‹ Histoire de Don Pablo de SégovieChapitre 64 sur 67 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

1. Page 180. — Autor, ce mot ne vient pas du latin auctor, mais de l'espagnol auto, acte, représentation ; il signifie seulement directeur d'une troupe ambulante. On désignait par le terme générique de poètes ceux qui composaient les actes sacramentels, les comédies divines ou les farces populaires exécutées par les comédiens. Ceux-ci étaient nommés representantes ou farsantes. Les directeurs {autores) composaient assez ordinairement les pièces de leurs répertoires. C'est ainsi que le célèbre Lope de Rueda, qui créa le théâtre populaire espagnol, et qui le premier introduisit sur la scène des sujets profanes et des tableaux de mœurs, fut d'abord representante, puis autor et enfin poete,

2 . Page 1 8 1 . — Ce mot a été bien souvent cité, employé ou commenté par nos écrivains modernes sans qu'ils en connussent la véritable origine. On l'a attribué à Alfred de Musset, qui l'a mis à la fin de quelques-unes de ses poésies; à M. Mérimée, l'ingénieux inventeur du théâtre de Clara Gazul; à un feuilletonniste qui terminait toutes ses nouvelles moyen age par le pardonne^ les fautes.

C'était la formule invariable adoptée par les poetes espagnols aux seizième et dix-septième siècles; Calderón, entre tous, n'a pas fait représenter une pièce sans qu'un des interlocuteurs, venant annoncer au public qu'elle était finie, ne lui demandât pardon des fautes de l'auteur. En même temps que cette formule, l'usage s'était introduit de faire répéter le titre parmi les der-

l Tert., de Palî. et de Spectac.

nières repliques de la pièce, ce qui se faisait même quelquefois à la fin de chaque journée ou acte.

Voyez pour exemple la jolie comédie de Calderón : II ne faut pas toujours caver au pire. Dernière scène: « Quoi qu'en dise l'expérience, il ne faut pas toujours caver au pire; pardonnez nos fautes nombreuses.» UA Icade de Zalamea : « Ici finit cette comédie ; pardonnez les fautes de l'auteur. »

3. Page 181. — Il y a ici, dans les textes qui m'ont servi (éditions d'Anvers, 1757, in- 12, et de Madrid, 1821, in- 18), deux erreurs que j'ai dû rectifier. « Il n'y avait dans le principe, dit Pablo, d'autres comédies que celles du bon Lope de Vega et de Ramon. » A l'époque où vivait notre héros, Lope de Vega n'avait encore composé qu'une partie de ses pièces; sa réputation était grande déjà, mais pas assez pour qu'il fût cité comme l'un des premiers auteurs de comédies populaires. L'intention de Quevedo a été, sans nul doute, de citer Lope de Rueda, le père du théâtre espagnol, qu'on appelait en effet le bon Lope, et qui mourut au moment où naissait Lope de Vega ( 1 557).

Ramon m'est complètement inconnu; j'ai vainement consulté les biographies du temps pour en retrouver la trace. Il est, sans aucun doute, question de Torres Naharro, contemporain de Rueda, et qui lui disputa une partie de sa popularité. Naharro a laissé huit comédies remarquables, parmi lesquelles on cite la Ymenea et la Soldadesca.

4. Page 182. — A lonsete, diminutif familier et affectueux d'Alonso.

5. Page i83. — Pinedo, Sánchez et Moralès étaient des acteurs célèbres de ce temps-là. On a dit et on dit le divin Moralès.

6. Page i83. — Voir la note du chapitre IX, n° 3 sur les comédies divines.

7. Page 186. — Il semble que Quévedo, en approchant de la fin de son livre, ait voulu faire, non plus un récit, mais un recueil de portraits. Nous retrouvons

ainsi à la file, rattachés entre eux par une action qui marche à petits pas, les types du chevalier d'industrie, du mendiant, de l'escroc, du comédien, de la nonne, du sacripant, du poète dramatique, etc. C'était par là surtout qu'excellait Quévedo : il peignait et décrivait à ravir ; et, lassé de raconter toujours, il s'est livré Souvent à son genre favori. Ces portraits sont autant de curieux tableaux des mœurs et des usages du temps ; ils sont traités avec cette verve, cette finesse, cette originalité sans pareille, qui font de Quévedo un écrivain inimitable. Il est fâcheux seulement que le passage de l'un à l'autre soit traité aussi légèrement : ici, l'action languit; ailleurs, elle va trop vite ; et, dans ce chapitre surtout, à peine Pablo a-t-il quitté ses comédiens, qu'il est en correspondance suivie avec une nonne, sans que l'auteur ait daigné nous apprendre l'origine et les premiers pas de cette belle intrigue. En osant ici critiquer la manière de l'auteur et lui reprocher peut-être un peu d'abandon, je ne me crois pas le droit de le corriger et de mettre à la place de ce qui est ce qui me semblerait devoir être. L'imagination dujecteur peut suppléer à ce qui manque.

8. Page 187. — Certain proverbe prouve que les intrigues du genre de celle de Pablo sont fort communes en Espagne, et que l'opinion de la jeunesse galante est formée depuis longtemps à l'endroit de la constance des nonnains. Je transcris le proverbe dans toute sa naïveté; mais le respect que j'ai pour la décence me fait un devoir de ne pas le traduire en entier.

Amor de monja, y fuego de estopa y viento de c..., todo es uno.

Amour de nonne, feu d'étoupe et vent de c'est

out un.

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