‹ Histoire de Don Juan d'AutricheChapitre 4 sur 13 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

La conduite de d(m Juan, au milieu de ces graves circonstances, acheva de détruire les fâcheuses impressions que laissait encore ckms Tesprit du monarque le voyage de son frère à Barcelonne. Il voulut récom-

penser sa prudence et sa fidélité ; et dès lors il le chargea du commandement de quelques vaisseaux, il lui permit d'espérer Wentôtun poste plus élevé. De nouveauxévénemenS ne tardaient point àfnottre le ccrmUe^u)^ yœxxx de don Juan. Depuis un an que les Mauress'étaient soulevés dans le rpyainn^ de Grenade, le roi avait succes^vement envoyé contre eux Mondéjar et le marquis de Vêlez. De fréquens engagemens, des villes prises et reprises, et toujours d'horriW^ repuésailles, n'amenaient aucun résultat décisif. Le mar^ quis de Mondéjar avait été malheureux:.

Vêlez portant le ^rouble et la désunion parmi les chefa de Taormée, Philippe ne vit d-anitre moyen^ pour rétablir la dtsdqptiBe, que de donner enfin le oommand^nent à»

troiqpes au jeune prince son frère. Tout.u»

peuple, heureux n^uère et formidable ,

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allait être mis hors du droit des gens; ce peuple mérite bien du moios que Ton cou^ sacre quelques souvenirs k sa gloire.

Les Arabes, les premiers y traversèrent la mer, et parurent en Espagne. La bataille de GuadaUte, où pàrit le roi des Goths, les mit en possession de ce royaume.

Ce fut alors qu'on vit pcûndre ceue civilisation nouvelle, Umt^ brillante de jeunesse et de vigueur, dont Thistoûre jusque làn'oilre point d'exemi^. Le farouche Sarrasin, altéré de sang et de carnage, a iait place & d'autres hommes; la gu^re déviait généreuse et chevaleresque : on peut implora la clémaiice du vainqueur. Des bains et des palais somptueux sont élevés à grands frais, on bâtit des mosquées plus magnifiques encore; les sciences, les lettres, sont eao honneur, tous les arts fleurissent dans les doui^

loisirs de la paix ; et les redoutables enfans de Mahomet , se reposant des travaux de ta guerre à l'ombre de leurs rians jardins , cultivent eux-mêmes les arbres et les fleurs qu'ils ont. apportés de l'Orient.

Mais, comme il faut toujours que les plus beaux ouvrages manquent par quelque endroit, ces hommes, dont l'imagination àr»dente enfantait de si rares merveilles , ne purent ai^racher de leur cœur 1^ haines et les rivalités qui avaient de tout temps agité les tribus du désert, et, maîtres paisibles de TEsp^gne, ils se ruinèrent eux-mêmes par leurs sanglantes discordes et leurs éter^ nelles Vengeances. Après avoir , pendant trois siècles, gouverné l'Espagne, la dynastie arabe des califes de Cordoue s'éteignit enfin au milieu des factions et des bouleversemens qui désolaient la belle Andalou-

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sie : chaque province alors, et chaque ville, s'érigeant en royaume , l'État se fit à luimême une guerre furieuse, qui devait , comme toptes les guerres civiles, ouvrir la porte à de nouveaux conquérans. Des chefs arabes , dans leur ressentiment , appelèrent Jusef et les Almoravides, plutôt que de s'unir entre eux pour repousser l'invasion du roi de Castille, qui commençait à les menacer sur la frontière. De ce jour date en Espagne la domination des Maures. Jusef marche d'abord à la renconlre des chrétiens; mais revenant ensuite contre les princes arabes qui l'étaient allé chercher en Afrique, il ne craint pas de ravir à ses alliés leiu's propres États, leurs trésors et leur liberté. Il fit disparaître tous ces rois andalous, qui n'avaient pu faire trêve un instant à leurs haines , et couvrit d' Almoravides

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l'Espagne entière. Le règne de ceux-ci ne fut pas, il est vrai, de longue durée. D'autres guerriers, descencUis de l'Atlas , api'ès avoir détruit au coeur de l'Afrique la domi* nation des Almoravides, les poursuivirent jusqu'en Europe^ et s'établirent à leur tour dans Séville et dans Cordoue* Cette seconde invasion des Maures ne jHtnroqua point, ainsi que la première, le désespoir et la fureur du peuple andalou , mais il tendit les bras aux Abnoades, et les reçut comme des libérateurs.

