PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXVIII
lieu de retirer son bras d.e dessus iftoi , s'approcha encore davantage, et, mettant sa tête contre mon estomac, se laissa. aller comme si elle se fût évanouie , pendant que de mon côté je faisais semblant de ne la soutenir que malgré moi , et seulement pour la secourir. Agimorato courut promptement à nous , et voyant sa fille en cet. état^ lui demanda ce qu'elle avait; mais comme il \iï qu'elle ne répondait point : Sans doute ^ dit -il, ma fille s'est évanouie de la frayeur que ces cbien$'lui ont faite ; et en même temps il la prit entre ses bras. Zoraïde fit alors un grand soupir, et me dit, les yeiix encore tout mouillés , va-t'en , chrétien , va-t'en. Pourquoi veuxtu qu'il s'en aille, ma fille? dit Agimorato: il ne t'a point fait de mal , et les Turcs se .sont re^ tirés; ne crains rien^ il n*y a personne ici qui veuille te faire de déplaisir. Ces Turcs , dis^je à Agimorato , l'ont épouvantée ; mais puisqu'elle veut que je m'eiï âiUe , il n'est pas juste que je l'importune : avec votre permission , ajoutai-Je, je reviendrai ici quelquefois pour avoir de la salade i pairce que mon maître n'en trouve pas de si bonne ailleurs. Tant que tu Voudrai ,, répondit Agimdrato ; ce que vient de dire m^ fille ne regarde ni toi ni aucun des chrétien^ ; elle voulaitdire que les Turcs s'en allassent ; mais comme elle était un peu troubke , elle a. pris l'un pour
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l'autre , ou elle a voulu t'ayertir qu'il c^t temps de cueillir tes herbes.
Ayjuit pris congé d! Agimorato et de Zoraïde, qui me fit voir en se retirant qui'eUe se faissût une yiolence extrêçnte , je visitai le jardin tout à mon aise ; >'en remarquai les entrées et les sorties, et par où on pouvait attaquer la maison en cas de besoin , et tout ce qui pouvait servir à l'exécution de notre entreprise, et de 1^ j-'âllai donner avis de toiit à mes compagnons et au renégat. J'avoue que je n'étais pas' sans impatience de me voir posséder tranquiUement le cœur de la belle Zoraïde ; mais je pois bien dire avec vérijté que je me trouvais si sensible aux témoignagejs; d'amitié que f en recevais^ que je ne souhaitais plus la liberté que pour me donner plus entièrement à elle , et que j'aurais consenti de demeurer toute ma vie âanis l'esclavage plutôt que de Fabandonner.
Enfin le jour tant souhaité arriva , et nous eâmes tout le succès que nous pourrions espérer d'une entreprise si iHen conoertée. Ijc renégat alla sur le soir ancrer vis^àr vis du jardin d'Agimorato , et les Espagnols qui devaienl^iamer s'étant dé]k cachés en divers .endroits là- autour, t»'attendaient avec beaucoup d'inquiétude, mourant d'envie d'attaquer le vaisseau qu'ils voyaient devant eux, parce que n'ayant point connaissance