CHAPITRE XLII
De la grande colère de don Quichotte , et d'autres choses admirables.
Pendant que don Quichotte parlait de la sorte , le curé tâchait de persuader aux archers que c'était un homme qui avait perdu l'esprit , comme ils pouvaient juger eux-mêmes à ses actions et à ses paroles , et qu'il était inutile qu'ils passassent plus avant , parce que quand ils l'auraient pris et emmené , on le lâcherait aussitôt comme fou. Le porteur du décret lui répondit que ce n'était point à lui à juger de la folie du personnage, lïiais seulement d'exécuter les ordres qu'il avait , et que quand on l'aurait arrêté, on le pouvait relâcher cinquante fois pour une, sans qu'il s'en mît en peine. Vous ne l'emmènerez pourtant pas pour cette fois , dit le curé : je vois bien qu'il n'est pas d'humeur à y consentir; En effet , le curé sut si bien dire , et don Quichotte fit, tant d'extravagances, que les archers eussent été plus fous que lui s'ils n'eussent pas reconnu qu'il avait perdu le sens. Ils s'apaisèrent donc par nécessité , et se mêlèrent eux - mêmes de l'accommodement du barbier et de Sancho , qui se regardaient toujours de travers, et mou-
3oO DOK QUICHOTTE.
raient d'envie de recommencer. Ils jugèrent cette affaire comme étant membres de justice , et les parties déférèrent à leur jugement, svec quelque satisfaction départ et d'autre, parce que les bâts furent échangés , mais non pas les Ikous , ni les sangles ; et pour ce qui regardait l'armet de Mambrin , le curé donna huit réaies au barbier, sans que don Quichotte s'en aperçût, tirant promesse de lui qu'il n'en ferait jamais aucune poursuite.
Ces deux importantes querelles étant apaisées, il ne restait plus qu'à obliger les valets de don Louis de s'en retourner pendant qu'il en dau^irerait un avec lui pour le suivre où don Femand avait dessein de l'enmtencor. Mais conmie la bonne fortune avait commencé à se déclarer en faveur des amans et des braves qui étaient dans l'hôtellerie , elle voulut achever son ouvrage. Les var lets de don Louis firent tout ce qu'il voulut, et la belle Claire eut tant de joie de voir d^Eneurer son amsmt ^ qu'elle en parut mille fois plus belle. Pour ZoraïJde, qui n'entendait pas bien tout ce qu'elle voyait , elle s'attristait ou se réjouissait autant qu'elle le voyait faire aux autres^ réglant surtout ses sentimens par ceux de son Espagnol, sur qui elle avait toujours les yeux attachés. L'hôte , qui s'était fiq[>erçu du présent que le curé avait fait au barbiar, voulut aussi se faire