‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 35 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV; CHAP. XXXI · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV; CHAP. XXXI

prendre un de ces jours, dar je m'imagine que cela ne saurait nuire.

En cet endroit-là , maître Nicolas, leur cria qu'ils arrêtassent , parce que la princesse voulait se rafraîchir au bord d'une fontaine. Cela fit grand plaisir à Sancho , qui était las de mentir , et craignait enfin que son maître ne le prît par le bec ; car, encore qu'il sût bien que sa Dulcinée ét^it ^e d'un laboureur du Toboso , il ne l'avait jamais vue. Cardenio avait en ce temps*-là vêtu Jes habits que portait Dorothée , quand ils la rencontrèrent , et quoiqu'ils ne fussent pas des meilleurs, ils l'étaient cependant beaucoup plus que ceux qu'il venait de quitter. Ils mirent donc tous pied à terre auprès de la fontaine, et firent un léger repas de ce que le curé avait ap-^ porté de l'hôtellerie.

Pendant qu'ils mangeaient, il passa dans le chemin un jeune garçon , qui se mit à les considérer, et, un moment après, il s'approcha de don Quichotte , et lui embrassant la cuisse : Holas! monsieur, dit-il en pleurant, ne me connaissez-vous plus ? ne vous souvîent-il point d'André, que vous trouvâtes attaché à un chêne, et ^ que vous détachâtes? Don Quichotte le recontiut à ces. paroles, et le prenant par la main ^ il se tourna vers la compagnie , et leur dit : Vous voyez ici , messieurs , de quoi justifier l'impor-

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tance et la nécessité des chevaliers errans , qui remédient aux désordres qui se font dans le inonde. Il y a quelque temjps que, passant auprès d'un bois, j'entendis des cris.et des plaint<^ pitoyables; je courus aussitôt de ce côté-là pour satisfçtire à mon inclination naturelle e1;à T exercice dont je fais profession , et je trouvai ce jeune garçon en un étrange état; je suis ravi qu'il vous en puisse rendre témoignage lui-mêirip. Il était attaché à un chêne, et nu de la ceinture en haut, et un paysan robuste et vigoureux le déchirait à coups d'étrivières. Je demandai au paysan pourquoi il le traitait avec tant de cruauté, çt lé rustre meiiépondit que c'était son valet, et qu^il le châtiait pour des friponneries et des négligences qui sentaient plus le larron que le paresh seux. Monsieur, repartit celui-ci^ il me fouette parce que je demande mes salaires. Son maître me voulut donner quelques excuses, dont je ne fus pas content. En un mot, je fis détacher le pauvre garçon , et je fis faire serment au paysan qu'il l'emmènerait chez lui, et le paierait jusqu'à une obole. Tout cela n'est-il pas vrai, André , mon ami ? Te souvient-il avec quelle autôt rite je gourmandai le paysan , et avec combien d'humilité il me promit d!accomplir tout ce que je lui ordonnais ? Réponds hardiment sans te troubler, et dans la pure vérité , afin que ces

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