‹ Histoire de Djouder le pêcheur;Chapitre 6 sur 10 · U HISTOIRE · texte numérisé non relu

U HISTOIRE

crets par le secours de la magie. Grèce à sès leçons» nous possédions Tart de guérir toute espèce de maux. Nos cureâ ont souvent passé pour des miiacics f et Ton nous a attribué la puissance surnaturelle des yoiiics.

« Mous étions donc quatre Irères , ainsi que je te l'ai dit. Notre père s appelait Aljd Elvvoudoud. Le jour où il s'en alla dans la paix de Dieu, nous devîijiues riehes par son héritage. Sa lortune, celle qui consistait en argent, en meubles, ea pierreries, en ellets précieux , les domestiques et les chevaux furent aisément partagés , mais quand il fut ques» tion des manuscrits de sa bihiiotbèquc , nous ne pûmes nous mettre d'accord. De longs débats s'élevèrent au sujet de chaque ouvrage curieux. Ce fut presque uiic laite lorsque Fou vint a se disputer la possession d'un manuscrit intitulé : MéperMre des hautes sciences.

u Ce manuscrit est unique. On ne saurait en éva<* hier le prix; il contient la clef des trésors, le secret des talismans, le moyeu de les découvrir, celui d'en déchiiirer la langue mystérieuse et d'en rendre les caractères impuissants.

« Notre père travaillait sans cesse sur ce manuscrit. C'était le seul peut-être qu il eût refusé d'ouvrir à notre curiosité; aussi chacun de mm désirait-il l'avoir poui- en connaître enfin les mwveiUeux enseignements. La haine nous prenait ^{ft . '

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; au cœur, lorsque, dans la salle où nous étions, entra le vénérable cheik qui avait élevé notre ; père , Tinitiant lui-uicme aux praUqucs de la magie et des sciences cabalistiques. A sa vue nous nous senliaies pénétrés de respect; nous nous leuiLiiues tous la main, après lui avoir donné le salut, et nous demeurâmes en silence.

« Il s'appelait Eikciliyn Elal)thau (le luayieien tiui voit le fond de toute chose).

0 11 demanda le inauubcrit ; nou^ le remîmes entre ses mains. « Vous êtes, continua4-il, les fils de celui « qui M comme mon fils , et je suis maintenant •« conmie votre aïeul; c'est à mol de veiller à ce que « nul de vous ne souflie dommage. Ce m^uscrit ne « peut èlre partagé. A quel titre un seul pourrail-il « l'avoir sans que les trois autres fussent en droit de « se plaindre? Je le propose doue comme le prix de « celui qui saura le mériter. Que celui qui veut en « être possesseur, aille ouvrii' le Uésor de Gh&mar^ « daK dân de m'apporter quatre choses : la sphère, « la boite de kohol, le sabre et le sceau.

« Le sceau a pour esclave un génie , et le génie « se nomme £rraad Ëlkhacif (le tonnerre qui brise). « Dès qu'uu liumme a mis ce sceau à son doigt, ni « empereur ni sultan ne peuvent rien contre lui. * « Songea t-ii ù s'emparer de la terre; les coutinents « et les mers lui appartiendraient.

« Uuant au sabre, celui qui le tirerait contre mie

« armée entière la mettrait aussitôt en déroute, n

« paiicrait au trauchaiit et lui dirait : Tue i des « éclairs de feu sortiraient de la lame et dctrui- * raient mille légions*

« Pour ce qui est de la sphère, s'il prenait faiitui- •t sie au possesseur de Toir toutes les contrées du « monde , il pourrait les cuutenipier à loisii' sans « faire un pas hors de sa place* H tournerait la sphère « du côté où il lui piaillait, et ce point de l'univers, « quel qu'il fût, avec ses habitants, viendrait s'y « reliéter devant lui comme dans un miroir. Lors* « qu'une ville aurait mérité sa colère, il lui suffirait « de présenter le globe au disque étincelant du so* « leil et de souhaiter qu'elle pérît par le feu ; la « ville serait incendiée.

