‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 175 sur 191 · PARUE I, LIV. IV, ÇHAP. XLVI · texte numérisé non relu

PARUE I, LIV. IV, ÇHAP. XLVI

bien autant ; je ne trouve point cçla si difficile ; hé ! quç jç ne m'amuserai point à marchander , je vous ipettrai bientôt le fernûer en possession , et moi je mangerai mes rentes comme un prince; du reste qu'on en fasse des choux et des rayes , diablezpt si je m'en soucie ! Vous dites bien , compère SaQcho , quant au revenu , dit le chanoine ; mais , en ce qui regarde Tadministration de la justice , il ne faut pas être si indifférenit : ç'e^îtlà que le seigneur doit s'appliquer avec soin, et qu'il fait remarquer son jugement et son habilite , et siurtput sa bonne intention , qui doit être répandue dans to\ites ses actions , et en être toujours le principe et |a fin ; car , comme Dieu ne manque jamais de favoriser la bonne volonté, aussi renverse-t-il presque toujours les mauvais desseins.

Je n'entends point toutes ces philosophies , répondit Sancho ; mais je voudrais avoir aussitôt cette comté que je la saurais bien gouverner : j'ai autant de corps et d'âme qu'un autre , et je pense que je serais aussi roi dans mon état que chacun l'est dans le sien : cela étant , je ferais ce que je voudrais , et faisant ce que je voudrais , je ferais à ma fantaisie , et faisant à ma fantaisie, je serais content, et quand je serais content , je n'aurais plus rien à souhaiter ; et quand je n'aurais plus rien à souhaiter, que diable me

faudrait-il davantage? que la comté vienne seulement, et adieu jusqu'au revoir, comme un aveugle dit à Fautre. Ces philosôphies , répliqua le chanoine , ne sont pas si mauvaises que vous dites , Sancho : il y a bien quelque chose à dire sur le sujet de Ces comtés. Je ne sais pas ce qu'il y a à dire , interrompit don ijuichotte ; mais pour moi , je suis en ceci divers exemples de che vaKers de ma profession , qui , pour récompenser leurs^cuyers, les ont faits seigneurs d'îles et de villes ; et ri s'est même trouvé parmi les écuyers des gens d'assez grand mérite pour avoir l'ambition die penser à se faire rois. Mais, sans aller plus loin , le grand et non jamais assez loué Amadis de Gaule fit bien son écuyer comte de l'île Ferme ; et , après cela , ne puîsr-je pas sans scrupule donner une comté à Sancho, puisqu'il est un des mdlleurs écuyers de toute la chevalerie •enrante?

Le chanoine était tout émerveillé des folies qu'enfilak don Quichotte : il admirait cette présence d'esprit avec laquelle il venait d'imaginer l'aventure du chevalier du Lac, et cette vive impression 'qxit leà rêveries des rômatis avaient faite en son imagination ; il n^était guère moins étonné d'e lasimplicité de Sancho, qtii deinandaît un comté avec tant d'empressèntent, et qui croyait que so» maître le lui pût donner •commne

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