D'ailleurs les Musulmans avaient plus que jamais be$oitt de nouveaux sdUés pour résister à l'Espagne chrétienne, qui, longtemps inaperçue au milieu des montagnes des Asturies, comptait dqjà dans son sein plusieurs royaumes. Le zèle de l'islamisme, l'intérêt sacré d'une commune religion.

cootribuèrent surtout à resserrer les liens des deux peuples. Cependant les affaires des Almoades prennent subitement en Afri* que un tour flkheux, ils sont attaques par d'autres barbares, et leur dynastie, qui yepait de perdre Fez et Maroc, perd encwe k sceptre de l'Ei^>agne. Toutes les ambitions, toutes les haines et les rivalités de tribus ée déchaînant ayec une nouvelle violence, les princes chrétiens^ qui n^attai* daiept que cette fatale issue, s'avancent alors pour recueillir Tancien héritage des califes. Des villes et des gouvernemens tout ^tiers tombent en leur puissance. Le roi de CastiUe enlève Cordoue aux Andalous, il s'empare du royaume de Murcie et du royaume de Séville ; le roi d'Aragon fait la conquête des îles Baléares , et prend Valence sur les Maures. Un seul homme en-

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trcprit de sauver les débris d'une si haute* fortune, et, par la puissance de son génie-, il sut raffermir au milieu de TEspagne cette domination des Musulmans, tant de fois menacée. A peine Muhamad Alhamar est-il entré dans Grenade, qu'il y jettei les fondemens d'un nouveau royaume, destiné bientôt à effacer en richesses et en magnificence tout les autres États , et même là' superbe Cordoue. Ce fut là que se retirèrent les populations maures quand elles n'eurent plus d'espérance, à mesure que les preneurs de villes les chassaient des pays qu'ils avaient conquis. Les uns y apportent leurs richesses, les autres le tribut de leur industrie , ceuxJà de grandes vertus et un pro-fond savoir; et tous se consolent de leur désastre à la vue de ce beau ciel et de ces fertilesj^campagnes, qui respiraient le bon-

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heur et la liberté. C'est ici, sur nos têtes , disaient-ils, que règne Allah dans le paradis. Muhamad et ses successeurs , pour ne * point interrompre le cours des prospérités publiques, consentirent dès lors à relever leur couronne de celle'des rois de Castille; ils s'engagèrent à les suivre à la guerre ou à leur payer un tribut. Mais l'homniage de ces fiers vassaux ne dépassa jamais^les bornes que leur prescrivait l'amour de la patrie : ils surent avant tout conserver la dignité musulmane, et long -temps encore l'épée des califes fut puissante et terrible dans la main des rois de Grenade. Ce qui toutefois n'empêcha point ces princes de ranimer le goût des sciences et des lettres qui avaient jeté un si vif éclat dans Cordoue, *et de se livrer eux-mêmes au doux charme de la poésie et aux sublimes inspirations de

l'éloquèiïçe. Grenade devint en peu de temps le rendez-vous de tous les arts et de ' tous les talens, le génie semblait se Surpasser lui^néme pour éclairei* les peuples, et pour leur raidre la vie plus aimable. La terre se couvre de riches moissiotis, de brillans tissits effacent en beauté tons les tissus de la Syrie, le cooMieroe prend sur les mers un nouvel essor, et, pour tout dire enfin, on commence ^ bâtir ce fameux palais de rÂlhamhra(l), si vaste et si magnifique, dont les n^rveilles étonnent encore Timagination des hommes. Cette haute civilisation, en quelque sorte improvisée, est peuiétre un des plus grands phénomènes de Tesprit humain.

Au miUeu de cette ville immense régnait cependant une police admirable, fruit précieux de la haute sagesse des rois maures.

