‹ Histoire de Don Pablo de SégovieChapitre 50 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

i . Page 71 . — Le saint-office choisissait ses familiers parmi les habitants notables de chaque ville. Il fallait, pour être apte à remplir ces fonctions, prouver que depuis quatre générations on n'avait aucun mélange de sang more ou juif. Ces preuves équivalaient à des titres de noblesse, et c'était là surtout ce qui faisait rechercher le titre de familier par tous ceux dont le nom n'était pas inscrit au nobiliaire. Les familiers prêtaient serment de fidélité à l'Inquisition, et étaient chargés

d'exécuter tous les ordres émanés de son tribunal. On les reconnaissait à une croix qu'ils portaient à leur boutonnière ; une croix semblable était placée sur la porte de leur demeure. Les familiers avaient de nombreux privilèges, et entre autres celui de ne pouvoir être poursuivis pour dettes sans la permission du tribunal. L'Inquisition eut l'honneur de compter Lope de Vega parmi ses familiers, une telle distinction accordée à un auteur dramatique aurait quelque chose d'étrange, si tout n'était déjà singulier dans l'existence de cet homme célèbre.

2. Page 73. — Pendant les fortes chaleurs on distribuait dans tous les couvents de religieuses une boisson rafraîchissante dont chaque passant pouvait demander sa part. Les larcins semblables à ceux que commet Pablo devinrent si communs, que les nonnes furent obligées d'attacher avec des chaînes les tasses dans lesquelles elles donnaient à boire.

3 . Page 74. — Antonio Perez est un des plus célèbres exemples des haines et des persécutions acharnées de l'Inquisition espagnole. 11 était ministre et premier secrétaire d'Etat du roi Philippe II. Disgracié par son maître à la suite de quelques intrigues de confesseurs, et poursuivi par le saint-office, il s'échappa de Madrid et passa en Béarn, où il obtint asile dans les domaines de Henri IV.

L'Inquisition le mit en cause, le déclara contumax et le condamna à être exécuté en effigie; ses biens furent confisqués, son nom voué à l'infamie, et des fanatiques à gages le suivirent et tentèrent de l'assassiner, soit à Londres, où la reine Elisabeth l'avait accueilli, soit à Paris, où il se retira plus tard.

Henri IV se déclara son protecteur et lui offrit une pension de 12,000 livres, qu'il refusa « afin de prouver qu'il était fidèle à son roi. » Il mourut en 161 1, et sa mémoire fut réhabilitée.

J'ai dit que la citation du nom d'Antonio Perez dans notre roman pouvait aider à préciser l'époque où il a été écrit.

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