‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 11 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXVIII

mon industrie n'ont pas empêché qu'il ne découvrît que je suis fille; si bien que m'ayant témoigné de mauvais désirs, aussi bien que le premier, et la fortune ne m'offrant pas le même remède pour m'en garantir, je sortis de sa maison il y a deux jours, et je vins chercher un asile sur ces rochers et dans l'épaisseur de ces bois, pour prier le ciel en sûreté, et tâcher de l'émouvoir par mes soupirs et'mes larmes à me donner du secours, ou tout au moins à finir ici ma misérable vie , et y ensevelir la mémoire de mes disgrâces.

(iHAPlTRE XXIX.

Où Ton verra peut-être d'agréable! choses.

Voila ^ Messieurs , Thistoire de me» tristes aventures ; jugez maintenant si les plaintes <pie vous avez entendues étaient justes, et si une personne si malheureuse et si affligée , et dont les miaux sont sans remède , est en état de recevoir de la consolation. Je vous prie, seulement d'une chose , apprenez-moi où je pourrai passer le reste de ma vie à couvert de la recherche de mes parens : non pas que je craigne que mon père et ma mère aient rien diminué de leur affection , et qu'ils ne me reçussent encore avec toute l'amitié qu'ils m'ont toujours témoignée ; mais je confesse que quand je pense seulement qu'ils ont pu soupçonner ma conduite , et qu'ils ne peuvent connaître mon innocence que sur ma parole , je ne saurais me résoudre à souffrir leur présence. Elle se tut en achevant ces pai:oles, et le rouge qui se répandit sur son beau visage , et ses yeux baissés et humides , firent voir bien clairement son inquiétude et tous les sentimens de son cœur. Ceux qui venaient d'entendre l'histoire de Dorothée , étaient charmés de son esprit et de sa

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