PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XL VI. SSg
la bouche, vous voyez entrer à l*improviste une demoisdle incoinparableinent plus belle que toutes les autres , qui se va asseoir auprès de lui , et lui apprend ce que c'est que ce château , et qu^eile y est enchantée , avec beaucoup d'aiUres choses qui ravissent le chevalier, et qui donneront de l'admiration à tous ceux qui en liront l'histoire. Il n'est pas nécessaire que je m'étende davantage sur ce sujet; en voilà assez, ce me semble, pour faire voir que quelque endroit <|u'on lise dans les histoires des chevaliers err&n s, il y a de quoi donner du plaisir et de l'étonnenient* Mais, monsieur, croyez-moi , lisez vous-même ces livres , et vous verrez comme ils sav^ènt insensi- Uement chaitner la mélancolie , qu'ils font naître ia joie dans le cœur ; et si par haea^d vous^ aviez mfi mauvais naturel, qu'ils sont 'Capables de le corriger, et de vous donner de meilleures' inclinations. ;
four moi, je puis bioiî voub âissuirer 4fue depuis <pie Dieu m'a fait chevalier ièrrani, je suis ^raillant, civil, arable, deus et , complaisant , libéral et généreux, ^hs^rdi , patient ^ infatigable; et que je supporte avec jbeeiucoup de vigueur d'esprit et de corps le travail y la prison et les enehantemens. Et quoique vous me i;oyiéz à l'heure qu'il est .enfermé dans. unô' cage comme un fo^, je ne désespèiie pourtant pas de me voir,
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dans peu de jours, par la force de mon bras et la faveur du ciel , roi de quelque grand royaume, où je pourrai faire paraître la libéralité et la reconnaissance qui sont renfermées dans mon cœur ; car, en vérité , monsieur , le pauvre ne saurait paraître libéral quand il le serait au souverain degré , et la gratitude^qui n'est que dans le désir seulement est une vertu morte , comme la foi sans les oeuvres. C'est pour cela que je souhaiterais que la fortune m'offrît bientôt une occasion favora|)le de me faire empereur , pour faire voir quel est mon cœur, en enrichissant mes amis , et surtout ce pauvre écuyer que vous voyez là , qui est le meilleur homme du monde, et à qui je voudrais bien donner un comté, qu'il y a long-temps que je lui promets , quoique cependant je me défie un peu de sa capacité pour s'y bien conduire*
Monsieur , interrompit Sancho , qui enten^t ce qu'on disait de lui , travaillez seulement à me donner cette comté , que vous me faites tant attendiie , et je vous réponds que je la gouvernerai bien. En tout cas , on dit qu'il y a des gens dans le monde iqui prennent à ferme des terrses des seigneurs, et les font valoir comme à c'était pour eux-mêmes, tandis que les seigneurs se donnent du bon temps, et mangent leur revenu sans se soucier de rien : ma foi j'en ferai