‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 179 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLVII · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLVII

en Italie et en d'antres endroits , nous le tiuies revenir un jofur, Têtu â là soldatesque , bigarré de i^ilte couleurs comme un Indien , et toiit plein de babioles d'émail et d^argcnt faux. Il changeait tous les jours d'b^^rt : aujourd'hui une gaîmiture et demain une autre , et le tout de peu ^ vâleiîr. Cômnié oft est naturellement matin dansles villages, et qu'on ne sait bien souvent que foire, on s'amusait k examiner ses braverîes, et on trouva enfin qu'il n'avait qiie trois habits dé dtffértntes étoffes , tarit bons que mauvais , ate^c les b^ de chaussée et les jarretières ; niais il Sauvait si bien les déguiser et ajuster en tant de Si&çùm^ qu^on eût jtfré qu'il ei> avait plus de dix fàkes^ et aiÉ^nf de païiathes. Ne vous étonnez pas^ messieurs, de ce que je tou^ cBs ces baga-' 4?elles , vous verrez dans fei sti^e que je ne vous en parle pas sans raisoîi«

Notre soldat s'asseyait d'orditraire dur un perron , au-dessous d'un gr^d orme qui est dans là place^ et là il faiss^ le ré<:iit àè ses aventures, et nous vaqtait ses prouesses. Il n'y avait point d'endroit au monde qu'il n'eût vu , ni de bataille où iïne se fût trouvé : il avait tué ^us de Mores qu'il rfy en a dans Maroc et danjs Tunis f Gante, Lune, Diego de Garcia de Paredès, et niille autres qu'il nommait y ne s'étaient pas si soi>vent trouvés sur le pré qùte lui , et il s'était toujours T. n, 24

Syo. BON QUICHOTTE»

tiré avec avantage de tous ces combats , sans qja'iilui en coûtât une seule goutte de sang. Après nous avoir ainsi raconté ses fameux exploits, il nous montrjiit des cicatrices qu'on ne pouvait voir, et nous faisait accroire que c'étaient des arquebusades qu'il avait reçues en diverses batailles. Enfin, pour achever son portrait, il était si arrogant, qu'il disait toi à ses pareils, et à ceux mêmes qui le connaissaient bien , et familiarisait avec des gens qui étaient beaucoup au-dessus de lui. Il disait encore que son bras était son père, que «es actions étaient sa race^ et qu'étant soldat, il ne le cédait à qui que ce fût au monde. Avec toutes ces vanités , ce fanfaron , qui savait .un peu chanter, se mêlait aussi de racler une. guitare, qu'il disait avoir eue d'une duchesse , et il attirait ainsi l'admiration, des idiots , et amusait tous les habitans du village. Mais ce n'était pas là toutes les perfections de ce drôle : il était encore poète, et de la moiadre sottise qui arrivait dans le pays , il faisait une romance de trois ou quatre pages d'écriture. Ce soldat donc que je viens de dire , ce Vincent de la Roque , ce brave , ce galant, fut vu de Leandra , par une fenêtre de sa maison , qui regarde sur la place ; il en fut admiré , Toripeau de ses habits lui donna dans la vue, elle fut charmée de ses romances, dont il donnait libéralement des copies , et le récit de

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