I^rdre établi par de bons réglemens, Thonneur et la loyauté dans les transactions , et surtout les mœurs hospitalières de ses habitans, araient fait de Grenade le vaste entrepôt de l'Orient, et le premier marché de Tunivers. Aucune Tille de l'antiquité , non pas même Carthage, dans ses plus beaux jours , n'aurait pu rivaliser avec elle de richesses et de splendeur. Mais une si louable industrie ne se bornait pas seulement à amasser des trésors, le peuple aimait encore à les répandre pour sa gloire et ses plaisirs. Tandis que des intérêts de commerce amenaient à Grenade des hommes de toutes les nations , les fêtes et les toiunois y réunissaient les plus nobles chevaliers de la France , de l'Espagne et de l'Afrique ; et les Grenadins n'étaient jsunaais plus satisfaits que lorsqu'ils avaient vu leui*s hôtes

assis à de splendides banquets , et combl|| à leur départ des dons de la munificence iH)yale. Peuple vraiment étonnant par sa magnanimité , et digne , sans doute , d'un meilleur sort !

Les querelles de ses princes , et la guerre portée jusque dans le harem ^ ne contribuèrent pas moins à ruiner ce beau royaume , que la fatale réunion de tous les sceptres de l'Espagne chrétienne dans les mains d'Isabelle et de Ferdinand. Pendant que l'on s'égorge aux portes de l'Alhambra , le roi de Castille ravage au loin le pays , et vient placer soii camp sous les murs de Grenade.

Alors les musulmans, affaiblis par de longues divisions, et vaincus dans une dernière bataille , consentent à recevoir Ferdinand, qui, de son côté, promet aux Maures , par un traité solennel , la paisible

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jouissance de leurs biens et le libre eler^^ dce de leur reKgioti. On sait comment le toi d'Espagne tint parole à ses nouveaut ^jets. Pour les récompenser des arts et de Findustrie qu'ils apportaient dans son royaume, il commence par les priver dé leurs privilèges , il fait raser leurs mos^ quées, il ferme leurs bains , et les réduit^ pour ainsi dire, à la condition des çsclaves* Cet état y qui semblait le comble du moU heur, ne pouvait que devenir plue intolérable encore : on ne laissa point de repos à ces peuples, qu'ils n'eussent embrassé la foi chrétienne, Charles-Quint se sarvit ensuite de ce prétexte pour soumettre lés Bfaiùisqifôs {a) à la juridiction du sainte office. Le grand inquisiteur déclare alors ' . - ■ ' - • . ' -

(a) Cestle nom;qtie prirent left Maures convertit*

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qu'ils ne peuvent expier que par le feu le crime d'apostasie , et l'on regarde comme apostats ceux qui continuent, après leur conversion , à aller aux bains ,* ceux qui se parfument, qui parlent arabe, ou se lavent les bras jusqu'au coude. Les Maures employaient au commencement leurs trésors à racheter de semblables jurofanations ; mais n'ayant plus que des larmes à offrir , il fallut bien se résigner aux bûchers (2).

Loin de calmer les douleurs de cette nation , Philippe l'aigrit encore par sop inflexible sévérité, et fit tant enfin qu'il la portai la révolte , dernière ressource des malheureux. Dans leur plan , les Maurisques devaient s'emparer de Grenade, et couronner, au palais de l'Âlhambra, ua descendant des anciens califes de Cordoue ; le nouveau roi à leur tête , ils marchaient

ensuite sur Almérie , où le pacha d'Alger avait promis, de débarquer des troupes, et ils achevaient de réunir dans cette ville leurs tribus en armes. Ce projet si bien concerte échoua complètement. Yalor ne reçut point la couronne dans Grenade, on ne lui ouvrit point les portes d' Almérie, ses troupes, battiœs au village d'Alfaxarali et à Palema , furent obligées de se retirer dans les montagnes des Alpuxarres, où, depuis l(nig-temps , une population courageuse bravait les soldats et les inquisiteurs. Ces montagnards recueillir^it généreusement les Maurisqiies au fond de leurs sauvages retraites,, et tous ensemble ils se résolurent encore une fois à la guerre.

