CHAPITRE XII
1. Page m. — Conde de Irlos, sans doute le marquis de Carabas espagnol. Je n'ai pu trouver l'histoire de cette célébrité populaire.
2. Page m. — Casa y solar montañés, manoir et souche montagnarde. On appelle la Montagne une partie de la Vieille-Castille comprise entre les Asturies et la Biscaye et formée par les territoires de Burgos et de Santander. Cette petite contrée renfermait les manoirs patrimoniaux de la plus ancienne noblesse espagnole. Être de casa y solar montañés était le plus beau de tous les titres, et les descendants de ces antiques familles font sonner bien haut leur origine, encore aujourd'hui. Il est arrivé toutefois ce qui arrive toujours: c'est qu'à l'époque où vivait Quevedo, il n'y avait pas un mince hidalgo qui ne se prétendît issu d'un solar de la Montagne ; de telle sorte que, quelque petits Que
fussent les domaines patrimoniaux, il eût fallu vingt fois les territoires de Burgos et de Santander pour les contenir tous. Il résulterait de toutes ces prétentions que la poignée de ces braves à l'aide desquels Pélage commença l'affranchissement de l'Espagne, et qui furent les premiers fondateurs des manoirs de la Montagne, devait former une armée nombreuse.
Vhidalgo montañés est le type du pauvre gentilhomme n'ayant d'autres biens que son titre de noblesse et une bicoque en ruines; mais il ne prend pas toujours son parti aussi bravement que celui que nous rencontrons ici. Les auteurs comiques espagnols, ayant à mettre en scène un gentilhomme ridicule et vaniteux, le font venir de la Montagne. Le don Torribio Quadradilles de Calderón [Gardez-vous de Veau qui dort) est le hobereau niais et fat par excellence. Sa généalogie est la chose la plus précieuse du monde, il la porte partout avec lui dans un beau fourreau de velours cramoisi, et tous ses ancêtres y sont peints « comme de petits saints dorés. » Pourquoi sa femme irait-elle à la messe ? Avec sa généalogie elle en a plus qu'il ne faut pour être une vieille chrétienne. Deux cavaliers se battent, on les sépare, et Torribio veut leur faire jurer la paix sur sa généalogie. Pour lui, sa généalogie est tout; il ne la lit jamais, car, je l'ai déjà dit, il ne connaît pas V écriture de main; mais où est la nécessité? une telle généalogie ne dispense~t-elle pas de toute science? •
3. Page 1 11. — Hidalgo y mot formé par contraction de hijo dalgo ou mieux hijo de algo, fils de quelque chose. Deux mots, hijo de algo et hijo de nada, formaient les deux grandes divisions de la nation espagnole. On était fils de quelque chose ou fils de rien, gentilhomme ou roturier, noble ou vilain ; il n'y avait pas de terme moyen, pas de tiers état ; il restait toutefois au fils de rien la ressource, fort rare à cette époque, de devenir fils de ses œuvres.
4. Page in. — La lettre d'or, c'est-à-dire l'initiale, augmentait de beaucoup la valeur et l'importance d'une
généalogie ; ne l'avait pas qui voulait, et il fallait faire valoir d'immenses services et une origine bien illustre pour obtenir le droit d'orner un titre de noblesse d'une initiale dorée.
Le gargotier auquel s'adressa le pauvre hidalgo trouvait, à bon droit, qu'en échange de quelques vivres mieux valait un peu d'or que beaucoup de parchemins.
5. Page ni. — Le don, diminutif de dominus, seigneur, n'appartient qu'à la noblesse; mais par la même raison que le plus petit hobereau voulait être issu d'un solar de la Montagne, par la même raison que la mère de Pablo prétendait descendre des triumvirs romains, les gens du peuple, entre eux surtout, s'honorent du don et s'appellent seigneur cavalier. Tous, et surtout les Biscayens, les Navarrais et les Castillans, se disent nobles comme le roi, et malheur à qui en doute.