PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXIII
Mais comme il casserait selon toute apparence , Faut-il pas être fou pour vouloir hasarder
Une semblable expérience
Sur on corps qu'on ne peut sonder f
Ceci sur la raison se fonde ; Bt c'est l'opinion de tout le monde encor.
Que tant que l'on saura des Danaés au monde »
On y verra pleuvoir de l'or.
Après avoir parlé pour ton intérêt , continua Lothaire , ne trouve pas mauvais , Anselme , que je parle pour le mien. Tu me regarde , dis-tu, comme ton véritable ami , et cependant tu me veux ôter Thonneur, et tu veux que je te l'ôte à toi-même. Que pensera Camille quand je lui ferai une déclaration d'amour, si ce n'est que je suis un perfide , qui ne fais point scrupule de violer les lois les plus sacrées de l'amitié , et qui sacrifie encore à une passion criminelle la réputation de mon ami ? Et n'aura-t-elle pas lieu de s'offenser d'une liberté qui semblera lui reprocher que j'ai reconnu quelque chose d'indigne dans sa conduite ? Mais si je la trouve faible , faudra-t-il que je te trahisse , Anselme ? et si je ne le fais, quelle sera sa haine pour un homme qui ne lui aura donné des marques d'amour que pour se moquer de sa crédulité ? Si je m'excuse sur la prière que tu m'as faite , quelle opinion aura-t-clle d'un homme qui prend une telle
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commission, et combien même aura-t-elle de mépris pour celui qui me Faura donnée ? Enfin comment éviterai-je les reproches des honnêtes gens, après avoir troublé par une fausse complaisance le repos de toute ta famille? ne deviendrons-nous pas Fun et Tautre la risée du public , qui admirait notre intelligence ? Crois-moi donc , mon cher Anselme , demeure danjS une opinion qui te rend heureux , et considère que tu hasardes tout contre rien dans un dessein si téméraire; car, après tout, §i révénemept ne répondait pas à ton attente , tu en serais niortellement affligé , quoi que tu en dises ; et tu ne ferais plus que traîner une vie. malheureuse , qui me jeterait moi-même dans le désespoir. En un mot 5 et pour ne te point flatter de l'espérance de me pouvoir séduire , je veux bien que tu saches q\ie je m'offèpse de ta prière , et qu'assurément je ne te rendrai jamais le dangereux office que tu souhaites de moi , quand, ce refus me devrait coûter fon amitié , qui est la plus sensible perte que je puisse faire.
Le discours de Lothaire donna tant de confusion à Anselme , qu'il fut long- temps sans pouvoir dire une seule parole; mais, revenant enfin de son étonnement : Mon cher Lothaire , lui dit-il , je t'ai écouté avec attention et même avec plaisir; j'ai remarqué dans tes paroles tout