Pe son côté, Tarmée espagnole précipite sa marche , et vient camper au fôed des Alpuxarres. Mondéjar s'était vainement

flatté de stirprendre Peimemi, les Màmres occ^paieat déjà tottsr fe» passages^ il faliut emporter d'assaut chaque montagne et chacpie rocher* D'autres malheurs, qu'cm ne saurait imputer à te général^ fav(»risèrent aussi les rebelle». Ajccoutumës k vivre de butiBy les Espagndsi couraient la campai gne : ils toid^erent daœi plusieurs* embus^* cxdes; deux mille hommes perireBt en un seiri jour^ Ces tristes nouvelles mandées à kr cour par l'archevêque Guerrero, qui lemr donnait encore une ph» mauvaise coideiur, exckèrSôhft la colère dd roi; et Mondgat, en retouvnaanàGrenafdey trouva, dans^ cette vilte sb» successeur^ te manpss deVeiez.

Alors les Alpttiresr vîclorieux reviennent à leur premier dessein , et veulent s'emparer du pwt d'AlméHe. Maïs la perle qu'ils fi-

rent, daps ce moment , de la fort^^esse d'Alcadia, qui leiir fut enleyée par Fpan* çois de G)rdoue , les obligea de remettre Février 1570. à un autre temps rexéeutioii de ce projet.

Os se cantentèrent de ravager le pays, et d'emmener avec eux les habitans et les troupeaux. Cependant le nombre des rebelles augmentait chaque jour par les hoi>* ribles persécutions dont on frappait les Maurisques les jdus soumis : les armes ne leur manquaient points encore moins le courage et le désespoir. Ils avaient soUicité du secours à Alger, à Gonstantinople , en Egypte même , partout ils demandaient l'esclavage et la ruine des chrétiens ; et le péril était d'autapt plus imminent, que les meilleurs capitaines de l'Espagne refusaient aloi^ de marcher sous les ordres du marquis de Yele^u Ce fut dans ces circonstance&

malheureuses que don Juan alla prendre le gouvernement de Grenade. -

Le prince partit de Se ville à la tête dWe nouvelle armée. Plusieurs seigneurs de la cour, qui avaient fait autrefois la guerre sous Charles-Quint, raccompagnèrent dans cette campagne : Quixiada lui-même était du nombre , ce vieux guerrier toujours cher à son élève, et qui lui promettait encore d'utiles leçons sur les champs de bataille, n fut reçu dans Grenade par le marquis de Mondéjar, par Gonzales duc de Sessa , et les autres chefs de l'armée, tous ranplis d'unç égale ardeur. Le peuple fit long-temps éclater sa joie ; et les Maurisques de l'Albàycin (a), qu'on n'avait pu

(a) Faubourg de Grenade où lesMaurisques avaient été relègues depuis la conquête.

entraîner à la révolte, envoyèrent euxmêmes des. députés Fassurer de leur soumission (3). t^hilippe, dont la faveur n^allait jamais sans quelque ombrage , avait recommandé à son frère de ne prendre que le titre d'excellence ; mais , comme on s'obstinait à donner au prince celui d'altesse, il crut pouvoir l'accepter sans blesser l'honneur de la couronne. « Que vous en sem- « ble, disait-il à Quixiada, ee titre ne sied-il « pas bien au fils de Charles-Quint ? » Les instructions qu'il reçut avsint son départ font encore mieux connaître, s'il est possible, les inquiétudes et la méfiance du monarque. On donnait en apparence à don Ju2(n la conduite de la guerre, on l'envoyait à Grenade comme gouverneur général; mais il ne devait, sous aucun prétexte , sortir de la ville pour commander

les troupçâ* HiOippe n^ait un o^oment revêtu son frère de Tautorité ^prême , que pour forcer au silence toutes les ambitioii^ et toutes les jalousies.

La campagne ne commença point sous d'heureux auspices. Tandis qu'on envoyait à Requeséns Fondre (l'amener sur $es ga^ 1ères les troupes de Pierre de PwliUe , Gom zales devait essayer ^e surprendre le port de Larragua. Les Maures, pénétrant ce dessein, tombèrent à Fimproviste sur l'armée espagnole , et poursuivirent Gonzales jusque dans Cadix. Mond^jar n'était point encore de retour à Orgiva, qu'un gros de ses troupes fut également massacré. Il est vrai que ^la flotte de Requeséns ne tarda pointa entrer dans le port de Malaga, et y les Espagnols , battus sous les murs de Frexiliana , prirent alors leur revam^he.

iiequesens fait sur-le-champ recoim^if tre la place y et remporte d'assaut ; mais, comme si Top eût du payer par de nouveaux re^ vers ce faible avantage , Randate , presque^ au même instant, forçait Antoine de Luna à lever le siège d'Albunuclas ; les habitans de Padul se soulevaient après avoir égorgé leur garnison. Toutefois , cette ville ne fut point châtiée de sa perfidie, parce que les Africains menaçant l^pagne d'une nouvelle invasion, il fallut que l'armée descendit en hâte sur les rivages de la mer.

