‹ Histoire de Don Juan d'AutricheChapitre 10 sur 13 · D'AUTRICHE LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

D'AUTRICHE LIVRE CINQUIÈME

JDoN Juan, par un reste de pudeur, et sans doute pour colorer aux yeux des Etats sa perfidie, leur adressa, le jour même de la prise de Namur, une lettre où il se plaignait que des machinations et des complots con-

ire sa jpersonne Teussent réduit à de pareilles extrémités. Il finissait par déplorer le sort des Provinces, et demandait que Guillaume de Hèze, qui depuis son départ, disait-il, excitait le peuple à la révolte, fût sur-lechamp renvoyé de Bruxelles. Les Belges , malgré ce dernier attentat du prince, ne lui avaient pas retiré toute leur affection : des députés vinrent déposera ses pieds les honî^ mages du conseil, et les vœux que la nation osait encore former pour la paix. Ils U supplièrent de revenir prendre lui-même les rênes^ du gouvemcmeni, ils lui offraient pour sa gpde un corps nombreux et dévoué, et siengageaient à punir avec la dernière rigueur les coiqpable^. Mais don Juan, alors, se trouvait le maître desNamur; de Hierge, le fils du comte de Barlemont, venait de lui livrer une nouvelleplacedesPays-

Bas ; et , dans ces commencemens de prospérké j il ne voulut seressouveoir ni du traité de Gandy ni de Yédit perpétuiL, qu'il ayait jufê comme le pacte fondamental des libei^ tés publiques. Il exige qu'on lui rende unpoi;^ voir sans bomei, et qu'on déclare la gueire à Nassau et aux proyinces {protestantes*

Les États ne purent supporter des con* ditionssidureSy imposées avec tant defierté> et ib accusèrent hautenaent de trahison ce-r kii qui TÎolait ses propres sermens et la foi ro jale« Et cependant^ pour ne laisser aucun tort de leur coté, ils essayèrent de toucheri par des soumissions et des plaintes re^peo* a4 ^^^^ 1^77tueuses, ce roi d'Espagne qu'ils impk^f^nt toujours inutilement. Leurs représenta^ tiens, pleii^ de franchise et de loyauté, pourraient encore serrîr à l'instruction de notre siècle : il est des vwités dont l'intolé^

Mi HISTOIRE

rance et l'hypocrisie des hommes rendront Papplication ét^meltement nécessaire. Don Juan, au milieu de ces circonstances, écrivit kii-méme à Madrid , et demanda la paix ou des soldats. Mais soit que Philippe n'eût point alors de dessein arrêté, soit qu'il cherchât à augmenter les perplexités de son frère, il ne fil aucune réponse, ni à la lettre du prince, ni à la requête des États. Il se renferma dans un profond silence, laissant au mal le temps de faire des progrès , et cotnptant apparemment sur l'adversité des peuples comme sur le plus puissant de tous les auxiliaires. Alors l'indignation et la fureur s'emparent des citoyens; ils courent aux armes, ils reprennent sur les Allemands Berg-op-Zoom , Bois-le-Duc, fo^eda, où le colonel Fronsberg avait fait, pour se défendre , de vains^ efforts.

On tlit cependant que Philippe , au bruit de ces premiers succès, usant , par le conseil du Nonce Séga , d'une insidieuse condescendance, promit encore une fois à ses peuples de Flandre l'exécution de Médit perpétuel. Mais il n'était plus temps de feindre,

les Etats venaient d'appeler à Bruxelles le Octobre

prince d'Orange ; et de quelque opinion que

l'on fût, catholique ou réfprmé, tous le saluèrent du beau nom ampère de la patrie.

Cette douce ivresse ne dura qu'un moment, il es4 vrai. Les auteurs contemporains nous ont appris par quelles intrigues la noblesse flamande, jalouse et furieuse des triomphes de Nassau, abandonna la cause de la liberté pour aller chercher un gouverneur àVienne, et plus tard en France» C'était remplac^er le '

despotisme par le despotisme : autant ^iralait, après tout, garder les Espagnols et don

Juan, quede£atire ute résolution pour don parent, l'archiduc Matbiis, ou pour le doc d'Alençon, frère de Henri III. En acceptaoït k seconde place , le prince d'Orange ^ima un grand exemple de désintéresseomci et de magnanimité. Il fait aussit^ reconnaftre Farchiduc gouvemeur^énéral des Pays- Bas , et se charge, sous son nom^ dû tout le poids de la guerre. U voulait que Ton re-> prit Namur, cette clef de la Belgique, qu'H importait surtout alors de retirer des mains de dcm Juan; mais personne n'avait ssntl^ oomine Nassau, Favantage de cette position, et, malgré la sagesse de ses conseils, nmlgré les secoura de toute espèce qu'il s'em^^'esn sait d'offrir, les Etats hissèrent in^rudem^ ment ii leur ennemi le temps de reformer, smr ki.frantLère, ime nouvdile armée.

