PARTIE I , LIT. IV, GHAP. XLVIII
nant, illustre et valeureuse compagnie, que vous alle^ voir combien il importe a» mmide qu'il y ait àt& gens qui lassent profes^on de la chevaine eiTante ; c'est à cette heure , dis-je , que vous verrea par mes actions , et par la Bberté que je vais donner à cette àasaat captive , Festime qu'on doit avoir pour les chevaliers errans.
£n disant cela , il donna des talons à Rossinante, car d'éperons il n'en avait point, et an grand trot s'en alla donner dans les pénitens, malgré tous les efforts que purent faire le cure et le chanoine poujr le retenir , et sans se soucier de& httrlemens de Sancho ^ qui criait dé toute s^ force : Où diable courez^vous , seigneur don Quichotte î avea^voos k diable au corps pour aller ainsi Contre la foi catholique? et ne voyez^vous point que c'est une procession depénileaas, et que la dame qu'ils portent sur ce brancaa*d est l'image delà Viarge? mort de ma vie! il faoat q»e vous soyez ovragé. Monsieur ,. monsieur , mion-* sieur le chevalier mo» maître , regardez, bien ce que vous faites ; oa peut bien dire cette fois-ci que vous n'y prenez pas gaxde. Sanchoise tou!>menta en vain ,. et ses remontrances se perdirent en l'air. Son maître s'était mis si fort en tête ^ de déliycer la dame en. deuil , qu'B n'entendait pas une. parole*, et quand il les eâft>uïes, il n'aurait pas retourné, non pas même pour le* pape «
382 DON 12UICHOXTE.
Il arriva donc à vingt pas de la procession , et arrêtant Rossinante qui en avait déjà bien , il cria d'une voix furieuse enrouée : Demeurez là, canailles, qui vous masquez sans doute parce que vous êtes des scélérats , et écoutez ce que je vais vous dire. Les premiers qui s'arrêtèrent, furent ceux qui portaient l'image ; et un prêtre des quatre qui chantaient les litanies , voyant l'étrange mine de don Quichotte , la maigreur de Rossinante , et tout ce qu'il y avait de ridicule dans le cavalier :
Mon frère , lui répondit-il , si vous avez quelque chose à nous dire , faites vite , parce que ces pauvres gens se déchirent , et nous n'avons pas le loisir d'entendre un long discours^ Je n'ai qu'une parole à dire , repartit don Quichotte : c'est que tout-à-l'heure vous mettiez en liberté cette belle dame, dont l'air triste et lés larmes font assez connaître que vous lui avez fait quelque outrage , et que vous l'emmenez malgré elle ; pour moi , qui suis venu au monde pour empêcher de semblables violences, je ne puis consentir à ^ous laisser aller que vous ne lui ayez rendu la liberté qu'elle souhaite. Il n'en fallut pas davantage pour faire connaître à tous ces gens que don Quichotte n'était guère sage , et ils ne purent s'empêcher.de'rire du discours qu'il venait ide faire; mais ce fut mettre le feu