Ce n'est pas que les rebelles n'eussent déjà reçu plus d'une fois des renforts d'Alger et de Maroc ; mais ces secours étaient insuffîsans pour reconquérir l'Espagne, et ne pouvaient servir désormais qu'à éterniser dans ce malheureux pays le meurtns et la dévastation.

Je ne dirai point queb soupçons Tinrent tout à coup planer sur la tête de Valor..

Soit que la prospérité naissante 'd^ ses armes commençât à exciter déjà Fenvîe , soit , comme on le rapporte , qu'un de seà capitaines eut à venger quelque injure personnelle , la nuit il fut saisi par des assassins , et égorgé au milieu de ses femmes.

Baptisé d'abord par les Espagnols sous le nom de Ferdinand de Valor, il avait été depuis élevé au trône sous celui de Muhamad benOmeya, comme un descendant de la noble tribu des Omeyades. Ainsi finit au fond de TËspagi^, dans les rochers^ des Alpuxarres, le dernier rejeton de la race du prophète. Le lendemain, Muley Abdala fut , presque malgré lui , chargé de . cette couronne éphémère : il nomme aussitôt ses officiers, passe la revue des troupes ,,

et se met en état (Tobtenir de nouveaux succès.

Ce prince, quoiqu'on fût déjà fort avance dans Fautomne , crut cependant devoir si^ ^^^57^^* gnaler son règne par quelque glorieux fait d'armes qui lui ccmciliàt l'affection des Maures. En conséquence , après avoir pourvu <à la sûreté de ses propres places , il conduit son armée devant Orgiva, où se trouvait, au milieu des Alpuxarres, une forte garnison espagnole. Il culbuta sur sa route le corps de Molina qu'on avait envoyé pour l'arrêter ; et la ville était investie quand don Juan fit partir le duc de Sessa avec six mille hommes d'infanterie et trois cents chevaux. Abdala, sans interrompre les travaux du siège , prend une partie de ses troupes, marche lui-même à la rencontre des Espagnols , et leur présente la

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bataiHe. £Ue fut sanglante et terrible : les Maures remportèi^ent une victoire complètt, la nuit seide put sauver les restes de remuée chrétienne. Cette défaite entraîna la prise d'Orgiva , de Galera et d'Ordio , qui surle-champ furent livrées aux flammes pao* le vainqueur. /

Et cependant don Juan, spectateur oisif de la ruine des chrétiens , déplorait au fond de son palais ce funeste repos où le condanmait une loi cruelle. Il se plaint à Quixiada d'un sort tant envié des hommes , il déteste cette haute fortune qui Timmole à toutes les méfiances. Plein ^[icore d^ premières émotions de sa jeunesse, il regrette une hem^euse obscurité, qui Feut du moins laissé libre de mourir tout à son aise sur les champs de bataille. Incapable de supporter une plus longue contrainte ,

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ks exàin du rôle qu'on lui fait jouer k Gré- Bdde^ don Juan croit que le moment est venu où Tonne |>ourra hii reftiser de se mettre à la tété de l'armée^ La lettre qu'il adressait aEoroi était pleine cfe im)défation, mais^ eHe était pressante , et Philippe ne voiriàt point affliger se» frère d'un nouveau refiisv

Do» Juan avait formé d^avancô son dessem : prenant, au &xxxr de l'hiver, sa route Janvier 1571. par des chemins impraticables ^ coupés de ravins et de torrens , il se ski^t brusque* tneîit de Guç^r , que les Maures regar* .dsueot comme la clé de leur pays* Ensmte il envoya ses généraux contre les autres villes* rebelles, sq réservant pour lui*niéme le siège de Galita. Biais qu'il devait, hélas ! payer chèrement ce premier triomphe) Don Louis Quixiada, qui, pour mieux éclairer la marche du prince , conduisait

