‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 12 sur 191 · PARTIE.!, MV. IV, CHAP. XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE.!, MV. IV, CHAP. XXIX

bonne grâce ; et ils n'avaient pas moins de cornpas^on pour ses malheurs , qu'ils les trouvaient surprenans et injustes. Le curC) que la piété intéressait dans , le parti de cette belle fille , ne voulut pas attendre davantage à lui donner des conseils et de la consolation. Mai»à peine avaitelle achevé de parler , que Gardenio prit la parole :

Quai ! dit-il , madame , vous êtes Dorothée , fille unique du riche Clenard ? Dorothée fut bien surprise d^entendre le nom de son père , et de voir ^e celui qui en parlait était en si mauvais état. Et qui étes^vous, lîion ami, dit-elle à Cardento , vous qui savez si bien le nom de mon père? car si je ne me trompe, je ne l'ai pas nommé une seule fois dans tout le récit que je viens de faire. Je suis , répondit Gardenio , celui qui ai la foi de Luscinde , celui qu^elle a dît qui était son époux , ce misérable Gaidenio , que la trahison de don Fernand a réduit au triste état que vous voyez , abandonné ii la douleur et privé de toute consolation , et , pour comble de malheur ^ n'ayant plus l'usage de la raison , qu'autant qu'il plaît au ciel de me laisser de bons intarvalies. G'est moi-même , belle Dorothée , qui fas le m[alheureux témoin def fatales noces de don Fernand , et qui déjà plein de frayeur et de trouble m'abandonna au désespoir quand je crus

que Luscinde avait donné son consentement , sans avoir la résolution d*attendre le retour de sa défaillance. Je vis bien. que don Fernand avait trouvé une lettre dans son sein , mais ne pouvant rien concevoir de favcMrable dans le désordre où j'étais , et n'ayant pas assez de courage pour supporter mes malheurs » je sortis de la maison avec impatience ; et après avoir donné une lettre à un de mes gens avec ordre de la rendre \ Luscinde , je m'en vins dans ces déiserts, sacrifier à ma douleur une vie dont tous les momens m'étaient autant de supplices. Mais le ciel n'a pas permis que je la perdisse , et il a peutêtre voulu me conserver pour défendre vos intérêts et les miens , en me faisant connaître la justice des vôtres et la fidélité de Luscinde. Consolez-vous , belle Dorothée , le ciel. a pris notre parti ; il faut tout attendre de sa bonté et de sa protection , et après ce qu'il a fait en notre faveur , ce serait l'offenser que de n'espérer pas une meilleure fortune. Il vous rendra don Fernand , qui ne peut être à Luscinde ; et. il me rendra Luscinde , qui est à moi. Pour moi , belle Dorothée, quand je n'aurais pas des intérêts liés avec les vôtres , je me trouve si sensible à vos malheurs, qu'il n'est rien que je n'entreprenne pour vous en délivrer ; et t je vous jure que je ne vous abandonnerai jamais ^ que don

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