PARTIE I, LIV. IV, CHAP» XLI
main , et attaqua vigoureusement . les archers ; don Louis , voyant la bataille mêlée , se désespérait au milieu de ses gens , leur criant qu'ils le .laissassent aller, et. qu'ils courussent eux-mêmes au secours de don Quichotte , de don Fernand, et de C^rdenio, qui s'étaient mis de la partie; le curé se tuait de crier- pour faire cesser le désordre , mais on ne pouvait l'entendre i l'hôtesse criait les hauts cris, sa fille était toute en larmes, et Maritome paraissait enragée; Dorothée et Luscinde témoignaient une grande inquiétude « et ne savaient à qui s'adresser, et la jeune Claire était .comme /évanouie ; le -barbier gourmait Sancho, et Sanchq rojiait le. barbier de coups ; d'un autre côté , don ^Louis se voyant saisi par un de ses valets qui appréhendait qu'il n'échappât , lui donna un si grand coup de bâton dans les dents qu'il le mit tout eiji sang et lui fit lâcher prise , et l'auditeur courut en même temps au secours de don Louis ; don Fernand tenait sous lui un archer et le foulait aux pieds, et Cardenio frappait en gros, tantôt sur Ton, tantôt sur Tautre, pendant que l'hôte ne cessait de crier au secours de la sainte Hermandad, de telle sorte qu'en toute l'hôtellerie ce n'était que cris,, que pleurs, que hurlemens, que gourmades, coups d'épée, coups de poing, qqé trouble et confusion.
Au milieu de ce chaos de querelle et ^t désordres, don Quichotte, qui avait la mémoire vive j s'alla représenter la discorde qui se mit dans le camp d' Agramant , où , s'imaginant qu'il était au plus fort de la mêlée , il cria dHme voix qui étonna toute Thôtellerie : Que tous s'arrêtent! que tous remettent Tépée au fourreau! et que chacun m'écoute s'il veut conserver sa vie ! Tous s'arrêtèrent à la voix de don Quichotte y et il continua ainsi : Ne vous ai-je pas dit , me^ sieurs, que -ce château est enchanté, et que quelque légion de diables y fait sa demeure ? pour confirmer ce que je vous dis, je veux que vous voyez de vos propres yeux que la discorde du camp d'Agramant s'est fourrée parmi nous autres : voyez comme l'on combat là pour l'épée , ici pour un cheval , d'un autre côté pour l'aigle , ailleurs pour un armet ; et qu'^ifin nous combattons tous sans nous entendre, et sans distinguer les amis d'avec les ennemis. Approchez donc , monsieur l'auditeur, et vous monsieur le curé : que l'un représente le roi Agramant, et l'autre le roi Sobrin , et tâchez de nous mettre tous en paix ; car, devant Dieu, c'est une chose trop honteuse , que tant de gens de conséquence que nous sommes ici , s'entretuent pour des choses de si peu d'importance.
Les archers , qui n'entendaient rien aux rêve-