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Fayant-garde, venait (Tétre tué wx portes de Guejar^ d'un dernier trait lance par Fennemi dans sa retraite. Dcm Juan se précipite sur le corps inanimé de son fidèle serviteur; il le baigne de ses larmes , il kti ferme les yeux, il lui veut rendre tous les devoirs qu'un fils rend à son père. Fruit admirable dHme généreuse éducation , qui le faisant homme avant tout , ne lui avait point ap{»[*is qu'il est un rang au dessus (ks regrets et de la reconnaissance! H ne s(Miffrit point qu'un autre instruisit de ce fatal événement la veuve de Quixiada ; mais , comme pour montrer à cette malheureuse époufie qu'elle n'avait pas tout perdu , il Irmilut lui écrire de sa propre main, et coD^ua dès lors avec elle une corres^ pondance que la mort seule du prince a interrompue.

De Guejar Farinée se répandit dans les Alpuxarres, et reprit à la fois Galera , Orgiva et Cadiar. D'autres places se défen* daient encore , elles furent enlevées par don Juan. Son épée allait enfin porter le dernier coup aux ennemis de 11&^>agne , lorsque Phil^pe, qui voulait ôter au prince la gloire de terminer cette guerre par les armes , envoya Antoine de Luna et le duc d'Arcos pour traiter de la paix avec les Maurisques.

On leur accordait dans le royaume protection et sûreté ; on offrait k ceux qui désireraient passer en Afrique, des vaisseaux pour les y transporter avec leurs- femmes et leurs enfams. Cependant, sur le bruit qui qourut alors que Requesens venait d'arriver f^ Cadix avec des galères chargées de chaînes, les Maurisques incfignés rompirent Picore une fois les négociations, et reparurent en

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armes au soiâmet des montaghes. Leurs craintes paraissaient d'autant mieux fon^ dées, que quelques soldats furieux avaient massacré des députés de cette nation qui se rendaient aupr^^s àa roi. Mais don Juan en s'empararit des yifles et des forteresses des Alpuxsures , avait privé Tennemi de ses dernières ressoui^ces ; et si les Maurisques cherchèrent encore Poccasion de combattre, ce fut désormais ou à Tétroit passage d'un défilé, ou à la pointe inaccessible dé quel« que rocher, dont ils faisaient dànS leurs fuite rouler les éclaes sur k tête des Espagnols.

Le dernier combat où les conduisit leuûr prince, et qui semble être aussi le demiei^ soupir dé cette nation belliqueuse, fut Kvré sur les collines de Mimda, où César avait auti'efois déCadt les fils de Pompée.

Quelque temps après, Mulèy Abdala,

dont on avait mis la tête à prix, fut assassiné par ses propres soldais , qui , cernés de toutes parts, ne trouvèrent que cet infâme moyen de racheter leur vie. Tout était fini ; il n'y avait plus de nation , mais seulement des hordes errantes et fugitives , que l'on transplanta d'abord au milieu des Asturies, dans la Galice et dans la Castille. Don Juan, que le roi s'était hâté de rappeler à la cour, osa seul élever la voix en faveur des vaincus, et ne négligea aucune occasion d'adoucir leur fatale destinée.

FIN DU LIVRt SECOND.

(t ) Et , pour tout dire er^n > on commence à hadr €e fameux palcbis de VAlhav^bra, si vaste et si magn^ue , doni les men^eiUes étmnent encore rimoginaUon des hommes. Oo pevit voîti dans le y^ojrage en Espagne de M. de Laborde, ce que %oaA ^néoré les mineâ de TAlhambra. De liés beaux dirflâina, repretentant des portiques et des galeries immenses y nous oGfrent aussi la yue intérieure de salleà) de bains y ou de rikeption^ les plus magnifiques y telles que celle des Abencerrages. Voici ^ en partie $ la notiee historique . qui accompagne ces dessins : •( L'Alhambra est un vaste édifice qui rçm* n pli t /jadis la double destination de palnis et de for* « teresscy et fut la résidence des. rois Maures de « Grenade.; il est situé sur le sommet d'un coteau

