PARTIE I, HY. IV, CHAP. XL
ble , qui ne dort jamais , fit entrer dans Thôteilerie le barbier à qui don Quichotte avait ôté rarmetdeMambrin, et Sancho Pançaîe harnois de son âne. Le barbier menait son âne à récurie, et, ayant d'abord reconnu Sancho qui accommodait le bât du sien ,, il résolut de l'attaquer. Ah ! monsieur le larron , dit-il en se jetaàit suir lui , je vous tiens enfin , et il faut me rendre toutà-Fheure mon bassin , mon bât et tout l'équipage, que vous m'avez volé. Sancho , qui se vit ainsi attaqué à Timproviste , et qui s'entendit dire des injures scandaleuses , saisit d'une main le bât que lui disputait le barbier , et de l'autre lui donna un si grand coup de poing , qu'il lui mit les mâchoires tout en sang; pour tout cela , le barbier ne lâchait point prise ^ mais il se mit à crier de telle sorte , que tous ceu?c qui étaient dans l'hôtellerie accoururent au bruit. Justice , au nom du roi ! disait-il ; ce voleur de grands chemins me veut assassiner , parce que je reprends ce qu'il m'a volé. Vous avez menti par la gorge , répliqua Sancho , je ne suis point voleur de grands chemins , et c'est de bonne guerre que monseigneur don Quichotte a gagné ces dépouilles.
Don Quichotte était lui-même témoin de la valeur 4e Sancho , et il avait une joie incroyable de voir avec quelle vigueur le bon écuyer savait attaquer et se défendre ;. il le tint toujours de-
puis pour un homme de courage, et résolut de l'armer chevalier à la première occasion, ne doutant point que Tordre n'en tirât beaucoup d'avantage. Le barbier se défendait bien plus de la langue qu'à coups de poing, et disait, entre autres choses : Messieurs , ce bât est à moi , comme ma vie est à Dieu , et je le reconnais comme si je l'avais mis au monde! qu'ainsi ne soit, mon âne est là pour me démentir : qu'on le lui essaie, et s'il ne lui vient pas comme de la cire , que je passe pour un infâme ; mai^ ce n'est pas tout, car le même jour qu'il me fut volé , on me piit encore un bassin de enivre tout neuf, qui n^stvsit jamais servi de sa vie , et qui valait , sans reproche , un bon écu. En cet endroit don Quichotte prit la parole , et se mettant entre les deux combattans, il mit le bât en place marchande, afin qu'il fût vu de tout le monde , jusqu'à ce que la vérité fût clairement reconnue.
Messieurs, dit -il, je suis bien aise que vous voyez vous-mêmes l'erreur de ce bon écuyer, qui appelle un bassin ce qui est, a' été, et sera toujours l'armet de Mambrin , et je le lui ôtai dans un combat singulier, m'en rendant le maître par une conquête légitime ; pour ce qui est du bât prétendu , je ne m'en mêle point : tout ce que j'ai à vous dire là-dessus, c'est qu'après que j'eus vaincu ce poltron, Sancho mon écuyer