PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXI
présent te fit-elle , quand tu pris congé d'elle , pour les bonnes nouvelles que tu lui avais portées ? car c'est une ancienne coutume entre les chevaliers errans et leurs dames , de donner quelque riche bague aux écuyers , aux demoiselles , ou aux nains, qui leur portent des nouvelles , pour récompense de leurs messages. Cela devrait bien être ainsi , répondit Sancho , et pour moi, je n'en désapprouve point la coutume :
mais sans doute cela ne se pratiquait qu'au temps passé; à présent on se contente seulement de donner un morceau de pain et de fromage ; au moins voilà tout ce que madame Dulcinée me donna par-dessus la muraille de la cour , quand je pris congé d'elle ; à telles enseignes que le fromage était bien moisi ; mais, Dieu merci, tout fait ventre. Oh! elle est extrêmement libérale , dit don Quichotte; et si elle ne te donna pas quelque diamant, c'est qu'elle n'en avait pas sur elle; mais ce qui est différé n'est pas perdu ; je la verrai, et elle te satisfera. Sais-tu bien ce qui m'étonne , Sancho ? c'est qu'on dirait que 'tu es allé et révenu en Tair, car tu n'as pas été plus de trois jours en ton voyagé; et si il y a trente l>onnes lieues d'ici au Toboso : cela me fait croire que le sage liégromant qui prend soin de mes affaires, et qui ne veut pas qu'il y manque rien de la vraie chevalerie errante , t'a sans doute