PROLOGUE
lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre; peu lui importe; c'est mon avis; ce n'est pas possible; ne me dites rien; je suis à bout; laissons aller le monde; qu'on dise ce qu'on voudra; tout me vient à point; nous verrons ; sans doute; peut-être; et le « comme vous voudrez » des entêtés. Toutes ces niaiseries rendent les hommes présomptueux, paresseux, insouciants; c'est là la gelée sur laquelle je glisse, et qui fait dévier la roue de ma maîtresse. Si les imbécilles me laissent passer, où est ma faute d'avoir passé? S'ils mettent des embarras ou des fossés devant la roue de ma maîtresse, qu'ont-ils à se plaindre ? Ils savent bien que c'est une roue, qu'elle monte, qu'elle descend; qu'elle descend pour monter et qu'elle monte pour descendre ; pourquoi s'y laissent-ils entortiller? Le soleil s'est arrêté, la roue de la Fortune jamais. Celui-là qui est le plus sûr d'y avoir enfoncé un clou n'a fait autre chose que d'y ajouterun poids nouveau et d'en ralentir un peu le tourbillon; mais son mouvement n'en entraîne pas moins les félicités et les misères, comme celui du Temps entraîne la vie du monde et le monde lui-même peu à peu. Voilà la vérité, Jupiter; répondra qui voudra. »
La Fortune avait repris haleine, et, tout en se dandinant, tout en grimaçant comme une fouine :« L'Occasion, dit-elle, vous a prouvé l'injusticede l'accusation que vous portez contre moi. Néanmoins je veux bien chercher à vous être agréable, à toi, Maître suprême, et à tous ces autres qui t'accompagnent, les serviteurs de l'ambroisie et du nectar, bien que je sois encore votre maîtresse, comme je Tai été, comme je le serai toujours, comme je le suis de la plus sale canaille du monde. Et j'espère bien voir bientôt votre divinité, morte de faim faute de victimes, et de froid faute d'un copeau sur l'autel aux sacrifices, ne servant plus qu'à amplifier des poèmes, à inspirer quelques couplets , quelques rimes amoureuses, devenue le point de mire des brocarts et des quolibets.
— Puisses-tu voir manquer tout ce que tu désires, dit Phœbus, puisque tu te joues si insolemment de notre pouvoir. Si j'en avais la permission, moi qui suis