enflamment les ambitions, et tout semble se préparer pour un changement.

Les ministres ne s'émurent pas. Dans l'énivrement où les avaient plongés leurs victoires récentes, ils souriaient des prétentions du tiers-parti et de sa turbulente faiblesse. Ils se persuadaient volontiers qu'une fois au pouvoir, le tiers-parti fléchirait sous un aussi lourd fardeau et ne tarderait pas à tomber au bruit de la risée publique. Telle était même à cet égard leur conviction, qu'ils résolurent d'abandonner momentanément leurs portefeuilles. « Qu'on prenne nos rivaux è l'essai, se disaient-ils : la bourgeoisie, conviée au spectacle de leur impuissance, n'en sentira

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que mieux ce qu'ils valent, et combien est l^tuoe notre droit à la conduire* D'ailleurs^ l'opposition de œs hommes nous fatigue, elle nous harcèle de plus en plus, elle finirait par nous créer des obstacles sérieux. Réduisons-la au silence par une retraite qui, mutant au grand jour l'inféri(H*ité de nos adversaires, ne servira qu'à nous foire rentra au pouvoir d'une manière triomphale. >»

Ce projet devait plaire à M. Guizot, dont il remuait l'àme dédaigneuse. M. Thiers, de son côtéi, soupirait afarès quelques jours de repos. Car il se lassait aisément du pouvoir, précisément parce qu'il était dans sa nature de l'ex^cer avec beaucoup d'ardeur. Le Cabinet allait donc se dissoudre. Mais, parmi les ministres, il y en avait un qm n'entrait pas dans le plan de ses collègues : c'était M. Persil, garde-des-seeaux. Ministre de la veille, il lui en coûtait de faire, après une carrière si courte et sur un espoir incertain, le sacrifice de son ambition. Aussi sa résistance fut-elle opiniâtre, et, lorsque ses collègues ofib-irent leur démission, il s'engagea entre lui et M. Thiers, en présence <lu roi, un débat d'une violence extrême.

La crise ministérielle, comme il arrive souvent, se traiaa pendant plusieurs jours de péripéties en péripéties. Bien <iue le ministère, ainsi que nous venons de le dire, caressât avec complaisance* l'idée de couvrir le tiers-parti de ridicule en lui faisant place, on essaya diverses combiBaîsons en vue du maintien du Cabinet. Mais à qui eo confier la direction? C'était là, sans ocmtredit, la plus grande des difficultés. M. Thiers était trop jeune, à cette époque, il était trop nouveau dans les affaires, pour qu'oft songeât à l'élever à la présidrace du Conseil. M. Cuîzot, il cause de son importance et de son âge, aurait pu pré-

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teaire à cette dignité; mais il était doctrinaire. Or, quoique cette qualification n'eût pas de vrai sens politique, quoiqu'elle exprimât une manière d'être plutôt qu'une maniée de penser, il s'y attachait je ne sais quel vernis d'inir popularité tout-à-fait indélébile. Aussi n'était-il question delà présidence, ni pour M. Guizot, ni pour M. Thiers. Et dès-lors quel parti prendre? Ils ne saluaient dans personne la supériorité du talent, ils n'auraient accepté que celle du nom : il fallait donc trouver un personnage à la suite duquel ils pussent marcher sans trop sacrifier leur orgueil. Mais le maréchal Gérard se retirait, le maréchal Soult venait de tomber sous leurs coups, M. de Broglie était odieux au roi : que faire? Restait M. Molé. On conçut un moment l'espoir de l'attirer, et on parla de lui donner le portefeuille des afiaires étrangères. Nouvel embarras ! Ce portefeuille, M. de Rigny ne l'avait accepté provisoirement que pour laisser entr'ouverte à M. de Broglie la porte du Conseil. C'eût été rendre impossible pour bien long-temps le retour de M. de Broglie que de faire occuper par M. Molé le département des relations extérieures. M. Guizot n'y pouvait consentir.

Au surplus, lui-même, pendant ce temps, il était comme un point de mire pour les ambitieux du parlement et pour 1^ familiers du Château. Tous ils avaient entouré M. Thiers, et tantôt l'irritant par des rapports infidèles, tantôt le flattant à l'excès pour éveiller en lui la jalousie, tous ils le pressaient de rompre avec les doctrinaires. Quel autre moyen avait-il d'asseoir inébranlablement sa fortune politique ? Et quel faux point d'honneur le poussait i subordonner sa destinée à l'ambition de quelques hom.mes gonflés de leur propre mérite et chargés de haines?

Tel était surtout le langage des courtisans, habiles à servir les secrètes pensées du roi. Car le roi désirait avec passion TafTaiblissement du Cabinet. M. Cuizot et M. Thiers, en s'unissant, faisaient trop complètement contre-poids à la volonté royale. On voulait les diviser, les subjuguer l'un par l'autre ^ et le roi comprenait qu'il ne gouvernerait à l'aise que le jour où, entre les hommes les plus influents et les plus capables, le dissentiment serait devenu assez profond pour lui fournir des ministères de rechange. Il serait peu digne de l'histoire d'entrer dans le détail de toutes les manœuvres ténébreuses employées au succès du système delà Cour. Ce que nous venons d'en rapporter suffit pour montrer par quelle pente inévitable le régime représentatif arrivait à n'être plus qu'une plate comédie.

M. Thiers, comme on le verra, finit par être dupe de ces manèges ; mais, dans l'occasion dont il s'agit, on lui doit cette justice qu'il y sut échapper. Il alla même, dans sa résistance, beaucoup plus loin qu'on ne croyait 5 et de son union avec M. Cuizot résulta la combinaison que voici :

M. Thiers, on l'a vu, n'avait repoussé l'amnistie que pour ne pas jouer, à l'égard de l'opinion et du maréchal Cérard, le rôle de vaincu. Il pensa qu'il n'y aurait aucun inconvénient à rappeler le maréchal dans le Conseil en cédant sur la question d'amnistie, si, d'une part, on couvrait ce qu'il y avait de pusillanime dans une telle concession par une mesure qui bravât les partis, et si, d'autre part, on modifiait les formes et le mode de l'amnistie accordée, de manière à ce qu'elle ne passât plus pour l'œuvre exclusive du maréchal et ne pût devenir pour lui une matière à triomphes. Pour atteindre ce double but, M. Thiers avait

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