‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 20 sur 191 · PARTIE I , LIV. IV , CHAP. XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I , LIV. IV , CHAP. XXIX

madame, c*est as^ez , dit don Quichotte, je vous supplie de ne point passer plus avant : je suis ennemi juré des flatteries, et quoique vous me fassiez peut-être justice , je ne puis souffrir sans rougir un discours si obligeant et des louanges sî excessives. Tout ce que je puis vous dire , madame , c'est que , vaillant ou non , je suis prêt à verser pour vous jusqu'à la dernière goutte de mon sang, et le temps vous le fera voir. Cependant je vous supplie de trouver bon que j'apprenne de monsieur le curé Ce qui l'amène ici seul , à pied , et ainsi vêtu à la légère ; je vous avoue que je suis surpris de le voir en cet état. Pour vous le dire en peu de mots , répondit le curé j il faut que vous sachiez , seigneur don Quichotte, que maître Nicolas, notre barbier, et moi , nous allions à Séville , pour y recevoir de l'argent qu'il y a déjà long-temps qu'un de mes parens m'envoie des Indes, et la somme n'est pas si peu considérable , qu'il n'y ait pour le moins six mille écus. En passant ici autour, nous avons été attaqués par quatre voleurs , qui nous ont tout pillé , même jusqu'à la barbe ; de telle sorte que le barbier est contraint d'en por* ter une postiche. Ils ont aussi dévalisé ce jeune homme que vous voyez là , dit-il en montrant Cardenio , et on dit que ces brigands sont des forçats qu'un vaillant cavalier a tirés de la chaîne

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malgré la résistance du commissaire et des gardes. Il faut cepei^dant que ce cavalier soit un fou ^t un étourdi , ou qu'il ne vaille pas mieux que 1^ scélçrats qu'il a délivrés , puisqu'il ne fait poinjt conscience de livrer les J>rebis à la fureur du loup ; puisqu'il viole le droit des gens , et le respect qui est dû au roi et à la justice, et se rçnd protecteur de ceux qui détruisent la sûreté publique ; qu41 prive les galères de ceux qui les font ^mouvoir , et trouble le repos de la sainte Hermandad , que tous les honnêtes gens révèrent ; puisqu'enfin il conmiet indiscrètement sa liberté et sa vie , et renonce avec impiété au s^lut de son âme. Sancho avait conté l'histoire des galériens au curé , et c'est pour cela qu'il en parlait si sérieusement , pour voir ce que dirait don Quichotte , qui changeait de couleur à chaque parole , et n'osait dire qu'il était le libérateur des scélérat^. Yoilà , ajouta le curé y les honnêtes gens qui nous ont mis dans cet état : Dieu leur pardonne , et à celui qui a empêché qu'ils ne reçussent le juste châtiment de leurs crimes.

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