Les basses intrigues de l'archiduc , et kt

connivence de l'empereur Rodolphe , de*

vaient encore , plus que toutes les menaces

dès États, exciter l'indignation et la colère

de don Juan. Dans une lettre qu'il écrivit

au prince de Parme, pour le presser de

joindre l'armée , il lui disait : a Quoique

« l'emperem' proteste aujourd'hui contre le

« voyage de son frère, il a cependant connu

« d'avance tous les détails du complot ; et

« non seulement il s'est bien gardé d'y met-

« tre obstacle, mais il n'a pas même daigné

« en avertir le roi, comme l'honneur et la

«justice semblaient Im en faire un devoir.

« Au reste, on attend l'archiduc dans les

« Pays^bas, et mes mesm*es sont déjà prises

« pour le recevoir. S'il rejette mes conseils,

« s'il persiste dani sa coupable entreprise,

a je me croirai dès lors autorisé à le traita

« en ennemi. » Il mandait à l'archiduc lui*

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même : « Vous n*étes que le fautem* et le « complice des gueux (1), un rebelle qui « trahit et déshonore^ sa propre maison. »

Et cependant Don Juan ne se borne point à d'inutiles reproches : il a déjà rappelé de France les régimens espagnols; Famése amène de Parme et de Milan de puissans renforts. Ces deux princes y qu'unissaient depuis Tenfance les liens de Tamitié, se re^ virent avec une joie extrême. Don Juan dit à son neveu, en Tembrassant , que l'intention du roi était qu'ils pai^tageassent ensemsemble les soins de la paix et^ la guerre ; que Sa Majesté voulait qu'il touchât, à titre d'honneur, la même pension que recevaient les vice-rois et les gouverneurs des provinces; que, pour lui, il se réjouissait sincèrement de le voir désormais siéger au coasetl comme son collègue. Telles sont les

propres paroles que , dans eette entreirae , Don Ju^ adressa au prince de Parme. L'un et l'autre se livrèrent ensuite aux plus doux épanchemens; car ils ne comprenaient point tout ce qu'il y avait: de sintsire dans ces pré* cautions et ces bienfaits du monarque. Vers k même tçmps, il arrivad'Ëspagne plusieurs jeunes seigneurs, qui sollicitèrent la per^ mission de fiadre leurs premières armes sous don Juaou Panni eux on distinguait le fils duvicc-K» de Sicile, Pierre de Tolède; Alphonse de Leva, fils duvicerroi de Navarre; et Lopezde Figueroa. Serbdloné lui-même, que ie pape venait de racheter des mains des infidèles, accourait à ht tète de cette brillante jeunesse. Et, comme s'ils eussent craint de ne point assez payier de leur personne, ik conduisaient mi bataillon choisi parmi la noblesse ec les véteraais les jrfus

intrépides. U ne s^agissait que d'ouvrir la campagne ; VoGcasion ne tarda point à s'en présenter.

On vint dire à don Juan que l'année des Etats , qui depuis deux mois menaçait Namur, effrayée de l'approche des Espagnols, se disposait cette nuit même à quitter ses )i janvier càntonuemens. Le prince , dès le point du jour, monte sur le haut d'une colline, et voit en effet l'ennemi. qui se retirait vers Gembloux. Il s'aperçut , en même temps , que les chefs avaient négligé, des précautions essentielles; que la route était embarrassée par des charriots et des caissons, ^ue Tavant-garde elle-même se trouvait à

plus d'une lieue du corps d'armée. Ces fautes ne pouvaient échapper à l'œil exercé d'un si: gmnd capitaine. Aussitôt il détache ^es troupes légères sur les flancs de l'en-