« escarpe qui borne la ville à Test^ ou plutôt qui « forme un angle aigu saillatit vers la ville ^ de ce « côte'. Les murs suivent assez exactement le cou- « tour du plateau ; et Içur épaisseur , comme leur ^ situation ^ dut en faire un asile imprenable avant « l'invention de la poudre. Sa longueur totale est

• d'environ sSoo pieds castillans, et sa largetu*,

• qui est à peu près uniforme, de 65o. Dans cet » espace borne, les rois maures avaient rassemUië

• tout ce qui , suivant les id^s du temps , consti' « tuait la sëcurite dans la guerre ^ le luxe et la ma- « gnificence dans la paix... L'AUiambra fut bâti par « Abu Abdallah ben Nasser, plus connu sous le nom « d'Elgaleè Billah (ou vainqueur par la faveur de « Dieu), prince renomme par sa valeur ^ sa droi- « ture et sa bonté ; il régna à Grenade depuis « Tan ia3i jusqu'en 1273, et consacra à cet ou- « vragc' une grande partie de ses trésors. Suivant «quelques auteurs, il nomma l'édifice qu'il venait « d''élever, MedimU Alhamra , ou la Ville Rouge , « à cause de la couleur des matériaux dont il ét$it

« bâti ; d'autres disent que ce mot est une corrup- « tion de celui ^Alhamar, nom de la tribu arabe « dont était sorti Elgaleb Billab. Les successeurs de « ce dernier prirent plaisir à augmenter ou à em* « bellir son ouvrage ; on cite parmi eux M ahomad » son fils y et Mahomad Abu Abdallah son petit- « fils y qui ajouta aux constructions existantes une « mosquée d'une fort belle arcbitecture , et qu'il M dota richement. Cehii qui y mit la dernière main ^ « et donna à TAlhambra tout l'éclat dont il jouis- « sait lorsqu'il tomba au pouvoir des rois catholi- / « queSy fiit Jusef Ëbu Ismad Ebu Pharagi, autre-" « ment Abulhaggeg , honneur des rois mahométansy. « grand dans la paix et dans la guerre y amateur et é protecteur des beaux arts, qui régna depuis i332 « jusqu'en i354* »

(2) Les Maures employaient au commencement leurs trésors à racheter de semblables profanations; mais n'ayant plus que des larmes à offrir , il fallut bien se résigner aux bûchers. 11 serait assez cv^

rieHX d'etabb'r un parsdlèle entre ces Maurisques si cruellement persécutes ^ et le» moines de toutes les cé^eurs qui vont prendre maintenant leur placer On Terrait, d'un c6té^ le travail ,' l'industrie , les bonnes mœurs, ks arts et les sciences ; ée l'outré , la paresse, la débauche, une profonde ignoranone , et le fanatisme le plus farouche. En consommant la ruiae des Matirisques , le clergé d'Espagne • fit plus de mal à sa patrie ^ue. la révocation de Inédit de Nantes n'en a fait à la France , par l'expnlsioa des protestans. Le monachisme n'était pas encore assez répandu en France pour frapper la teire de stérilité, et imprimer du front des souverains xm^ hèntC' îtkeîfaçable.

(3) Le peuple fit long-temps éclater saj^ie; et les Maurisques de VAlhaycin , qu'on n'auaitpu entraîner à la révoUe, envoyèrent eux-mêmes des deputis rassurer de leur soumission* Ces Maurisquesne laissèrent pas que d'inspirer ensuite des' crahitei^ assez vives aux Espagnols, du moins selon ce que

rapporte Montpleinch«amp dans son histoire. « Don « Juan, dit-il, à la persuasion du président Deçà, «I manda au roi que, pour finir la guerre, il fallait ex- « tirper les suspects de Grenade. Le roi l'ecouta, et, « suivant les ordres de sa majesté, le 24 juin (1570), « on fit sortir de Grenade toutes les familles sus « pectes, et on les conduisit dans la Castille et dans « TAndalousie. Mondcjar en fit assembler trois « mille dans un hôpital près de TAlbajcin. 11 les fit « conduire, la corde au cou, en lieu de sûreté, « mais la plupart moururent de misère en chemin.» Peut-ôtre le pre'sident Deçà, homme fourlie et cruel, avait-il trompe don Juan lui-même.

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