PARTIE I , LIV. IV , CHAP. XLVIII
aux étoupes : notre héros se voyant méprisé, met l'épée à la main , et court tout furieux vers le brancard. Un de ceux qui le portaient laisse en même temps la charge à ses compagnons , et , se jetant au-^ievant de don Quichotte , il lui oppose une fourche dont il soutenait le brancard quand il se reposait, et qui fut cassée en deux du premier coup qu'il donna ; mais de la moitié qui lui restait , il frappa si rudement le chevalier sur Fépaule droite , que Fécu ne se trouvant pas assez à propos pour le couvrir, ou assez bon pour parer la violence du coup , don Quichotte tomba par terre, les lH*as. étendus, et sans mouvement. Sancho, qui avait toujours suivi son maître, arriva là-dessus tout essoufflé; et le voyant en si mauvais état , il cria au paysan qu'il s'arrêtât, par ce que c'était un pauvre chevalier enchanté qui , en toute sa vie , n'avait fait mal à personne.
Ce ne furent pas les cris de Sancho qui arrêtèrent le paysan ; mais comme il vit que don Quichotte ne remuait point, il crut l'avoir tué ; et retroussant son /surplis pour être plus libre , il s'enfuit comme s'il eût eu le prévôt à ses trousses. Ceux de la compagnie de don Quichotte étant arrivés en même temps , les gens de la procession , . qui les virent venir tout échauffés , et parmi e^x des archers armés d'arquebuses , cru-
384 ^^^ QuiCHonB.
rent qpi'ih avaient besK)în 4e èe tenir sur leurs gardes : ils se raxigèretit rite en roild autour de rimage^ et relevant lents voiles, les péïrifens avec leurs disciplines, et les prêtres arec les chandeliers^ attendirent Tàssaut dans la résolution de se bien défendre; mais- la fortune en disposa mieux qu'ils n'osaient espérer^ et se ren^ dit favorable au^ àeu% partis^ : pendant tfùe Sancbo, qui s'était je lé sur le corps de son maître, le croyant mort, faisait la pids triste et la plus ridicule lamentation du monde 4 le curé fut reconnu par celui à^- la procesi^ion , ce qfui calma les esprits de part à d^autre^ et le curé ayant appris à son confrère ce que c'étail que -don Quîcbotte , ils* allèrent arassitÀt , suivis des pémten» et eut tout le reste , voir en quel état était fe pauvre gentilhomme. Comme ils arrivaient, il» trouvèrent Sancho tout en lanvies, qui* faisait cette manière d'oraison funèbre :
O fleur de chevalerie , disait - iî, fju*un seul coup de bâton assomme q«iand il en était moins de besoin ! d Phonneur de ta ra(!e', la- gloire et le monument de toute la Manche et du monde entier , que tu laisses- orphelin par ta mort, et exposé à la rage des méchans- qui le ront mettre sens-dessus^dessous, parce qu'il n'y aura plus personne qui cMtie leurs brigandages? ô libéral par-dessus tous les Alexandre , qui , pour huit