‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 149 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLII. 3o · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLII. 3o

franc chevalier, à qui il appartient de secourir les orphelins et les affliges ; Dieu veuiÙe que vos souhaits et les miens réussissent, afin que je puisse vous faire voir qu'il y a des femmes au monde qui ne manquent pas de reconnaissance : pour ce qui est de mon départ, je suis toujours prête, et n'ai point d'autre volonté que la vôti*e ; disposez donc de moi comme il vous plaira : celle qui a mis entre vos mains et ses intérêts , et la défense de sa personne, a bien fait voir l'opinion qu'elle a de Votre prudence , et qu'elle s'abandonne absolument à votre conduite. Allons à la garde de Dieu, reprit don Quichotte; et puisqu'une si grande princesse ne craint pas de s'abaisser devant moi , ne perdons point l'occasion de la relever , et rétablissons-là promptement sur son trône ; partons tout-à-l'heure.

Madame, le péril est souvent dans le retardement, et cela ne me presse pas moins que le désir d'acquérir de la gloire. Et puisque le ciel n'a jamais rien créé , ni jamais l'enfer rien produit quim*épouvante, selle Rossinante, Sancho ; prépare ton grison et le palefroi de la reine, prenons congé du châtelain et de tous ces chevaliers, et ôtons-nous promptement d'ici. Ha ! monsieur, monsieur , dit Sancho en branlant la tête , qu'il y a bien plus de mal au village qu'on ne pense , soit dit pourtant sans offenser personne. Et quel

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mal , traître , répondit don Quichotte , peutril y avoir en aucim village , ni en touteslea villes du monde, qui Mit à mon avantage? Si vous vous fâches^, mousieur, repartit Sancbo , je m'en vas fermer la bouche , et vous ne sauree point ce que je me crois obligé de vous dire , étant votre écuyeir, et ce qu'un fidèle serviteur doit dire à son maître. Dis tout ce que tu voudras , répliqua don Quichotte , pourvu que tes paroles ne tendent point à m'effrayer : pour toi , si tu as quel- ^ que peur, tu dois songer à t'en guéiv ; mais pour moi, je ne la connais point que sur le visage de mes ennemis.

Hé jarnil ce n'est point cela, dit Sancho, ni rien qui en approche ; mais franchement , cette dame qui se dit reine du grand royaume de Micomicon , ma foi , elle l'esit tout de même que ma défunte mère ; et si elle était qs qu'elle dit, elle n'irait pas à toute heure baiser le grouin de quelqu'un de la compagnie, Dorothée rougit des paroles de Sancbo, parce qu'il était vrai que don Femand la baisait quelquefois à la dérobée, conrnie prenant jpar avance des gages de l'amitié de Dorothée, et des réconipenses de la sienne; et Sancbo, qui s'en était aperçu, trouvait que ce procédé sentait bien plus sa courtisan^ , qu'une dame et vertueuse princesse : de sorte que Dorothée , un peu confuse , ne sut que répondre ,

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