« Je ne dh^ai qu'un mot de la boite de kohol* « Tout homme qui se frottera les yeux avec îa « poudre qu'elle contient, verra , conune si la terre « devenait transparente, les trésors qu'elle cache « dans ses profondeurs.

« Celui de vous qui ne pourra pas ouvrii- le trésor « de Ghàmardal perd ses droits à la possession du « manuscrit. D'un auti^e coté, celui qui réussha dans m cette entreprise et qui me rapportera les quatre « objets précieux, recevra le manuscrit en récom* « pense, »

« Nous acceptâmes la condition. Le cheik ajouta;

« Sachez mahitenant que le trésor de Chàmartlal

« est au pouYOir des enfants du roi Rouge. Je ne

« vous le dissimule pas, votre père tenta mulilement « de s'en rendre maître. H vainquit les enfants du

roi Rouge y niais ceux-ci prirent la fuite, il les : « poursuivit sans relâche et arriva sur leurs pas dans « la terre d*£gypte. U allait enfin les atteindre, lors- : « qu'ils plongcreut sous les cuux du lac Cliàrouii, . « et votre père dut s'arrêter sur le bord , parce ; « que le lac était enchanté.

« VoU e pere revint alUigé de son mauvais succès. « Je le vis alors ; il me confia son chagrin, et, pour « le consoler, je me mis à consulter mes tables. J'y « vis ce que je lui dis alors, ce que je vais vous dire « à vou&-mèmes : Le trésor de Ghàmardal ne peut « ùlre ouvert qu'en présence d^uii jeune Égyptien « nommé Djoud^, fils d'Omar. Nul ne s^emparera • des enfants du roi iiuuge sans y être aidé par Djou- « der. Ce Djouder est un pêcheur. On le trouvera au « bord du lac , et le lac ne cessera d'être enchanté « que le jour où Djouder mettra le pied sur la rive. m Celui qui voudra tenter le sort calculera le temps, •t H ira. Djouder luiatlacliera les mains avec un lacet « de sdie et le jettera dans le lacCest alors que le « hardi idongeur attaquera au fond de Teau les en-

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«. lante du roi Rouge. Si c'est lui que le ciel a dési- « gué, il s'emparera de ses ennemis , autrement il « périra et ses pieds remonteront à la surface du « lac ; mais , s'il sort sain et saut de la lutte, il re- « ])araîtra eu élevant les inaius au-dessus de sa « tète. Toutefois , il faut encore (jue Djouder le ra- « mène au bord avec son filet. »

« Alors deux de mes frères dirent d'une seule voix : « Nous partii'ons, dussions-nous périr !» Je fis cunmie eux. Un seul de nous, Abd Ërrahym, celui qui s'est caché sous le nom d'un juif, déclara qu'il nous laissait les périls et le salaire. Toutefois , nous exigeâmes de lui qu'il viendrait en Egypte avec nous. 11 convint d'y passer sous le costume d'un négociant juif et d'attendre Tissue de nos épreuves» afin que, s'il arrivait mallieur à (quelqu'un de nous» la mule et la valise du mort pussent être rachetées. Maintenant» je n'ai plus rien à Rapprendre. Mon premier frère vint et fut tué. Le second eut le même sort. Plus heureux qu'eux, j'ai lutté contre les enfants du roi llouge et je les ai faits prisonniers.

— Mais où sont donc vos prisonniei^s ? demanda Djouder.

— Ne les as -tu pas vus/ répondit le cavaliex* noir. Je viens de les enfermer dans ces deux étuis.

— Â d'autres ! repax tit le p^hem* ; je n'ai rien

vu que deux puibsoiis.

