‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 129 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXIX. a · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXIX. a

de honte que tu en reçus toi-même des mépris de cette ingrate et légère qui te fit tant suer à courir les plaines de Thessalie , ou les rives du Pénée 2 je ne me souviens pas bien lequel des deux.

Don Quichotte allait continuer cet éloquent discours , s'il n'avait été interrompu par la fille de rhôtesse , qui l'appelant tout doucement , et faisant signe de la main , lui dit : Approchezvous un peu d'ici , seigneur chevalier , je vous en prie. A cette voix, l'amoureux chevalier tourna la tête , et reconnaissant , à la clarté de la lune , qu'on l'appelait par le trou du grenier , qu'il prenait tout au moins pour une fenêtre à treillis d'or , comme en ont tous les fameux châteaux dont il avait l'imagination remplie , il s^alla mettre dans l'esprit , aussi follement que la première fois, que c'était la fille clu seigneur du château , qui , charmée de son mérite et passionnée d'amour , le sollicitait encore d'apaiser son martyre. Dans cette pensée \ ne voulant pas pa*- .rautre incivil et farouche, il s'apprqcha de la fenêtre, où, voyant les deux jeunes créatures:

En vérité, dit-il, ma belle demoiselle, vous me faites pitié de vous être si mal adressée, dans les sentimens amoureui^ qui vous possèdeînt , et n'en faites point de reproches à ce misérable chevalier errant , qui n'est plus msjître de sa vo-

lonté , et que l'amour tient enchaîné depuis le moment qu'une autre s'est rendue maîtresse absolue de son âme. Pardonnezrmoî , dis-je , mademoiselle , une chose dont je ne suis point coupable ; retournez ,dans votre chambre , je vous prie , et ne me tendez point encore plus ingrat à force de faveurs. Mais si vous trouvez en mœ quelque autre chose que l'amour qui puisse payer celui que vous me témoignez , demandez-le hardiment : je jure par les yeux de cette belle et douce ennemie dont je suis esclave, que je vous le donnerai sur l'heure, quand vous me deman-

deriez une tresse des effroyables cheveux de Méduse, la toison d'or, ou les rayons du soleil ménie. Ma maîtresse n'a pas besoin de tout cela, monsieur le chevalier, répondit Maritorne. Et de quoi donc, sage et discrète gouvernante ? reprit don Quichotte. Donnez-lui seulement une de vos belles mains , dit Maritorne , pour Tapai- ' ser au moins en quelque façon , et soulager un peu l'ardeur qui 1'^ amenée en ce lieu-ci avec tant de danger, à l'égard de son père, que s'il^ e^ avait la moindre connaissance , il la hacherait en miUe pièces. Ha! je voudrais bien l'avoir vu, repartit don Quichotte, et plût à Dieu! mais il s'en gardera bien , s'il n'a envie de faire la plus terrible et la plus malheureuse fin qu-ait jamiâis faite un père pour avoir mis insolemment la main

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