PARTIE I , LIV. IV, CHKP. XXXVllI. 2o
puis qu'elle est morte , et elle m'a dit que je m'en allasse chez les chrétiens voir Lela Marien , qui m'aime beaucoup. J'ai vu de cette fenêtre quantité de chrétiens ; mais sans te flatter , pas un ne m'a paru chevalier que toi. Je suis jeune et assez belle, et en état d'emporter de grandes richesses avec moi : regarde si tu veux entreprendre de m'emmencr. Il ne tiendra qu'à toi que je sois ta femme , et si tu ne le veux pas , je ne m'en mets point en peine , parce que Lela Marien me donnera bien un mari.
C'est moi-même qui ai écrit cette lettre , et je voudrais bien te pouvoir avertir que tu ne te dois fier à aucun More , parce qu'ils sont tous traîtres. Pour ne pas mentit*, cela me donne beaucoup de peine , et je souhaiterais que tu ne te découvrisses à personne , car si mon père à quelque connaissance de ceci, je suis perdue. J'ai mis un fil dans la canne , où tu pourras attacher la réponse ; et si tu ne trouves personne qui sache écrire en arabe , dis-moi ce; que tù voudras par signes , Lela Marien me le fera entendre. Je te recommande à Dieu et à elle , et . encore à cette croix que je baise souvent , comme l'esclave m'a dit de. le faire, >\ , Il n'est pas nécessaire , continua l'esclave, de vous dire combien cette lettre nous, dpnna de joie et d'aduiiration. Le renégat, qui ne pouvait
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croire que nous Teussioitô trourée par hasard ^ mais qu'elle avait cté écrite exprès à quelqu'un de nous autres , nous pria de lui en dire la yërite , et de nous fier entièrement à lui , qu'assurément il hasarderait sa vie pour notre liberté, En disant cela il tira de son sein un petit cnicifix , et jura tout en larmes par le Dieu que représentait l'image , et en qui il croyait de tout son cœur , malgré son infidélité , qu'il nous garderait le secret en tout ce que nous lui confierions; et d'autant plus qu'il voyait bien que nous pouvions tous recouvrer la liberté par le secours de celle qui nous écrivait , et qu'il aurait de la consolation de rentrer dans le sein du christianisme, dont il s'était malheureusement séparé. Le renégat nous parla avec tant de larmes et de si grandes marques de repentir, que nous ne balançâmes pas plus long-temps à lui découvrir la vérité , jusqu'à lui montrer la fenêtre dont nous avions reçu tant de bien. Il nous promit qu'il employetaît toute son industrie pour savoir qui -demeurait dans la maison ; et il écrivit en même temps en arabe la réponse que je fis i la lettre de l'obligeante More , dont voici les popres termes , que j'ai très-bien retenus , comme tout ce qui m'est arrivé dans mon esclavage : « Le vrai Alla vous conserve , madame , et la bienheareûsié iLëla Marîen , qui est là mère de