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nemi , il le suit lui ^même dans la plaine de Gembloux ; et tandis que Famèse , à la tête de la cavalerie, fait des prodiges de valeur, don Juan, avec quelques bataillons , tue ou met en fuite tout ce qui s'oj^ose à son passage. D^une armée de trente mille hommes , il ne se sauva guère que la moitié : les Espagols perdirent à peine quelques soldats. Ces milices , levées à la hâte , mais pleines de zèle et de courage, n'eussent pas été si facilement rompues, sans le départ précipité de leurs meilleurs généraux , qui , à la veille d'entrer en campagne, abandonnèrent honteusement l'armée confédérée. Ils ne voulaient plus , disaient-ils , travailler à la fortune du prince d'Orange, auquel on enviait actuellement jusqu'à l'ombre de faveur dont il jouissait auprès de l'archiduc. Ainsi , le duc d'Ars-

dbot , kl comte de Lumai ^ le msa^quis <k RoubaÛL^ les comtes de Lalain tA et Bossât^ pour se venger de rim{>ortune renommée de Nassau, trahirent à G^nbloox tons les dfr> Toirs de Tbonnetur et de la fidéUte ; comme s'il n'y avait plus de patrie p«mr qui ne la peut asservir , et dompter k son gré. La Belgique était sauvée : ce fiH Forgueil des grands qui la replongea dans un gouffre de lactions et de discordes.

Le général des confédérés, appdé Go«^ gnies , homme ferme et résolu , avait servi jadis avec beaucoup de distinction dans les armées de Charles-Quint. Tombé lui*même au pouvoir des Espagnols , il obtint \ avant d'entrer dans la citadelle de Namtir , la permission de baiser la main de don Juan»

C'était une faveur que le prince accordait toujours de la manière la plus obligeante

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et la pliis affectueuse. Cepencknt , tout plein encore de sa victoire, comme il lui échappa de dire que Dieu s'était servi de son épée pous abaisser les ennemis de la religion et du roi, Gognies, sans se laisser intimider , répondit : que les ennemis de la religion ne pouvaient être ceux qui la défendrai^t volontiers au prix de leur vie.

Les Etats , en effet , étaient tout aussi bons catholiques que le roi catholique lui-même ; mais ils ne voulaient point manquer à leurs engagemens avec les provinces plrotestantes; ils ne voulaient pas surtout de l'éducation des Jésuites , propre hi faire des esclaves et non des citoyens , et c'est pour cette raison qu'on les regardait à la cour comme des impies et des sacrilèges. Lorsque les révé-^ rends pères furent chassés des Pays-Bas , le peuple , au milieu des transports de joie

qu'il fai^t éclater , imagina d'allacher à la porte de leur collège une botte de paille avec un bâton blanc , comme pour avertir que cette maiscm avait été frappée de la «peste. Selpn sa louable habitude , la prétendue Société de Jésus ne manqua point de faire entendre que c'était en haine de la religion qu'on la poursuivait; et^ surle-champ , Grégoire XIII accorda, par une bulle {a)y indulgence plénière à don Juan et à tous ceux qui mai*cheraient so^s ses drapeaux* Rome n'avait point environné le prince d'un plus grand éclat , lorsqu'il allait en Grèce sauver les chrétiens de la fureur des infidèles*

Cependant une seule bataille venait de mettre les Espagnols en possession de plu-

(a) Cette bulle est du 18 janvier iSjS^

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sieurs villes considérables du Brabanl et du Hainaut. Don Juan fit le même jour son entrée dans Louyain : il envoya le comte de Mansfeld recevoir les clés de Tirlemont, de Sichem, Nivelle, Philippeville , Maubeuge. La consternation s'empare des Provinces , le peuple, épouvanté, ne songe plus qu'à la fuite, et l'archiduc lui-même, avec toute sa cour, se retire à Anvers. Dans ce désordre^ le prince d'Orange était le seul qui s'occupât encore de la défense dé Bruxelles. Il avait été question d'abord de marcher contre cette ville ; mais don Juan sentit bientôt que le peu de troupes dont il pouvait disposer ne lui permettait point de tenter une pareille entreprise. La victoire de Gembloux est d'autant plus admirable , que l'ennemi , bien supérieur en nombre , comptait dans son armée des

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Croupes auxiliaires de toutes les nations.