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— Deux poissons ; mais deux poissons qui cachent deux génies de l'espèce des Afrites. Mille grâces te soient roiulucs pour le secolu ^ (juc tu m'as prôté; mais écoiiie : nous n'avons fait Tim et Fautre que la moitié de notice t&che. Il me reste à ouvik* le trésor de Ghflmardal , et le trésor ne peut être ouvert que devant toi. Veux4u aciiever ton ouvrage ? Viens avec moi. Je f emmènerai jusqu'à la ville de Fez et Méquinez. C'est là qu'est le trésor. C'est là que nous en trouverons l'entrée. Une fois les talismans en ma puissance» tout ce que tu demanderas, je te le donnerai à l uibUiut. J ai perdu deux frères, tu les remplaceras dans ma tendresse , et je serai poiu* toi ce que j étais pom* eux. Si tu consens à demeurer avec moi , ma maison sera la tienne. Je n'aurai rien à moi qui ne t'appartienne également. Si lu aimes mieux retourner vers les tiens, tu seras libre, et tu reviendras satisfait de nos adieux. »

Djouder secoua la tctc : « Seigneur pèlerin, dit-il, on ne marche pas aisément quand on porte une lourde charge. Tandis que vous me parlez de voyager, je secoue les épaules, et j'y sens un fardeau que je ne saurai déposer : ma mère avec mes deux fipères.

« Ma mère et mes frères n'ont que moi pour les faire vivre. Si je les abandonne , qui leur apportera la provision de cliaque jour ?

— N'est-ce que cela? répondit le Maiigrebin. Ne te faut-il qu'un peu d'argent? Parle; je vais te compter mille dinars, que tu remettras à ta mère. Elle se chargera de la dépense commune , jusqu'à ce que tu revieiiiies enricbii' pour jamais la maison. •

Quand Djouder eut entendu prononcer ces deux mots , mille dinars : « Mille dinars ! s'écria-t-il. Je partirai avec vous, seigneur pèlerin; mais combien de temps pourra durer mon absence t

— Quatre mois au plus.

~ Comptez-moi donc la somme , afin que je la ^ laisse à ma mère ; et me voici prêt à vous suivre jusqu'au bout du monde. »

La somme fut comptée. Djouder se hâta de la déposer entre les mains de sa mère , en lui faisant le récit de tout ce qui lui était arrivé avec le cava* lier noir : « Prends ces mille dinars, lui dit41 , êt | emploie-les pour subvenir à tes besoins, ainsi qu'à ceux de mes frères. Quant à mol, puisque Dieu m'a * si bien protégé jusqu'ici, en me faisant la meilleure part dans ces étranges aventures, je suivrai ma

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(leslinée. Le Maugrebin m*cnaaèue avec lui d*ins soupays d'Occident. Je verrai le Magreb; je re^ viendi'ai ici dans qualie mois, et je reviendrai avec la richesse qu'avait notre père Omar ; mais donne* moi d'abord ta bénédiction; car la bénédiction d'une mère est une bonne sauvegarde pour son fils ; il remporte comme un sceau à son doigt> par delà les montagnes et les vaUées» »

La pauvre mère soupira. « 0 mon iils , lui dit-elle, void le premier chagrin que tu causes à t^i mère. Tu me quittes, et je serai triste jusqu'à ton retour» parce que je craindrai pour toi.

— Craindre! reprit Djouder; et que craindre?

Est-H^e qu'il peut arriver maUieur à celui qui s*en va béni par sa mère et qui marche sous rœîl de Dieu? Rassure-toi. Est-ce le Maugrebin qui te fait peur ? Mais le Maugrebin est le meilleur des hommes. 1» Alors il vantait la doiiceur, la générosité de son coiiiiiagiion de voyage, si bien que Fatlmié consentit à laisser partir son fils : « Que Dieu lui donne toujom s ie même cœur envers toi ! Suis-le donc. Peut-être , en effet, est-ce là le commencement de ta fortune. »

Djouder prit coiigé de sa mère , non sans avoir senti sous ses lèvres plus d'une larme qui coulait sur le visage de la bonne Fathiiié ; il avait encore aussi la trace des sienne? le long des joues* lors-* qu'il rejoignit le Maugrebin.

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