PARTIE I, LIV. IV, GRAP. XXXIX. a
chée à côté d'elle, dormait pour toutes deux. Il n'y avait qu'une voix sieule , et tantôt on l'entendait dans la cour , et tantôt dans un autre endroit. Les dames étaient en peine de savoir ce que ce pouvait être que cette voix, quand Cardenio alla frapper à la porte de leur chambre , et leur cria : Mesdames , Si vous ne dormez point , écoutez un jeune muletier qui chante à merveille. Nous l'écoutons, répondit Dorothée, et avec beaucoup de plaisir ; et voyant que la voix recommençait , elle s'y appliqua encore davantage , et elle entendit ces paroles :
Je suis UQ marinier d'amour, .
Vogaant stir cette mer si fameuse en orages ; Sans connaître de port où se termine un jour Ma course et mes voyages.
J'ai pour guide un astre brillant , Dont je suis en tous lieux l'éclatante lumière ; Le solâl n'ea voit point de plus étincelant En tonte sa catHère.
Gomme je ne sais point son cours , Je navigue au hasard, incertain de ma course , AfteBtif seulement à Fobserrer toujours, Bt attan autre resaoeree.
Mais souvent le jaloux destin , Sous le voile fâcheux de quelque retenue , Me fait sans guifie errer du soir jusqu'au matin , Le cachant à ma vue.
Bel astre û doux à mes yeax l Ne cachez plus un feu si propre à mon voyage » Si TOUS cessez de luire » en ces lieux périlleux , Je vais faire naufrage.
£n cet endroit de la chanson, Dorothée, qui avait toujours laissé dormir la belle Claire, voulut lui donner sa part du divertissement : elle la poussa deux ou trois fois, et l'ayant éveillée : Pardonnez-moi , lui dit-elle , ma belle enfant , si je vous éveille , c'est pour vous donner du plaisir, et vous allez entendre la plus agréable voix du monde. Claire , encore toute endormie; ne comprit pas bien ce que lui dit Dorothée , et le lui ayant fait répéter, et se trouvant plus éveillée , elle se mit à écouter; mais elle n'eut pas plutôt entendu la voix , qu'il lui prit un tremblement aussi violent que si elle eût eu la fièvre ; et elle dit à Dorothée , en l'embrassant étroitement : Ah ! ma chère madame , pourquoi m'avez- vous éveillée ? il n'y avait rien de meilleur pour moi que de n'être point en état d'entendre ce malheureux musicien. Gomment, ma chère fille , dît Dorothée , savez-vous bien que celui qui chante n'est qu'un muletier ? Non, non, répliqua Claire, c'est un gentilhomme riche et de grande qualité, qui n'est pas ici sans dessein, et dont, à vous dire le vrai, je me trouve assez embarrassée. Dorothée fut toute surprise de ce discours, qu'elle