PARTIE I, Hy. IV, CHAP. XLI
avait un contre un don Quichotte , que la sainte Hermandad ordonnait d'arrêter, pour avoir mis en liberté des forçats qu'on menait aux galères, il voulut voir si les enseignes qu'il avait de ce don Quichotte ne convenaient point à celui qu'il avait devant les yeux : il tira donc un parchemin de sa poche, et le lisant assez mal, parce qu'il ne savait pas trop bien Kre , à chaque mot il jetait les yeux sur don Quichotte , et confrontait les traits de son visage avec les marques dont on le dépeignait. Il reconnut enfin que c'était le même que marquait son décret ; et il n'en fut pas plutôt assuré , que tenant son parchemin de la main gauche, il porta l'autre au colet de don Qui- . chotte, et le saisit si fortement , qu'il lui ôtait la respiration , criant en même temps : Main forte ^ messieurs , à la sainte Hermandad ! et afin que personne ne doute que ce ne soit tout de bon , voilà le décret qui ordonne de niettre la main sur ce voleur de grands chemins. Le curé prit le parchemin, et vit que l'archer disait vrai ; mais le chevalier qui se vit traiter en brigand par un tel maraud, entra dans une si furieuse colère , que les os lui craquaient par tout le corps,, et malgré la contrainte où le tenait l'archer, il lui porta les deux mains à la gorge, et Fallait étrangler plutôt que de lâcher prise , si ses compagnons ne fussent venus au secours.
L'hôte y accourut comme l65 autres , y étant oUigé par le devoir de sa charge ; . et Fhôt^fsse , qui Tit son mari encore uue f oià dans la mêlée , recommença à ciier de plusi)elle^ pendant que sa fille et Maritomç , enchérissant sur le ton , imploraient en hurlant la faveur du ciel 9 et le secours de tous ceux qui étalent dans l'hôtellerie.
Vive Dieu ! s^écria Sancho^ voyant ce tiouvcîiu désordre ; mon maître a raison de dire que ce château est enchante : tous les diables y soîit déchaînés, et il n'y à pas moyen d'y vivre une heure en repos. Don Femand sépara don Quichotte et l'archer, au ^and soulagement de tous leë deux , qui s'éttanglaient réciproquement. Pour cela les archers ne laissaient pas de demander leur prisonnier, qu'on leur aidât à le lier, et qu'on le rendt entre leurs mains, parce qu'il y allait du service du roi et de la sainte Hem^dad , au nom de qui ils demandaient incessamment du secours et de la protection pour s'assurer de cet insigne brigand , et de ce détrousseur de passans. Don Quichotte riait de ce discours, et leur dit d'abord sans emportemetït :
Yenez ici, misérable, canaille vile et abjecte: appelez-vous détrousseur de passans celui qui rend la liberté à des gens enchaînés, qui délivre des prisonniers, secourt des malheureux, et