PARTIE I , MY. IV , CHAP. XXVIII
nous ont découvert ce que votre déguisement nous cachait ; mais nous n'en sommes que plus disposés à vous rendre toutes sortes de services. Revenez donc de la surprise que nous vous avons causée, et dites-nous, je vous prie;, de quelle manière il vous plaît que nous voufe traitions? Il y a apparence, ajouta-t-il, que ce n*est pas un sujet médiocre qui vous oblige de prendre un habit si indigne de vous ^ et de venir demeurer , délicate comme vous êtes , dans un liefu si rude et si désert; que c'est comme une espèce de miracle que nous vous ayons rencontrée. Il n'est peut-être pas impossible de trouver du remède à vos maux , et il n'y en point de si violens que la raison et le temps n'adoucissent. Si vous n'avez donc pas renoncé à la consolation et aux conseils des hommes , je vous supplie de nous apprendre le sujet de vos déplaisirs, et d'être persuadée que nous vous le demandons moins par curiosité que dans le dessein d'y chercher (Ju remède , et de vous rendre tous les services dont nous sommes capables.
Pendant que le curé parlait ainsi, c^tte belle fille était interdite , et les regardait tous avec le même étonnement que si elle eût vu la chose du monde la plus surprenante. Mais enfin le ctiré lui ayant laissé le temps de se remettre, et lui faisant de nouvelles offres de service , elle fit un grand
soupir, et rompit le silence de cette manière. . Puisque la. solitude de ces montagnes n'a pas été capable de me cacher, et que mes cheveux m'ont trahie , il me serait désormais inutile de feindra avw vous, et de nier une chose dont YOu$ ^o, pouvez plus douter ; et puisque vous soithait^z, d'entendre le récit de mes malheurs , l'aurais n^auvâise grâce de vous le refuser après les honnêtetés et les offres que vous m'avez faites; mais je crains bien de vous donner moins de plaisir que de compassion en vous les racontant, patce qu'ils sont si grands^ que non ^seulement ils sont sans remède, mais que vous jugerez même que je ne suis pas en élat de recevoir de la consolation. Après tout ^ ce n'est pas sans peine que je vais révéler des secrets que j'avais résolu d'ensevelir avec moi dans le tombeau, et que je ne puis déclarer sans confusion; mais je m'imagine qu'il ne me sera pas aussi désavantageux de vous les apprendre » que de vous, laisser en doute de mes desseins et de ma conduite , après que vous m'avez trouvée seule et sous ks habits d'un homîmé ^ dans un lieu si écarté. Cette belle fille ayant parié de la sorte , s*éloîgna un pieu pour achever des'halriller, et s' étant rapprochée d'eux, elle s'assit sur l'herbe , où après s'être fait vio* lence pour retenir ses larmes , elle commença ainsi l'histoire de sa vie.