Notre fomeux La Noûè, qui pendant la retraite coumt de son ëpée les eimfedéres^ écriyait à Brantôme , peu de jours ayant la bataille : «^ Nous sommes plus forts que don Juan; mas, les Espanoles disenqn& « son saperiores en valor (a). » Philippe , dont ce succès comn^ençait à relerer les errances , envoya par le seigneur de Noir- Carmes une lettre aux Etats , dans laquelle il protestait contre Pélection de Varchiduc, conti^ tous les actes do conseil, et decla^ rait don Juan seul et unique gouyei*neur des Provinces. Les Etats ne firent point de réponse , mais ils ordonnèrent aussitôt de nouvelles levées. Et cependant ils rassem-^

(a) Mais les Espagnols disent cp'^ls sont supërienrs en e^urage.

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hkatkt à la hâte les rester de Gembloux, ils solicitent du secours en Allemagne et en Angleterre : le prince d'Ck*ange est enfin investi d'une plus grande autorité , le comte de Bossut se charge lui-même de coati-»

nuer la guerre.

Tant de- gamkons qu'il fallait envoyer dans les villes conquises y ne laissèrent à don Juan que l'ombre d'une armée« La victoire l'avait mis, pour ainsi dire, hors d'état de rien entr^rendre , et néanmoins il se dispose à prévenir, par une seconde bataille^ la jonction des troupes étrangères. n la présente au comte de Bossut; mais celui-ci , qui tournait au contraire ses es* pérances vers l'avenfr, s'était retranché ]tt*ès du village de Rimenant , couvert d'un c6té par des bois, de l'autre par le Demer, sans que les menaces ni les défis du prince

le pussent attirer en rase campagne. Alors don Juan fait avancer ses meilleures troupesy et leur ordonne d'enlever une éminence que les confédérés occupaient en avant de leurs lignes. L'attaque, poussée avec vigueur, réussit d'abord ; mais les Espagnols , au lieu de conserver l'avantage de cette position , se précipitent vers le camp des ennemis, et tombent eux-mêmes dans une embuscade. Si Famèse ne fât accouru avec toutç sa cataJerie , c'en était fait de cette poignée de braves qu'enveloppaient déjà les Ecossais de Norris,

Don Juan, comme un autre Annibal, abandonné au milieu de ses ennemis , et privé des dernières ressources que lui pour vait ravir la méfiance du monarque, se retira tristement sous la place de Namur, perdant à la fois le fruit de ses triomphes et

l'espoir de terminer la guerre. Sans doute il prévoyait déjà cette fatale issue, lorsque, du champ de bataille de Gembloux , il donnait l'ordre à Serbelloné de construire de nouTcUes redoutes sur les hauteurs de Bouges, au confluent de la Meuse et de la Sambre- L'aspect formidable de cette position , que défend au loin la citadelle de Namur, avait encore pour le prince un attrait particulier, n n'ignorait pas que l'empereur son père , poursuivi naguère par trois armées françaises, s'était lui-même arrêté sur la montagne de Bouges; et, dans des circonstances à peu près semblables, il se plaisait à asseoir son camp aux mêmes lieux où Charles-Quint triompha par son audace et sa magnanimité. La marche des troupes, l'agitation qui régnait à Namur, avaient pour un mbment suspendu les ennuis de

IfO HISTOIRE

don Juan : il les retrouva tous sous sa tente solitaire. Quoique Philippe, à Toccasion de la Tictûire de Gembloux , lui eût adressé de pompeuses félicitations, il ne noyait pas sans quelque crainte percer k trarers ces ccwrtplimens une froideur toujours plus marquée. D'ailleurs, la guerre, telle qu*on la iaisait dans la Belgique , ne pouvait satis* faire la grande âme du prince : on ne tire point impunément l'épée conire sa patrie , il eu reste toujours quelque trouble dans le cœur. Ce don Juan, si brillant dans sa jeu^ nesse , si fier, si généreux sur les champs de bataille, depuis son fatal séjour dans les ProTÎnces, était devenu rêveur et mélancolique. B ne parlait que de retraites et de fiqtitudes; si déjà quelques amis ne l'eussent retenu , il s'en allait paisiblement terminer ses jouis à BlontiC^rrat. Dam ces «onjonc-

DE DON JUAN D'AUTRICHE. in

tures, UD éréiieniait funeste augmente tout il coup ses chagrins, et livre son esprit à de ministres réûezious.

