‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 163 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, GHAP. H^LIV · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, GHAP. H^LIV

teurs et de réputation par des comédies régulières ; mais je les ai trouvés si attachés à leur sens et leur manière, qu'il n'y a point de raisons qui les puissent détromper.

Il me souvient que je disais un jour à un de ces opiniâtres : Dites-moi un peu , monsieur, ne vous souvenez-vous point qu'il y a quelques années qu'on représenta en Espagne trois comédies d'un fameux poète espagnol , qui donnèrent de l'admiration et du plaisir ^ tous les auditeurs , tant aux gens d'esprit qu'à tout le reste, et que les comédiens y gagnèrent plus qu'ils n'ont fait depuis à trente autres des meilleures qu'on ait composées ? Je m'en souviens bien , répondit mon autear , et vous voulez assurément dire la Ison beUa , la FiUs et la Aleœandra ? Ce sont celleslà mêmes, répliquai-je : Hé bien, dis-je, examinez si elles ne sont pas dans les règles , cependant elles n'ont pas laissé de plaire à tout le monde.

Ainsi donc la faute ne vient pas de ce que le vulgaire se divertit à des badin eries, mais de ce qu'il y a des gens qui ne savent faire autre chose. Il n'y-a point de sottises dans V Ingratitude çen^ géCj dans Numantie^ dans ie Marchand amourreux, et encore moins dans V Ennemi foporable y ni en quantité d'autres qui ont donné de la réputation à leurs auteurs, et enrichi ceux qui les ont représentées. J'ajoutai encore beaucoup de

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choses qui confondirent mon homme, mais il ne changea point d'opinion et de manière.

Monsieur le chanoine , dit le curé , tous arez touché une matière qui a réveillé dans mon es* prit une vieille aversion que f ai contre les comédies de notre temps , et qui n'est pas moindre que celle que j'ai toujours eue pour les livres de chevalerie , parce que la comédie devant être un miroir de la vie humaine , un exemple pour la conduite des mœurs et une image de la vérité, je vois cependant qu'elle ne représente aujour*^ d'hui que des extravagances , qu'elle propose et autorise de mauvaises actions , et qu'elle est presque toujours l'image d'une sale volupté. Y a-t-il rien de si extravagant que de faire voir dans la première scène un enfant au berceau , qui dans la seconde donne un combat? n'est-il pas impertinent de peindre un honmie extrêmement vigoureux dans une extrême vieillesse, et de faire en même temps un poltron de celui qui est dans la fleur de son âge, un valet orateur, un page qui donne des conseils , un roi qui fait le métier de baladin, et une princesse servante de cuisine ? Mais c'est une chose admirable que l'ordre qu'on obser^'e pour le temps et le lieu où se passent les actions qu'on représente ! J'ai vu une comédie où les actions du premier acte se passent en Europe , celles du second dans l'Asie , et le

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