‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 177 sur 191 · PARTIE I, LIV, IV, CHAP. XL VI · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV, IV, CHAP. XL VI

que ce que vous avez à nous conter a quelque air des aventures de chevalerie , je vous écouterai de bon cœur , et ces messieurs le feront^ je m'as^ sure, avec plaisir, car ils ne haïssent pas les choses curieuses et nouvelles. Vous n'avez donc qu'à commencer, nous allons tous vous donner audience. Pour moi , je suis votre serviteur , messieurs , dit Sancho : ventre à jeun n'a point d'oreilles ; je m'en vais, par votre permission , auprès de ce ruisseau m'en donner d'une façon avec ce pâté , et me farcir la panse pour trois jours : aussi bien ai-je oiiï dire à mon maître que Técuyer d'un chevalier errant ne doit point perdre l'occasion de se remplir l'estomac , quand il la trouve , et qu'il n'a que trop de loisir après de faire digestion. Qu'ainsi ne soit , on s'ira quelquefois fourrer dans une forêt , dont on ne trouverait pas le bout en six jours ; et si un homme n'est pas soûl pour lors , et qu'il n'ait rien dans son bissac , le voilà bien pansé : il demeurera là comme une vraie momie , comme cela nous est arrivé assez souvent* C'est fort bien raisonner, Sancho , dit don Quichotte , va où tu voudras , et mange à ton aise. Pour moi j'en ai pris ce qu'il m'en faut , et je n'ai plus besoin que de donner un peu de nourriture à mon esprit , comme je vais faire en écoutant l'histoire du bercer. Allons, dit le chanoine , il peut commencer quand il

voudra , il me semble que nous voilà tout prêts. Alors le berger donna deux petits coups sur le dos de la chèvre , en lui disant : Couche-toi auprès de moi , tachetée , nous avons plus de loisir qu'il nous en faut pour retourner au troupeau. On eût dit que la chèvre entendait son maître: elle s'étendit tout de son long auprès de lui , et le regardant fixement au visage , semblait attendis qu'il commençât ; ce qu'il fit de cette sorte.

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