PARTIE I, LIV. IV, GHAP. XXXVIH
moi, et je trouvai cent écus d'or, avec une lettre , que nous allâmes faire lire au renégat , qui se trouva avec nous. Voici ce qu'elle contenait :
ce Je ne ^s comment nous ferons pour nous en aller en Espagne; Lela Marien ne me Fa point dit ^ quoique je l'en aie fort priée; Tout ce que je puis faire , c'est de te donner quantité d'or , dont tu pourras racheter toi et tes compagnons, fet l'un d'eux ira chez les chrétiens acheter une barque , dans laquelle il reviendra prendre les autres^. Pout moi , je vais passer le printemps avec mon père, et tous nos esclaves, dans un jardin qui est à la porte de Barbason , sur le bord de la mer; tu pourras me prendre là une nuit, et m'éiiimener à la barque sans rien craindre. Mais , chrétien , souviens -toi que tu m'as promis d'être mon mari^ car si tu y matiques^ je prierai Lela Marien de t'jen punir. Si tu ne te fies à personne ' pour aller acheter la barque ^ rachète-toi promptement et vas-y toiwiiae : je sais bien que tu ne manqueras pas de revenir, étant cavalier et chrétien; Fais aussi en sorte de savoir où est notre jardin ; cependant tu n'as qu'à te promener dans la cour quand le bain sera vide ^ et je tç donnerai tant d'argent que tu voudras. Alla te garde! chrétien; »
Cette lettre ayant été lue , il n'y eut pas un dé la compagnie qui nés' offrît pour être racheté et
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2IÔ DQN QUICHOTTE.
aller acheter la barque , avec promesse de revenir aussitôt. M^is le reaégat dit qu'il ne consentirait point du tout qu'aucun sortît de captivité que nous ne le fussions tous ensemble , sachant par expérience qu'on ne garde pas fort scrupuleusement, les paroles qu'on donne dans l'esclavage, et que déjà plusieurs fois des esclaves riches en ayant racheté quelque autre pour l'envoyer à Majorque ou à Valence, armer un esquif, y avaient été attrapés , et qu'on n'en voyait point revenir , la liberté étant un si grand bien que la crainte de la reperdre efface dans les plus honnêtes gens tout sentiment* de reconnaissance. Pour confirmer ce qu'il disait , il nous raconta en peu de paroles ce qui venait tout fraîchement d'arriver à des gentilshommes chrétiens, qui était, sans mentir, l'accident le plus étrange dont on ait encore ouï parler dans ces endroits^ là , qui sont si fertiles en aventures surprenantes. Mais pour biea faire ^ ajouta-t-ii, donnez -^loi l'argent que vous destinez pour la rançon d'ua de nous autres, et j'achèterai une barque à Alger même , sous prétexte de vouloir trafiquer à Tetouan et sur les côtes; et de cette sorte, étant maître de la barque, sans qu'oame.puisse soupçonner de rien , je me mettrai en état de vous délivrer, et de nous sauver tous ensemble ; et cela sera d'autant plus facile , que si la Moresque