Au milieu des dangers qui menaçaient la Belgique 5 don Juan, toiyours plus impar tient du silence obstine que gardait Pht^ lippe, avait fait partir son secrétaire potu* Abdrid* I^ prince conset*vait apparemment Tespoir d'une réconcifiatiim^ et cherchait, par de prompts éclaîrcisaemens portés au pÂed du trône , à dissiper jusqu'aux raoin^ dres soupçons du monarque» Il faut croire que dans ce voyage , où de si grands intér rets devaient être discutés , où un mot , un geste, pouvaient trahir d'inf^es desseins, la pénétration d'Ebcoheda alla beaucoup trop loia. On fut d'abord quelque temps wns recevoir de ses nouvelles, pu» on iqfH prit qu'il avait disparu, puis en&i qu'il avait

été assassiné. Don Juan ne pouvait s'abuser -sur l'auteur du crime, lors même que la vérité tout entière ne lui fût point parvenue.

Mais ce n'est déjà plus un secret : Antoine Pérez, le ministre et le confident de Phî- •lippe , a conduit lui-même -cette affaire ; on connaît l'assassin, il est soldat, il se nomme GarcieDai^^e. Des lettres de don Juan, adressées alors au prince de Melfî, peignent toiite l'horreur de sa situation. Avec ses intimes ^mis, il parle ouvertement, et ne cache point ses pressentimens. Que si des ordres 4>arhares ont fait mourir Escobedo , quel sort lui prépare4,-on à lui-même, après l'a^ voir privé de ses plus fidèles serviteurs?

N'a-t-il donc pas été, toute sa vie, en butte à d'odieux soupçons ? et ne court-il pas mille fçis plus de dangers dans son propre palais, qu'à la tête des armées et sur les champs

de bataitte? Ce silence n^a plus rien qui rétonne ; c'est h moyen de muUipti^ chaque jour ses peines e( ses embarras.

^VÎm^ don ium tombe nïaladie. Attaqué eomaaie lui d'ime fièvre violente.^ Serbel^ Iwéj h cause de s<m %e ayancé, ne laissait \ aucim '^spQÛr de gnéris<»i ; pef$oni*e, an eontirairey ne mettait en dotite cette du pr^DÇ^. M4ÎS le n^édeqii^ (^ Faioiè^^, dont ie$ soupçons fais^ûent probabi^m^pt toute hk Bthëme^ pi^edityd^s le premier jout*» que U maladie ne s^ait morteU^ cpne.powrdmi Juan* Le prinioe iie.se livt^ powi à de ifSajne^ e^pérmcas} tBfHiii» que p$|r son o^dre (^ cabg^t Jjes itiquiélildes dâ Ta^rmé^ i lui, soo^ sa tee^, déclare AJi»andre FarniBse gQuterwur -général des Province», C'étmt assez montrer qu'il avait compris les intentîoBS de Phil^>pe. U ajouta, quel-

ques conseils pour son nereu^ il remplit ayec ferveur ses derniers devoirs de chrétien, et ne parut point, en mourant, donner de regrets k une vie si agitée. Peu d'instans avant d'expirer, il appelait par leurs noms les capitaines de son armée, ordonnait des charges, des évolutions, et i^mplissait encdre sa tente de commandemens et de cris.de guerre. On ne sait point au juste qui donna le poison. Quelques uns en accusèrent le cuisinier du prince, d'autres avaient vu un prêtre se glisser furtivement sous son pavillon ; on parlait aussi de bot^ tines parfumées dont le roi lui avait fait présent. Il était difficile que les médecins se trmnpassent sur des signes manifestes et infaillibles : don Juan avait fini dans d'horribles convulsions ; aussitôt après sa mort , son cadavre s'était couvert de taches noires

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et liyides. Par son testament, le prince sup^ pliait Miilippe d'accorder des pensions aux officiers et aux domestiques de sa maison ; et, comme une dernière grâce, il demanda que ses restes fussent déposes dans h tombeau de Charles-Quint.

Don Juan 'mourut à Tâge de trente4rois ans, le premier jour d'octobre 1578, dans le mois où il ayait coutume dé câébrer l'anniversaire des yictoires de Lépante et de Tunis , ainsi que lni*méme , ayant d'expirer, en fit la triste remarque. C'étaient maintenant d'autres fêtes et d'autres pompes. On ne trouva qu'un expédient pour apaiser la douleur des régimens, qui prér tendaient tous à rhonhèur de porter leur général., hek colonels dont le quartier se trouvait le plus proche de la tente du prince, reçurent le corps des mains des genUls-

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