PARTIE I , LIV. IV, CHAP. XXXVIII
de notre dessein , ni que le renégat fût de no$ ami&y ils s'imaginaient qa'il ne fût plus question que de jouer des mains et d'égorger les Mores de la barque, pour s'en rendre maîtres et se sau-»* ver. J'arrivai quelque temps après avec me&comrr pagnons , et sitôt qu'ils me virent ils se vinrent joindre à nous. Par bonheur les portes de la ville étaient déjà fermas , et il ne paraissait plus personne de ce côté-là. Gourme nous fûmes tou^ assemblés , nous consultâmes ce qui serait meil^ leur, de commencer par enlever Zoraïde, ou de nous assurer des Mores qui ramaient daqs la barque. Mais le renégat, survenant pendant cette délibération , nous dit qi|.'il était temps de mettre la main à Fdeuvre : ces Mores étant la plu-^ part endormis V fit ne se^ten^nt point du tout suf leurs gardes, il fallait se rendre maîtres de la barque, ayant que d'aller^ prendre Zoraïde. Il nous y mena sui^le-champ ; et ayant sauté le pre*< nûer dedans, le'cim^tenre à l^ main :
Qi^e pa^ un. ne. branlé, s^écria-t^il en moris^ que , s'il ne veut perdre la vie ! l^es Mores , qui étaient gens de pende çaur^ge,, étonnés d'entendre parler leur patron de la, Sorte.^ ne firent seulement pas mine de courir aux armes , donfe ils étaient d'ailleurs trè^mal pourvus; et on les mit sans peine à la chaîne , lea menaçant de les faire passer au fil deJ'épée au ipoindre cri
qu'ils feraient. Uïie partie des nôtres demeura pour les garder; et le renégat servant de guide aux autres , nous allâmes au jardin d' Agimorato , dont ayant ouvert la porte , nous approchâmes la maison sans faire le moindre bruit et sans être aperçus de personne.
Zoraïde était à sa fenêtre qui nous attendait; et comme elle nous vit approcher, elle demanda tout bas si nous étions chrétiens. Je lui répondis qu'oui , et qu'elle |descendît; Elle le fit aussitôt, ayant reconnu ma voix, et nous la ^ivckt.% paraître si belle , et si richement vêtue , que je ne sais à qui la comparer. Je lui pris la main , et la lui baisai ; le renégat et mes compagnons en firent autant, et les autres firent ce qa'ils nous voyaient faite , croyant que c'était un remerdment de la liberté que nous procurait Zoraïde. Le renégat lui demanda si son père était au jardin; elle dit qu'oui, et qu'il dormait; II faut l'éveiller , répli<jua-t-il ^ el l'emmener avec nous. Non , dit Zoraïde ^ je ne veux pas qu'on touche à mon père en aucune façon ^ j'emporte avec moi tout ce qu'il y a dans la maison de bon à prendre , «t il y en a bien assez pour vous rendre tous riches. Elle rentra aussitôt en. nous recommandant le silence, et nous assurant qu'elle allait revenir^ et à peine eus-je le loisir de prier le renégat qu'il ne se passât rien du tout contre